Joëlle Toledano
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Joëlle Toledano, née le 30 juillet 1953 à Casablanca, est une économiste française, professeure émérite d'économie. Docteure en mathématiques puis en économie, elle soutient sa thèse à l'université Paris-Nord en 1978 sous la direction de Jean-Hervé Lorenzi.
Elle débute sa carrière comme chargée de recherche au CNRS, puis enseigne l'économie à l'université de Rouen. Elle rejoint ensuite le groupe La Poste, où elle exerce pendant une vingtaine d'années (1993-2005), notamment comme directrice de la régulation européenne et nationale à partir de 2001. En 2005, elle devient professeure des universités à Supélec (École supérieure d'électricité).
Elle a été membre du collège de l'ARCEP, l'autorité de régulation des communications électroniques et des postes, de 2005 à 2011, puis membre du conseil d'administration de l'Agence nationale des fréquences (ANFR) de 2012 à 2022. Elle est l'autrice d'un rapport remis au gouvernement en 2014 sur la gestion du spectre. Elle est aujourd'hui professeure émérite associée à la chaire Gouvernance et régulation de l'université Paris-Dauphine-PSL et membre de l'Académie des technologies. Elle a également siégé au Conseil national du numérique (CNNum) — qualité dont elle se prévaut lors de son audition — ainsi qu'au Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique (2021).
Ses travaux portent sur la macroéconomie, l'économie industrielle et la régulation des communications numériques et des services postaux. Elle est l'autrice de GAFA — Reprenons le pouvoir ! (Odile Jacob, 2020), primé par le Prix du livre d'économie 2020, le Prix Turgot du jury 2021 et le Prix Colbert 2021 (deuxième lauréate), ainsi que d'Économie postale — Les fondements (Economica, 2004) et de La crise du XXe siècle (Economica, 1980). Elle est officière de l'ordre national du Mérite (2015) et officière de la Légion d'honneur (2019).
Identité : aucune ambiguïté d'homonymie — la fonction déclarée en audition (professeure émérite d'économie, chaire gouvernance et régulation de Paris Dauphine-PSL, membre du Conseil national du numérique) correspond exactement aux sources publiques ci-dessous.
Dans la commission
Auditionnée une seule fois (cr16b, 26 mai 2025), dans une table ronde consacrée à la régulation des plateformes aux côtés de deux juristes, Guilhem Julia et Célia Zolynski. Elle y apporte le regard de l'économiste face à des cadrages juridiques.
Sa thèse : le problème est le modèle économique, pas seulement les contenus. Elle chiffre d'abord l'objet : « Le chiffre d'affaires de TikTok a dépassé les prévisions anticipées, pour atteindre 39 milliards de dollars sur l'année 2024, dont 75 % proviennent de la publicité, 15 % du social commerce et 10 % du système de monétisation dit in-app » (cr16b) — une monétisation qui contribue à financer les influenceurs. Elle rattache ces chiffres à un principe général : « le modèle économique est celui de l'économie de l'attention, qui consiste à échanger la gratuité contre autre chose. » (cr16b) D'où sa conclusion : « Il faut donc s'attaquer directement au modèle économique. » (cr16b)
Une critique du rythme et de l'effectivité de la régulation européenne. Sur le DSA et le DMA, elle avance : « Ces textes n'imposent en effet qu'une conformité molle, que j'ai pu analyser avec mes étudiants. » (cr16b) Elle insiste sur le décalage de vitesse entre régulateurs et plateformes — « C'est trop lent : nous sommes comme des coureurs de fond face à des sprinteurs. » (cr16b) — et projette ce décalage dans le temps : « Si on ne change pas de braquet, dans cinq ans nous serons en train de discuter de la régulation des plateformes telles qu'elles existent aujourd'hui alors que, d'ici là, l'intelligence artificielle aura tout changé. » (cr16b) Elle lie ce constat à l'asymétrie d'information et au défaut d'accès des chercheurs aux données des plateformes.
Des leviers d'action orientés économie et responsabilité. Elle cite, sans se l'approprier formellement, une piste fiscale sur la publicité ciblée : « Quelques-uns – des économistes américains qui ne sont pas les moins connus – proposent de la taxer très fortement, jusqu'à 50 %. » (cr16b) Elle évoque par ailleurs la possibilité d'« engager la responsabilité des acteurs, y compris, comme on le voit aux États-Unis, les personnes chargées de fabriquer les algorithmes. » (cr16b)
Un scepticisme sur les solutions visant TikTok seul. Sur le pluralisme algorithmique et la tentation du bannissement, elle formule la réserve la plus citée de son intervention : « je crains que TikTok, s'il n'existait plus, soit remplacé par TokTik. » (cr16b) Sa ligne est donc structurelle : viser le mécanisme économique commun aux plateformes plutôt qu'une entreprise en particulier. Cette position la place en désaccord assumé avec Célia Zolynski, qui plaide dans la même table ronde pour la mise en œuvre effective du DSA.
Fiche resserrée : le dossier corpus ne couvre qu'une audition et neuf citations ; aucune position formalisée ni question ne lui est attribuée par ailleurs.
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Joëlle_Toledano
- https://chairgovreg.fondation-dauphine.fr/fr/joelle-toledano
- https://www.academie-technologies.fr/membres/toledano-joelle/