Justine Atlan
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Justine Atlan (née Guyomard) est la directrice générale de l'association e-Enfance / 3018, association
française de protection des mineurs en ligne et de lutte contre le harcèlement.
Parcours :
- juriste de formation, également formée à la médiation familiale (source : historique publié par
l'association) ;
- 2007 : entre à l'association e-Enfance, créée en 2005 par Béatrice Copper-Royer (psychologue
clinicienne, aujourd'hui présidente de l'association) et Christine du Fretay (cheffe d'entreprise) ;
- 2009 : en prend la direction ; elle en est depuis la dirigeante et la porte-parole publique ;
- 2011 : signe, au nom de l'association, une convention avec le ministère de l'Éducation nationale
(Luc Chatel) ; d'autres conventions suivront, notamment avec la direction générale de la
gendarmerie nationale (2021) et le ministère de l'Agriculture (2024) ;
- novembre 2021 : reçue à l'Élysée pour porter le plaidoyer de l'association sur le harcèlement entre
pairs, puis intervient au Forum de Paris pour la Paix ; elle y défend la vérification d'âge et le
passage de la règle des 13 ans à une majorité numérique à 15 ans, harmonisée au niveau européen ;
- octobre 2024 : classée 24e du palmarès les personnes qui comptent dans la tech de Politico
(mention rapportée par l'association ; classement non consulté directement).
Selon la page de présentation de l'association, elle totalise 29 ans d'expérience professionnelle dont
16 dans le numérique et la protection de l'enfance, siège au comité d'experts de l'Arcom et au comité
d'experts du ministère chargé de la lutte contre le harcèlement. Ces éléments proviennent de la
communication de l'association elle-même et n'ont pas pu être recoupés par une source indépendante.
L'association qu'elle dirige a été reconnue d'utilité publique en 2010, est agréée par le ministère de
l'Éducation nationale, opère depuis juin 2021 le 3018 (numéro national gratuit contre le
harcèlement et les violences numériques, successeur de la ligne Net Écoute lancée en 2008), et est
devenue le 6 novembre 2024 la première association française à obtenir le statut de **signaleur de
confiance** (trusted flagger) au titre du règlement européen sur les services numériques (DSA).
*Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le dossier corpus (« directrice générale de
l'association e-Enfance ») correspond sans ambiguïté au profil public de Justine Atlan. Aucun risque
d'homonymie identifié. Réserve méthodologique : la recherche web a dû s'appuyer principalement sur les
pages officielles de l'association et sur l'article Wikipédia consacré à e-Enfance, faute de notice
biographique indépendante consultable ; les dates de formation initiale ne sont pas documentées
publiquement.*
Dans la commission
Audition du 27 mai 2025 (cr18b), au titre de l'association e-Enfance / 3018. Elle y est entendue non
comme clinicienne mais comme responsable d'une association de plaidoyer et de signalement, dotée du
statut de signaleur de confiance.
