Jean-Baptiste Boisseau
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Jean-Baptiste Boisseau est ingénieur et entrepreneur du web, cofondateur de la plateforme communautaire de signalement d'escroqueries Signal-Arnaques.com, et membre du collectif d'aide aux victimes d'influenceurs (AVI). L'identification est établie sans ambiguïté : c'est bien cette double casquette qu'il déclare lui-même devant la commission (membre du collectif AVI, et « gérant d'une plateforme communautaire de signalement d'escroqueries en ligne »).
Formation et origine : ingénieur formé à l'Université de technologie de Troyes ; la presse locale le présente comme « ingénieur d'origine troyenne » (L'Est Éclair, 16 mars 2026). Il indique avoir découvert les bases de l'intelligence artificielle au début des années 2000 (biographie de l'épisode #79 du podcast AI Experience).
Parcours : entrepreneur dans le secteur des ESN (entreprises de services du numérique), avec une expérience longue du développement web. Selon le dossier de presse de la société éditrice, il aurait revendu sa propre entreprise avant de rejoindre le projet Signal-Arnaques en 2016.
Signal-Arnaques.com : plateforme collaborative sur laquelle les internautes signalent les escroqueries en ligne (SMS, phishing, faux sites, placements financiers…). Le site a été créé en 2014, dans le prolongement de la société HERETIC SAS constituée en 2013 ; Anthony Legros en est présenté comme le fondateur et président. Le dossier de presse de l'entreprise revendique environ 1 million de visiteurs mensuels et 450 000 arnaques répertoriées. Réserve de sourçage : les qualifications varient selon les sources — la presse le désigne le plus souvent comme « cofondateur » ou « co-créateur » de Signal-Arnaques (BFMTV, France 3 Régions, Spicee), L'Est Éclair écrit « fondateur », tandis que le communiqué de la société le décrit comme ayant rejoint le projet en 2016 ; devant la commission, il se dit « gérant ».
Collectif AVI : association loi 1901 créée à l'été 2022 (à l'origine « AVMN », aide aux victimes de Marc et Nadé Blata), qui accompagne gratuitement les victimes d'influenceurs, regroupe les dossiers et coordonne des plaintes collectives avec des cabinets d'avocats. Jean-Baptiste Boisseau y est décrit par l'Assemblée nationale comme « membre chargé des projets espaces de discussion en ligne et des relations presse » ; plusieurs médias le désignent comme porte-parole du collectif (Le Parisien, sur l'affaire Dylan Thiry ; presse spécialisée sur l'affaire Epil House).
Prises de parole publiques : il intervient régulièrement dans la presse sur les dérives de l'influence commerciale — régulation des « finfluenceurs » et action de l'AMF (Novethic, 16 juin 2024, où il indique que le collectif AVI a dépassé les 1 000 dossiers de victimes reçus, toutes arnaques confondues), bilan des deux ans de la loi influenceurs (Le Dauphiné Libéré, 9 juin 2025), affaires Vincent Faudemer/Babolex, Julien Lepers, Epil House.
Autres activités : il s'intéresse publiquement à l'intelligence artificielle (usage professionnel depuis 2017, modèles de langage depuis GPT-3), anime la chaîne « IA Clash » et publie notes de blog et podcasts sur l'actualité de l'IA. Il précise ne pas se revendiquer spécialiste du domaine.
Dans la commission
Auditionné le 20 mai 2025 (cr13b), sous serment, aux côtés de Mehdi Mazi, cofondateur du collectif AVI. Il déclare d'emblée ses liens d'intérêts : « Je n'ai aucun lien d'intérêts vis-à-vis de TikTok, cependant, je dois vous informer que je suis le gérant d'une plateforme communautaire de signalement d'escroqueries en ligne. » (cr13b). C'est lui qui porte l'essentiel de la parole de l'audition (16 interventions).
Sa thèse. Le problème traité par la commission ne se réduit pas à l'algorithme ni au seul TikTok : il relève d'une délinquance économique en ligne portée par des influenceurs, restée largement impunie, et dont les mineurs sont surtout les spectateurs exposés plutôt que les victimes financières directes. Sur les parcours d'influenceurs qu'il documente, il constate : « On peut malheureusement constater que, dans ce cas, le délit a été profitable. » (cr13b)
Positions clés défendues :
- Parquet du numérique — sa proposition la plus tranchée : « En vérité ce parquet du numérique existe déjà en France, mais il se limite aux affaires de haine en ligne. » (cr13b) Il demande d'élargir son champ à l'ensemble des abus économiques commis en ligne.
