Jérôme Pacouret
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Jérôme Pacouret est sociologue. Il est docteur de l'université PSL, thèse préparée à l'EHESS et soutenue le 3 septembre 2018 sous la direction de Gisèle Sapiro, intitulée Qu'est-ce qu'un auteur de cinéma ? Copyright, droit d'auteur et division du travail (années 1900-2010). Ce travail porte sur l'auctorialité et la propriété des films en France et aux États-Unis. Il a été distingué par un prix de thèse — présenté comme le prix Varenne par son éditeur CNRS Éditions et comme le prix Joinet (catégorie sciences de l'information et de la communication) par sa fiche du CESSP — et publié sous le titre Les Droits des auteurs de cinéma. Sociologie historique du copyright et du droit d'auteur (IFJD, 2019). Il a fait paraître en 2025 Qu'est-ce qu'un auteur de cinéma ? Art, pouvoirs et division du travail (CNRS Éditions).
Ses recherches portent sur la propriété intellectuelle, le travail et les inégalités dans les mondes de la culture, ainsi que sur l'économie et la régulation du cinéma, des médias et d'internet. Après des séjours postdoctoraux rattachés à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, à l'UQAM (Montréal) et à Sciences Po Grenoble, il est, depuis 2021, postdoctorant au laboratoire Pacte (Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes), au sein de la chaire « Société algorithmique » de l'institut MIAI (Multidisciplinary Institute in Artificial Intelligence) Grenoble Alpes. Il y travaille sur le recours des médias français aux plateformes de réseaux sociaux et à leurs algorithmes, dans le cadre du projet FeedingBias, sous la supervision d'Emmanuel Marty et Gilles Bastin. Il est par ailleurs docteur associé au CESSP (Centre européen de sociologie et de science politique, CNRS / EHESS / Université Paris 1) et enseigne notamment à Paris 8 et à l'Université Paris Lumières.
Identification : aucune ambiguïté d'homonymie — les fonctions déclarées devant la commission (chaire « Société algorithmique » de l'institut MIAI Grenoble Alpes, docteur associé au CESSP) correspondent exactement aux pages institutionnelles du CESSP, de HAL et de la chaire.
Dans la commission
Fiche courte : intervenant d'une seule audition (cr03b, table ronde de « diagnostic quantitatif des usages de TikTok », 3 avril 2025), avec 5 prises de parole.
Il vient présenter des résultats d'enquête quantitative et sa contribution est d'abord relativisante, au sens statistique et sociologique.
Contre l'idée d'un enfermement sur une seule plateforme. Il oppose aux lectures mono-plateforme des données d'usage : « Les utilisateurs exclusifs de TikTok n'existent pas, ou presque : seuls 1 % des usagers quotidiens de TikTok ne se rendent pas sur un autre réseau chaque jour, tandis que 80 % en consultent au moins quatre » (cr03b). Il documente l'ampleur de l'usage chez les jeunes adultes — « 74 % de cette classe d'âge a une utilisation hebdomadaire de TikTok et 59 % une utilisation quotidienne » (cr03b) — et sa fonction informationnelle : « certains réseaux sociaux sont devenus centraux dans l'accès des jeunes à l'actualité, en particulier TikTok sur lequel 45 % des 18-24 ans suivent des médias ou des journalistes » (cr03b).
Mise en garde contre la « panique morale ». C'est le fil de sa position : « la popularité de TikTok et d'autres réseaux sociaux chez les jeunes, la diversité de leurs usages et leur centralité dans l'accès à l'information encouragent à ne pas céder aux paniques morales qui accompagnent souvent les nouvelles pratiques juvéniles, depuis l'émergence du cinéma jusqu'à internet » (cr03b). Il en tire une limite posée à l'action publique : « La volonté du gouvernement et du législateur de protéger les plus jeunes de certains risques, si elle est compréhensible, ne doit pas s'exercer au détriment de leur liberté de s'informer et de communiquer, sur TikTok ou sur d'autres réseaux, comme ce fut le cas récemment en Nouvelle-Calédonie » (cr03b).
Corrélation n'est pas causalité. Sur les contenus liés aux troubles alimentaires, il mobilise la sociologie pour dissocier exposition et cause : « Des travaux sociologiques – je pense en particulier à ceux de Mme Muriel Darmon sur l'anorexie – tendent à relativiser l'effet propre des médias. En effet, ce n'est pas parce qu'ils servent de source d'information ou d'interactions pouvant participer d'une « carrière d'anorexie » – pour reprendre une formule employée en sociologie –, qu'ils sont la cause de ce processus, qui trouve bien d'autres déterminants sociaux ou familiaux » (cr03b).
Il ne minimise pas pour autant les préjudices déclarés. Il apporte à la commission un chiffre à charge : « 20 % des jeunes utilisateurs de TikTok interrogés ont été personnellement la cible de discours dévalorisants, discriminants, haineux ou ont été harcelés au moins une fois par mois lors d'une période récente » (cr03b).
Pistes de régulation qu'il avance. Deux propositions, formulées comme des hypothèses de travail :
- une responsabilité économique des plateformes en aval de la modération — « on pourrait envisager d'instaurer des mécanismes de réparation, pour que les plateformes soient tenues économiquement responsables des effets sociaux induits par la défaillance de la modération et financent ces réparations, selon des modalités fixées par l'État ou d'autres acteurs sociaux » (cr03b) ;
- une interdiction ciblée sur l'exploitation des données des mineurs — « Nous pourrions par exemple imaginer d'interdire aux réseaux sociaux d'utiliser les données qu'ils collectent sur les pratiques des mineurs afin de générer des phénomènes de fidélisation ou de dépendance » (cr03b).
Sources
- https://cessp.cnrs.fr/membre/pacouret-jerome/
- https://cv.hal.science/jerome-pacouret
- https://laviedesidees.fr/_Pacouret-Jerome_
- https://www.cnrseditions.fr/auteur/jerome-pacouret/
- https://algorithmicsociety.github.io/participants.html