Déclaration d'intérêts d'emblée. Elle expose le financement de l'association et sa relation
financière avec la plateforme mise en cause : « En 2024, notre financement est constitué à 55 % de
mécénats privés et à 45 % de subventions publiques françaises et européennes. Le budget de
l'association en 2024 s'établissait 3,4 millions d'euros et TikTok nous versait 70 000 euros, soit 2 %
dudit budget. » (cr18b)
Son motif de départ du safety board de TikTok. C'est le point le plus tranché de son audition, et
il porte sur l'autorégulation des plateformes — appréciation de l'association, pas constat établi par
la commission : « Mais nous avons fait le constat que leur cœur de problème réside dans leur modèle
économique et que leurs algorithmes n'étaient absolument pas contestés et travaillés. Nous passions
notre temps à « colmater les brèches », sans toucher le cœur du problème. » (cr18b)
Positions clés défendues :
- La vérification d'âge comme préalable à tout — c'est le socle de sa doctrine : « Nous militons
très fermement depuis plusieurs années auprès des différents acteurs politiques français et
européens pour mettre en place une vérification d'âge sur Internet, clé de voûte de la protection de
l'enfance sur Internet. » (cr18b). Elle en tire l'échec des dispositifs déclaratifs et du contrôle
parental : « Mais ces fonctionnalités ne rencontrent jamais leur cible puisque les enfants mentent
sur leur âge et les parents y participent largement. » (cr18b)
- Un seuil à 15 ans, mais d'abord l'application des 13 ans existants — « Il est aujourd'hui beaucoup
question d'une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Ce seuil, qui correspond
par ailleurs à la majorité sexuelle et à l'entrée au lycée, nous semble pertinent. De façon très
pragmatique, nous aimerions déjà que les plateformes appliquent leur propre restriction, qui porte
sur les moins de 13 ans. » (cr18b)
- Viser le terminal autant que la plateforme — elle appuie cette position sur une lecture historique
propre à l'association : « Le grand bouleversement est intervenu au moment où ont été créés
simultanément les réseaux sociaux avec Facebook et le smartphone , avec l'iPhone. Cette « mauvaise
rencontre » est à la source des problèmes que rencontrent les jeunes aujourd'hui et la dissociation
de ces deux usages serait certainement vertueuse. » (cr18b) ; d'où : « Nous serions donc favorables
à l'interdiction de la vente des smartphones aux moins de 15 ans. » (cr18b)
- Déplacer la charge des parents vers les plateformes — « Honnêtement, les parents portent seuls
depuis vingt ans cette arrivée massive des usages numériques dans la vie de tous, y compris de leurs
enfants et adolescents. On ne cesse de leur répéter que cela relève de leur responsabilité.
Personne, dans le monde adulte encadrant, ne les aide dans ce rôle-là. » (cr18b). Elle mobilise une
analogie avec les produits réglementés : « À l'inverse, il existe une interdiction très claire de
vendre de l'alcool ou du tabac aux mineurs. À ce titre, il est vraiment temps de responsabiliser les
plateformes et de leur demander de jouer leur rôle d'adultes. » (cr18b)
- Une norme de modération obligatoire et pénalisée — « Aujourd'hui, ce n'est pas tant l'écran en
lui-même, mais « l'excès d'écran » qui pose problème. Nous estimons nécessaire de poser une norme de
modération obligatoire pour ces systèmes de communication en ligne. Les plateformes doivent être
pénalisées si elles ne le font pas d'emblée. » (cr18b)
- Application du DSA et sanctions répétées — « Il est absolument nécessaire de mettre en œuvre le
DSA et nous travaillons en ce sens, de manière quasiment quotidienne avec l'Autorité de régulation
de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), pour partager notre expérience et l'aider à
faire appliquer le DSA. » (cr18b) ; « J'estime que l'Europe doit appliquer systématiquement, mais
aussi répétitivement les amendes, lorsque les plateformes contreviennent aux obligations. » (cr18b)
- Une faille européenne identifiée dans le RGPD — « Il faut simultanément souligner que nous nous
heurtons aussi à un manque d'harmonie sur cet âge au niveau européen, lequel constitue la faille du
RGPD depuis 2018 et dont profitent les plateformes pour ne rien mettre en place. » (cr18b)
Sa périodisation du problème. Elle situe le moment présent dans une séquence : « Aujourd'hui, nous
parlons d'une troisième époque où les plateformes elles-mêmes peuvent faire du mal aux jeunes. »
(cr18b)
Le vocabulaire opérationnel du signaleur de confiance. Elle explicite le critère d'urgence utilisé
par l'association dans ses demandes de retrait : « Nous parlons « d'urgence vitale » quand nous
considérons que le contenu ou le compte que nous demandons de bloquer crée un problème de santé
mentale tellement élevé chez le jeune qu'il peut provoquer un suicide. » (cr18b)
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/E-Enfance
- https://e-enfance.org/lhistoire-de-lassociation-e-enfance-3018/
- https://e-enfance.org/qui-sommes-nous/presentation/
- https://e-enfance.org/qui-sommes-nous/gouvernance/
- https://e-enfance.org/
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N018.html