- Vue algorithmique désactivée par défaut — plutôt qu'interdire ou modifier l'algorithme : « L'algorithme de TikTok n'est pas le seul en cause, mais il est certainement le plus efficace. » (cr13b), d'où sa préconisation : « Il s'agirait plutôt de désactiver la vue algorithmique par défaut dans les applications de médias sociaux. En privilégiant par défaut l'affichage des contenus auxquels l'utilisateur est abonné, on pourrait observer un changement significatif dans l'expérience utilisateur, sans pour autant imposer des mesures trop intrusives aux plateformes. » (cr13b)
- Matchs, lives et cadeaux virtuels — le point qu'il présente comme la spécificité de TikTok : « La spécificité majeure de TikTok réside dans les matchs , puisque cette fonctionnalité n'existe pas sur les autres plateformes. Elle mérite par conséquent une attention particulière. » (cr13b) Il met en cause la responsabilité de la plateforme : « Les lives sont le théâtre de mécanismes biaisés, et TikTok porte une responsabilité importante sur ce point, puisqu'il incite fortement, à travers divers éléments de son interface, à y participer activement, ainsi qu'aux matchs. » (cr13b) Et il décrit le ressort de gamification : « Cette gamification , c'est-à-dire cette manière de donner à tout l'aspect d'un jeu et de capter l'attention des participants par la perspective d'obtenir un gain potentiel, se traduit notamment par le classement des meilleurs donateurs, qui crée une compétition malsaine. » (cr13b)
- Modération incohérente et absence de dialogue — « En effet, nous observons que certains contenus sont supprimés, tandis que d'autres, qui nous semblent pourtant davantage problématiques, sont maintenus. » (cr13b), et, interrogé sur d'éventuels échanges avec la plateforme : « Non, nous n'avons jamais eu de contacts directs avec TikTok. » (cr13b)
- Référentiel de modération et blocage administratif — « Actuellement, de nombreuses plateformes se retranchent derrière l'argument de l'absence d'illicéité manifeste pour justifier leur inaction. » (cr13b) Il demande un référentiel clair et l'extension des mesures de blocage.
- Procédure d'appel indépendante des plateformes — « Nous suggérons que ces appels soient transmis aux signaleurs de confiance ( trusted flaggers) selon la catégorie du signalement, procédure qui peut d'ailleurs bénéficier aussi bien aux influenceurs ciblés qu'aux personnes effectuant les signalements. » (cr13b)
- Guerre informationnelle — il élargit le cadre de la commission en s'appuyant sur le cas roumain et l'affaire Cambridge Analytica : « TikTok a été massivement utilisé comme outil de propagande et de déstabilisation de l'État, notamment par le biais d'influenceurs. » (cr13b) Il recommande à la commission d'auditionner Viginum.
- Vérification de l'âge pour les lives — à propos d'un cas très médiatisé : « le véritable problème réside dans le fait qu'elle n'aurait pas dû pouvoir les réaliser étant donné qu'elle n'a pas atteint l'âge minimum requis de 18 ans selon les conditions d'utilisation de TikTok. » (cr13b)
- Contrôle parental — position mesurée : les outils existent mais sont mal maîtrisés. « L'objectif n'est pas de paramétrer l'outil une fois pour toutes, mais d'encourager les parents à suivre régulièrement l'activité de leurs enfants. » (cr13b) Il propose des réunions d'information au collège.
Points saillants de l'échange. Il nomme publiquement, sous serment, des influenceurs qu'il estime problématiques — dont Illan Castronovo, dont il dit qu'il « figure régulièrement dans le top 10 des créateurs recevant le plus de cadeaux virtuels, une pratique qui soulève des questions éthiques, notamment concernant la potentielle manipulation de personnes vulnérables. » (cr13b), et Laurent Correia, sur l'exposition des enfants : « M. Laurent Correia constitue un exemple parfait de cette pratique. Il va jusqu'à utiliser ses enfants dans des publicités liées au trading. » (cr13b). Ces mises en cause sont ses affirmations devant la commission, non des faits judiciairement établis.
Il assume aussi la limite de ses données face à la rapporteure Laure Miller : sur plus de 2 400 victimes recensées par le collectif, un seul cas de mineur a été identifié, et il explique cette sous-déclaration par un mécanisme d'inversion de la responsabilité : « Sur les réseaux sociaux, on observe en effet un phénomène de victim shaming , où il s'agit de faire honte aux victimes, ce qui les dissuade de témoigner contre les influenceurs. » (cr13b)
Sources
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N013.html
- https://www.relations-publiques.pro/201595
- https://www.ai-experience.io/podcast/ia-pourquoi-les-experts-se-trompent-aussi
- https://www.lest-eclair.fr/id794046/article/2026-03-16/pour-jean-baptiste-boisseau-luc-julia-trop-de-sentences-definitives
- https://www.novethic.fr/finance-durable/tendances-de-marche/finfluenceurs-les-regulateurs-des-marches-commencent-a-mettre-de-lordre-sur-les-reseaux-sociaux
- https://www.ledauphine.com/economie/2025/06/09/il-faut-faire-peur-a-ces-gens-la-premier-bilan-en-demi-teinte-pour-la-loi-influenceurs
- https://www.leparisien.fr/economie/votre-argent/julien-tanti-thekairi78-nabilla-pourquoi-ces-influenceurs-ont-ete-epingles-pour-des-placements-financiers-douteux-25-03-2025-I2SFWNH3WFFLZGRPWB4UUBGQE4.php
- https://collectifavi.com/
- https://www.signal-arnaques.com/
- https://www.spicee-educ.com/content/arnaques-sans-tabou-42313