Jean-Marie Cavada
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Jean-Marie Cavada, né le 24 février 1940 à Épinal (Vosges), est un journaliste, dirigeant de
l'audiovisuel public et homme politique français. Fils de parents d'origine espagnole disparus au
début de la Seconde Guerre mondiale, il est confié à l'Assistance publique et élevé par une famille
d'accueil à Saulxures-sur-Moselotte ; il poursuit sa scolarité au lycée Jules-Ferry de
Saint-Dié-des-Vosges.
Parcours de journaliste et de dirigeant de médias :
- années 1960-1970 : débuts à la RTF à Nancy puis Strasbourg, France Inter (1969, affaires
européennes), présentateur du journal à l'ORTF (1972), puis RTL ;
- 1978 : directeur de l'information de FR3 et présentateur de Soir 3 ; passages par TF1 (1981) et
la présidence de Parafrance (1982) ; directeur de l'information d'Antenne 2 (1986) ;
- 1987-1999 : créateur et animateur de La Marche du siècle, magazine de débat de France 3 ;
- 1994-1997 : président-directeur général de La Cinquième (chaîne du savoir et de la connaissance) ;
- 1997-1998 : président-directeur général de RFO (Radio France outre-mer) ;
- 1998-2004 : président-directeur général de Radio France, où il lance le réseau France Bleu.
Parcours politique :
- 2004-2019 : député européen sur trois législatures — élu en juin 2004 (circonscription Sud-Ouest),
réélu en 2009 et 2014 (Île-de-France) ; membre du groupe ALDE (Alliance des démocrates et des
libéraux pour l'Europe) ;
- février 2005 - janvier 2008 : président de la commission des libertés civiles, de la justice et
des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen ;
- 2014-2019 : vice-président de la commission des affaires juridiques (JURI) ; il a également
présidé l'intergroupe Médias ;
- affiliations : UDF (2004-2008), Nouveau Centre (2009-2014), président de Nous Citoyens
(2014-2015), président du mouvement Génération citoyens (depuis 2015) ; président du Mouvement
européen - France (2011-2016) ; candidat malheureux aux législatives de 2007 dans le Val-de-Marne
(45,77 % au second tour) ; soutien à la candidature d'Emmanuel Macron en 2017.
Engagements numériques et fonctions actuelles :
- au Parlement européen, il est l'une des figures de l'adoption de la directive sur le droit d'auteur
dans le marché unique numérique et de la création d'un droit voisin pour les éditeurs de presse ;
- depuis 2021 : président de la Société des droits voisins de la presse (DVP), organisme de gestion
collective créé pour négocier et répartir le droit voisin face aux plateformes ; reconduit à sa
présidence pour le mandat 2025-2028 (l'organisme est passé de 74 membres fondateurs à 366 membres
fin 2024, représentant plus de 850 publications et agences de presse) ;
- depuis avril 2020 : fondateur et président de l'Institut des droits fondamentaux numériques
(iDFRights), think tank juridique parisien qui élabore une doctrine sur les droits fondamentaux
dans le monde numérique, notamment sur la circulation et l'usage des données. Il y a co-produit
avec Bernard Benhamou (Institut de la souveraineté numérique) un rapport sur l'intelligence
artificielle et les droits humains, présenté à l'Assemblée nationale et au Sénat en 2025.
*Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le dossier corpus (« président de iDFrights »)
correspond sans ambiguïté au profil public de Jean-Marie Cavada, fondateur et président de
l'Institut des droits fondamentaux numériques. Aucun risque d'homonymie identifié.*
Dans la commission
Audition unique le 2 mai 2025 (cr07a, première audition de la réunion n° 7), 12 prises de parole.
Cavada y est entendu comme président de iDFrights, avec un angle de juriste et d'ancien législateur
européen plutôt que de clinicien ou de chercheur.
Sa thèse : le statut d'irresponsabilité juridique des plateformes est la cause structurelle.
C'est le fil de toute son intervention — « Tant que nous n'aurons pas appliqué aux instruments de
communication numériques les mêmes règles de responsabilité que celles qui régissent les médias
classiques, nous resterons condamnés à courir après les méfaits, les uns après les autres, sans
jamais pouvoir les prévenir durablement. » (cr07a). Il illustre l'asymétrie par une comparaison
récurrente : « pourquoi un journal local, tel que Le Petit Bleu des Côtes d'Armor ou Le Quotidien du
Calvados , se voit-il tenu juridiquement responsable s'il publie un contenu diffamatoire, infamant
ou contraire à la loi, même avec un tirage limité à 10 000 exemplaires, alors que les plateformes
numériques, qui touchent 1,5 à 1,6 milliard de consommateurs dans le monde, échappent à toute
responsabilité juridique ? » (cr07a). Il en tire une qualification morale : « À mes yeux, nous sommes
confrontés à une forme contemporaine de non-assistance à personne en danger. » (cr07a)
Positions clés défendues :
- Requalifier les hébergeurs en éditeurs — les réseaux doivent être rendus juridiquement
responsables de leurs contenus, comme les médias classiques (cr07a).
- La section 230 américaine comme cause historique — « Celui-ci trouve son origine dans un texte
voté en 1996 sous l'administration du président Bill Clinton, dénommé la section 230. Ce dispositif,
adopté pour des raisons qui n'étaient pas toutes innocentes, a permis aux fournisseurs de réseaux
d'être exonérés de toute responsabilité quant au contenu qu'ils acheminent vers les utilisateurs. »
(cr07a). Il y voit une règle domestique devenue mondiale, un « impérialisme numérique » à corriger.
