La part du citoyenTikTok et les mineurs
HM

Hugo Micheron

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Hugo Micheron, ne le 24 octobre 1988 a Puyricard (Bouches-du-Rhone), est un politiste francais specialiste du djihadisme et, plus recemment, des dynamiques informationnelles en ligne.

Il vit en Syrie en 2008-2009 pour y apprendre l'arabe, puis se forme a l'Institut d'etudes politiques d'Aix-en-Provence et au King's College de Londres. Il soutient en 2019 une these de science politique a l'Universite PSL, preparee au sein de la chaire d'excellence Moyen-Orient Mediterranee de l'ENS-PSL sous la direction de Gilles Kepel ; ses travaux reposent sur des entretiens conduits a partir de 2015 avec environ 80 djihadistes detenus en France.

Il est chercheur postdoctoral a l'ENS-PSL a partir de septembre 2020, puis chercheur postdoctoral associe au departement Near Eastern Studies de l'universite de Princeton de 2020 a 2022. Depuis janvier 2023, il enseigne a Sciences Po Paris (Paris School of International Affairs, PSIA) — Wikipedia le presente comme maitre de conferences, tandis qu'il se declare professeur associe a Sciences Po, rattache au Centre de recherches internationales (CERI), lors de son audition. Il est nomme en fevrier 2023 au Conseil scientifique sur les processus de radicalisation (COSPRAD). Il a ete entendu comme temoin expert au proces des attentats du 13 novembre 2015 (2021).

Il est l'auteur de Le Jihadisme francais. Quartiers, Syrie, prisons (Gallimard, 2020), Jihadisme europeen. Quels enjeux pour l'avenir ? (Gallimard/Tracts, 2022) et La Colere et l'Oubli. Les democraties face au jihadisme europeen (Gallimard, 2023), ce dernier recompense par le prix Femina essai 2023 et le prix du livre de geopolitique 2023. En 2024, il cofonde avec Antoine Jardin la start-up Arlequin AI, consacree a l'analyse de donnees sociales et a la documentation de la diffusion des narratifs en ligne — outil qu'il mentionne lui-meme lors de son audition. Il a ete fait chevalier de l'ordre national du Merite le 15 mai 2025.

Dans la commission

Auditionne le 24 juin 2025 dans le cadre d'une table ronde sur les radicalites (cr30c), aux cotes de Tristan Boursier (Cevipof), Sophie Taieb (Crif) et Valentin Petit (agence CAPA). 7 interventions.

Sa these centrale : l'algorithme comme pouvoir politique sans contre-pouvoir. Il situe TikTok dans des mutations de l'espace informationnel qui « redéfinissent en grande partie les attributs de la puissance ». Formule cle : « Aujourd'hui, il existe un nouveau pouvoir, le pouvoir algorithmique, qui, pour l'instant, ne fait face à aucun contre-pouvoir. » (cr30c) Il decrit ce pouvoir comme delibere et non subi : « Cette société dit publiquement ne pas avoir la capacité d'agir sur les algorithmes ; on ne pourrait donc rien y faire, et pourtant leur comportement montre clairement l'existence d'une éditorialisation. » (cr30c) Il en donne comme demonstration l'asymetrie de traitement : « Les mêmes algorithmes font la promotion de contenus très radicaux liés au salafisme et au djihadisme, à l'extrême droite et à d'autres mouvances dites à risque, mais censurent en Chine ce qui concerne la répression des Ouïghours et font la promotion des sciences mathématiques auprès des jeunes. » (cr30c)

L'« arsenalisation » des algorithmes et le cas roumain. Il cite l'algorithme de X et la campagne presidentielle roumaine : « Il n'était connu de personne – il était crédité de moins de 1 % des votes – mais il a fini par obtenir 43 % des votes au premier tour de l'élection présidentielle. » (cr30c) Il en tire une conclusion generale : « on constate que les algorithmes sont arsenalisés » (cr30c).

Un test empirique cite a l'appui. Il rapporte un exercice pedagogique mene a Sciences Po (une cinquantaine de comptes vierges, recherche du mot « islam ») destine a mesurer au bout de combien de videos apparaissent des contenus qualifies par lui d'indiscutablement salafistes : « Le résultat n'a jamais été supérieur à cinq vidéos – c'était entre trois et cinq. » (cr30c) Il precise lui-meme qu'il s'agissait d'un test de mise en situation d'etudiants, non d'une recherche destinee a publication.

Le temps passe par les mineurs. A partir d'observations de terrain en Seine-Saint-Denis : « quand vous demandez à des enfants, dans une classe, combien de temps ils passent en moyenne sur TikTok, c'est plutôt six ou sept heures par jour. » (cr30c) Il en deduit que TikTok est « une plateforme de socialisation de premier ordre ».

Les limites de la reponse scolaire. Il estime qu'on surresponsabilise l'ecole et que l'ajout d'heures d'education civique ne pesera pas face a ces durees d'usage. D'ou une position tranchee liant son objet de recherche a la plateforme : « je suis absolument convaincu qu'on ne réglera pas le problème du djihadisme tant que, dans l'état actuel des choses, on n'aura pas empêché TikTok de fonctionner comme il le fait actuellement. » (cr30c)

Sa recommandation principale : la moderation semantique par IA. Repondant a la rapporteure Laure Miller sur ce que la France peut faire, il indique avoir « une appréciation différente sur le DSA » et juge l'intervention sur le contenu techniquement accessible, la moderation actuelle etant fondee sur les mots-cles : « Il est tout à fait possible, grâce à l'intelligence artificielle, de mettre en place une modération basée sur la sémantique » (cr30c). Il precise que l'IA peut etre entrainee sur la semantique de groupes donnes — « nous le faisons à Sciences Po » — y compris pour les contenus « juste en dessous du seuil de détection légale ». Sa recommandation unique : « Nous avons en France tous les ingénieurs tech qu'il faut pour nous outiller et penser une démocratie numérique costaude, capable de résister à du contenu haineux en ligne. » (cr30c)

Regulation et liberte d'expression. Il defend l'idee que reguler la promotion algorithmique ne releve pas de la censure : « le fait de demander un contrôle des contenus promus sur TikTok n'est pas attentatoire à la liberté d'expression. » (cr30c) Il mobilise l'analogie historique de l'encadrement de la presse au XIXe siecle et conteste la qualification de TikTok comme espace public, parlant d'une « boite noire ».

Souverainete. Sur la dimension geopolitique, il se montre prudent (« cela mériterait évidemment une étude approfondie ») et deplace l'enjeu vers la capacite d'action europeenne : « la France, et plus généralement l'Europe, n'est pas du tout souveraine pour exercer un contrôle sur l'espace premier de socialisation de sa jeunesse » (cr30c). Il souligne aussi la difficulte d'analyse a posteriori liee au volume de flux video et aux lives.

Autres points evoques. La banalisation comme technique de propagande des groupes extremistes (« C'est le principe élémentaire de la propagande : banaliser une idéologie »), et l'apparition en 2024 d'une premiere video de propagande francophone de Daech produite integralement par IA.

Note de methode : le dossier corpus rassemble aussi, sous cette fiche, des positions exprimees lors de la meme table ronde par d'autres participants (techniques de contournement type leetcode/emojis — Valentin Petit ; amende civile dissuasive et API temps reel pour chercheurs agrees — Sophie Taieb, Crif ; « tant que la haine sera rentable » et fonds Pericles — Tristan Boursier). Elles ne sont pas reprises ici, la verification du verbatim cr30c les attribuant a ces intervenants.

Sources