La part du citoyenTikTok et les mineurs
Isabelle Rauch

Isabelle Rauch

Rôle dans la commission : Députée membre — groupe HOR

Biographie

Isabelle Rauch, née le 10 août 1968 à Villers-Semeuse (Ardennes), est députée de la 9ᵉ circonscription de la Moselle (Thionville et sa région). Après des études d'histoire aux universités de Strasbourg et de Metz, une formation de visiteuse médicale, un DESS marketing et innovation (IAE Metz, 2005) puis un diplôme de coaching (ICN Business School Nancy, 2014), elle exerce comme consultante en formation professionnelle et coach.

Son parcours électif commence à gauche : conseillère municipale de Thionville (2001), conseillère générale du canton de Thionville-Est (2008), adjointe au maire de Thionville (2008-2014), sous étiquette Parti socialiste. Elle rejoint l'UDI en 2014, est élue conseillère départementale de la Moselle (canton de Metzervisse, 2015-2021) et vice-présidente du conseil départemental (2015-2017). Elle est conseillère régionale du Grand Est depuis 2021.

Élue députée le 18 juin 2017, réélue en 2022 et en 2024, elle siège d'abord au groupe La République en marche (2017-2022) puis au groupe Horizons & Indépendants. Elle a présidé la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale du 7 juillet 2022 au 9 juin 2024. À ce titre, elle a été co-rapporteure, avec le député Iñaki Echaniz, de la mission d'information d'évaluation de la loi du 14 novembre 2016 visant à renforcer la liberté, l'indépendance et le pluralisme des médias (dite « loi Bloche »), de mars à octobre 2023.

Sur le champ numérique et protection de l'enfance, elle est co-signataire et rapporteure, avec la députée Marietta Karamanli, des travaux sur la proposition de résolution européenne visant à lutter contre les addictions numériques chez les enfants (proposition n° 484 déposée le 24 octobre 2024 ; rapport n° 630 de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, déposé le 27 novembre 2024).

Sur le plan international, elle a été membre titulaire de la délégation française à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (2019-2022), dont elle a été vice-présidente de la délégation française (2020-2022), et membre de la délégation française à l'Assemblée parlementaire franco-allemande depuis 2019.

Elle est membre de la commission d'enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (créée le 13 mars 2025, président Arthur Delaporte, rapporteure Laure Miller).

Dans la commission

Isabelle Rauch occupe dans ces travaux une double position : membre de la commission d'enquête (elle interroge les personnes auditionnées) et elle-même auditionnée le 28 mai 2025, sous serment, aux côtés de Marietta Karamanli et de l'ancien député Bruno Studer, en qualité d'« ancienne présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation » (cr19b). Le dossier corpus recense 10 interventions réparties sur quatre auditions (cr04a, cr04b, cr05a, cr19b).

Comme auditionnée (cr19b)

Elle se présente d'emblée comme législatrice déjà engagée sur le sujet et rend compte des auditions qu'elle a conduites en présidence de commission comme en co-rapport avec Marietta Karamanli. Sa thèse centrale est celle d'un modèle économique intentionnel : « Ces travaux font apparaître que les Gafam ne sont pas des philanthropes. Leur business model est celui de l'économie de l'attention, parce qu'elle rapporte de l'argent. » (cr19b) Elle ajoute une seconde hypothèse, formulée au conditionnel : « nous sommes peut-être confrontés à deux phénomènes éventuellement cumulatifs : un modèle économique, afin de gagner le plus d'argent possible et un projet politique, dans le but d'instrumentaliser un certain nombre d'éléments, dans le cadre d'ingérences. » (cr19b)

Elle appelle à sortir de la posture déclarative : « Même si nous pouvons dénoncer l'explosion des troubles anxieux, des troubles de l'image corporelle, de l'attention, des dépressions et des pensées suicidaires, nous ne pouvons plus nous contenter de dénoncer. » (cr19b) Elle élargit par ailleurs la population concernée au-delà des mineurs : « On observe en effet des phénomènes très dommageables chez les seniors, qui peuvent scroller toute la nuit et être affectés par des troubles alimentaires et du sommeil. » (cr19b)

Sur l'autorégulation, elle livre un témoignage direct issu de son mandat de présidente : « Lors de mon mandat de présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, j'ai dû faire face à de nombreuses demandes de rendez-vous très insistantes de la part de TikTok. » (cr19b), et à propos de l'audition des représentants de l'entreprise : « Ces derniers nous disaient que la régulation et la modération étaient parfaites. » (cr19b)

Sa ligne de réponse tient en trois éléments :

Elle admet dans le même mouvement que les réseaux sociaux « peuvent engendrer des effets positifs », mais estime qu'ils « profitent des mécanismes d'addiction, qui sont au cœur de leur modèle économique fondé sur le nombre de vues, le nombre de clics, quel que soit le contenu. » (cr19b)

Comme députée qui interroge (cr04a, cr04b, cr05a)

Ses questions relevées dans le dossier portent sur trois axes.

Différenciation par genre des effets (cr04a) : « l'impact des plateformes est-il différencié entre les jeunes filles et les jeunes garçons ? Est-il possible de le mesurer ? Le ciblage doit-il être différent selon le sexe et, le cas échéant, quelles adaptations seraient nécessaires ? » — question orientée vers d'éventuelles politiques de prévention ciblées plutôt qu'uniformes.

Exposition subie ou recherche active (cr04b) : « Qu'en est-il de la modération quand la démarche de retrouver certains contenus est volontaire ? Qu'est-ce qui peut inciter un jeune à rechercher des contenus problématiques ? Y est-il encouragé par d'autres jeunes ? » — elle cherche à démêler ce qui relève de la poussée algorithmique et ce qui relève d'une démarche de l'utilisateur, et si le premier visionnage déclenche ensuite une amplification.

Part humaine dans l'algorithme (cr05a) : « À quel moment peut-il y avoir une intervention humaine sur l'algorithme ? Pourrait-on exercer, grâce à cela, une forme de régulation ? », complétée par une mise au point à visée pédagogique : « Il est important de rappeler que des humains programment les algorithmes et peuvent les contrôler et les modifier car le grand public a le sentiment que les machines sont autonomes. » (cr05a)

L'ensemble dessine une ligne cohérente avec son audition : chercher le point d'appui humain et économique sur lequel une régulation publique peut effectivement s'exercer, plutôt que de traiter l'algorithme comme une fatalité technique ou de renvoyer la charge aux familles.

Sources