- Des amendes réellement dissuasives — la sanction financière doit être calibrée pour impacter les
plateformes (cr07a).
- Interdiction aux mineurs : oui, mais pas seule — il la juge souhaitable comme appui aux parents,
sans en faire la réponse unique : « Il demeure néanmoins essentiel de rappeler que la responsabilité
parentale constitue une composante centrale de cette problématique. L'éducation des enfants ne
saurait reposer exclusivement sur les épaules du législateur. » (cr07a). Il cite le modèle
australien (interdiction aux moins de seize ans, appareil limité aux appels) comme source
d'inspiration.
- Souveraineté numérique européenne — au-delà de la régulation, l'Europe doit investir pour bâtir
ses propres acteurs et contenir les monopoles. Il rattache le sujet à la tradition antitrust :
« Il s'agit là du dernier avatar d'un péril que le sénateur américain John Sherman dénonçait déjà à
la fin du XIX e siècle. Dans un texte d'une modernité remarquable, il mettait en garde contre les
monopoles, qu'il qualifiait d'ennemis de la démocratie. » (cr07a)
- Données personnelles — le commerce des données identitaires et de santé se poursuit malgré le
RGPD ; il plaide pour une révision de la Charte des droits fondamentaux et un renforcement de la
CNIL (cr07a).
- Pas de diabolisation du numérique — il borne lui-même sa critique : « Permettez-moi, tout d'abord,
de préciser que je ne suis pas dans une posture de diabolisation du numérique en tant que tel. Ce
que je dénonce, ce sont les pratiques des monopoles mondiaux qui tirent profit de ce domaine à
travers des mécanismes commerciaux à la fois licites et illicites. » (cr07a)
- Le périmètre dépasse TikTok — « au regard de mon expérience en matière de contrôle et des échanges
que je peux avoir avec des chercheurs spécialisés sur ces questions, je tiens à souligner que
Snapchat n'est en rien moins préoccupant. » (cr07a)
Affirmations qu'il porte sur les mineurs. Elles restent ses positions d'auditionné. Sur les
suicides, il évoque le dossier d'une avocate : « Ma collègue maître Laure Boutron-Marmion, qui défend
aujourd'hui douze familles, détient dans son portefeuille des témoignages accablants, dont ceux de
deux familles dont les enfants se sont donné la mort. Ces suicides ne peuvent être dissociés de
l'influence de contenus diffusés sur TikTok, où l'on constate une convergence de suggestions
morbides, parfois à peine voilées. » (cr07a). Il cite deux cas étrangers : « Aux États-Unis, le jeune
Sewell, âgé d'environ quinze ans, s'est donné la mort après être tombé amoureux d'un avatar rencontré
en ligne. Au Royaume-Uni, en 2017, Molly Russell, une adolescente de treize ou quatorze ans, a connu
le même destin tragique, victime de l'addiction, de l'isolement et du mal-être engendrés par une
exposition prolongée aux écrans. » (cr07a). Sur les contenus liés aux troubles alimentaires, il
avance un décompte personnel : « En France, j'ai pu recenser au moins huit cas de suicide directement
liés à ce phénomène et il est fort probable que le chiffre réel soit bien plus élevé. » (cr07a)
Dimension géopolitique. Il pose une question qu'il juge révélatrice : « pourquoi les enfants
chinois qui consultent TikTok ne sont-ils pas exposés aux contenus dégradants, vulgaires ou toxiques
destinés aux enfants occidentaux ? Cette question mérite d'être posée, et la réponse qu'elle appelle
est, en elle-même, profondément révélatrice. » (cr07a). Il formule aussi une hypothèse qu'il borne
explicitement lui-même : « Certains y voient les prémices d'un projet transhumaniste, qui ne serait
pas totalement absent de l'imaginaire de certains dirigeants de ces groupes. Je n'ai, à ce stade,
aucun élément concret permettant d'étayer cette hypothèse, mais elle mérite d'être posée. » (cr07a)
Le lobbying des plateformes, par expérience directe. Il rapporte ce qu'il dit avoir vécu au
Parlement européen lors des débats sur le droit d'auteur : « Une attaque informatique ciblée a
également frappé les ordinateurs de plusieurs députés, avec des robots mobilisés pour inonder les
boîtes de messagerie d'appels au rejet de la loi. » (cr07a)
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Cavada
- https://en.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Cavada
- https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/28206/JEAN-MARIE_CAVADA/history/6
- https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/28206/JEAN-MARIE_CAVADA/history/8
- https://www.eppgroup.eu/fr/qui-sommes-nous/nos-deputes/jean-marie-cavada
- https://idfrights.org/
- https://idfrights.org/fr/linstitut-des-droits-fondamentaux-numeriques-idfrights-preside-par-m-jean-marie-cavada-souhaite-elaborer-une-doctrine-juridique-sur-la-protection-des-droits-fondamentaux-numeriques-dans-les-diff/
- https://idfrights.org/fr/conference-debat-intelligence-artificielle-et-droits-humains-les-democraties-europeennes-face-au-risque-de-colonisation-numerique-i-27-mars-2025/
- https://www.lettreaudiovisuel.com/jean-marie-cavada-reelu-president-de-la-dvp/
- https://www.fnps.fr/2021/10/27/creation-de-la-societe-des-droits-voisins-de-la-presse-organisme-de-gestion-collective-du-droit-voisin/
- https://www.legipresse.com/011-51359-naissance-de-la-societe-des-droits-voisins-de-la-presse-dvp.html