Karine de Leusse
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Karine de Leusse — qui signe aussi ses ouvrages du nom de Karine de Leusse Schirtzinger — est psychologue et psychothérapeute clinicienne, installée à Paris, spécialisée dans l'impact du numérique sur la vie psychique. L'identification est établie sans ambiguïté : la commission l'a auditionnée en qualité de psychologue et elle s'y est présentée comme psychothérapeute clinicienne spécialisée dans les effets inconscients du numérique, ce qui recoupe exactement le positionnement public de la praticienne éditrice du site cyberaddictologie.fr et référencée sur Doctolib comme psychologue à Paris (133 boulevard Haussmann, 75008).
Formation : master 2 de psychologie (université Paris Cité, ex-Paris V Descartes), master 2 de communication (CELSA — Sorbonne Université), certificat en sciences criminologiques (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) — éléments déclarés sur son site professionnel.
Parcours : elle exerce en clinique depuis environ vingt-cinq ans (pratique parisienne indiquée depuis 2001 sur son site) et travaille depuis plus de quinze ans sur les effets de la surexposition aux écrans chez les enfants, les adolescents et les familles. Devant la commission, elle a déclaré travailler depuis vingt ans avec des enfants, des adolescents et leurs familles sur cette problématique, à raison de trente à quarante consultations hebdomadaires consacrées à ce seul sujet (cr19a).
Engagement associatif : elle est membre du Collectif Surexposition Écrans (CoSE), collectif pluridisciplinaire de professionnels de l'enfance, de la santé et de l'éducation ; elle indique par ailleurs être référente bénévole dans le département du Nord pour le dispositif Les maltraitances, moi j'en parle !.
Publications et travaux : co-autrice, avec Elvire Daudigny Del Fondo, de Sous écran total. Du mythe de l'homme augmenté à la cyberaddiction (Les éditions du Net, 2024) ; autrice de Fugitisme. Chronique d'une humanité en fuite (édition française parue en 2026, postérieure à l'audition). Elle est à l'origine de la notion de fugitisme, qu'elle définit comme une inadaptation progressive au réel — un éloignement du monde vécu au profit d'environnements numériques plus rapides et plus stimulants — plutôt que comme une simple addiction ; elle lui consacre un site dédié (fugitisme.fr). Elle a également conçu quatre outils pédagogiques destinés aux enfants, anime un podcast et intervient régulièrement en conférence et dans les médias (émission La Maison des maternelles, tribunes et contributions référencées dans Le Monde).
Réserve de sourçage : une part notable de ces éléments (dates, diplômes, volume de consultations, ancienneté) provient de son site professionnel, de ses notices d'éditeur et de son profil LinkedIn, c'est-à-dire de sources alimentées par l'intéressée. Les recoupements indépendants disponibles (UN Today, UP' Magazine, site du CoSE) confirment la qualification, la spécialité, l'ouvrage de 2024 et l'appartenance au collectif, mais pas le détail du parcours.
Dans la commission
Auditionnée le 28 mai 2025 (cr19a), sous serment, en visioconférence, dans une table ronde de professionnels de santé aux côtés du Dr Anne-Hélia Roure (psychiatre) et du Dr Philippe Babe (chef des urgences pédiatriques du CHU Lenval, Nice), sous la présidence d'Arthur Delaporte. Elle déclare d'emblée n'avoir « aucun conflit d'intérêt » (cr19a). Trois interventions, dossier de taille modeste : la fiche est donc courte et se limite strictement à ce qui figure au corpus.
Sa thèse. Elle refuse de réduire le sujet à l'addiction ou à la captation d'attention et le déplace sur le terrain psychique : « Aujourd'hui, TikTok n'est pas simplement un divertissement mal encadré, mais un espace qui désorganise en profondeur le rapport au temps, au corps, à soi, aux autres. C'est un outil de déconstruction psychique. » (cr19a) C'est sa lecture clinique, présentée comme telle.
Positions clés défendues :
- Le scroll comme symptôme — « Le scroll est devenu un geste réflexe, un toc numérique, compulsif, une caresse, un tic, un apaisement. » (cr19a) Elle décrit un régime de temporalité « sans seuil, sans début ni fin » et un « syndrome du personnage principal » où l'adolescent scénarise son expérience au lieu de la vivre.
- Effets genrés sur le rapport au corps — chez les filles, une sursexualisation précoce : « Elles n'habitent plus leur corps, elles le décorent. » (cr19a) ; chez les garçons, l'effet miroir : « Chez les garçons, c'est l'effet inverse. Il se traduit par une hypervirilité, une crispation, un besoin de contrôle sur l'image et une compensation. » (cr19a)
- Retentissement familial — elle rapporte entendre « chaque semaine » des parents insultés, menacés ou frappés pour avoir posé une limite, et formule ce constat en des termes très durs : « Les enfants sont devenus les terroristes de la maison et les parents ont peur pour leurs enfants et peur pour eux-mêmes. » (cr19a) Il s'agit de son témoignage clinique, non d'une donnée établie devant la commission.
- L'objet smartphone lui-même — en réponse à la rapporteure Laure Miller, qui l'interroge sur « l'outil » smartphone : ce dernier, « de petite taille, favorise la régression et l'usage régressif » ; les jeunes s'isolent dans leur chambre en position « presque fœtale » avec un téléphone qui, selon elle, correspond en quelque sorte à un biberon numérique : « Ils s'abreuvent de ce biberon et, comme un bébé, hurlent quand on leur retire. » (cr19a) Conclusion : « au-delà du contenu de TikTok », l'objet lui-même favorise l'usage excessif.
- Sa proposition centrale : des horaires collectifs imposés à la plateforme — c'est l'apport le plus concret de son audition. « On ne laisse pas un bar ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ni un casino. Alors pourquoi TikTok échapperait-il à cette règle de bon sens ? Je propose donc que l'on impose des horaires collectifs à TikTok, je propose de réintroduire le rythme du jour, de la nuit, des pauses, du souffle, du réel. » (cr19a)
- Limite d'âge : utile mais insuffisante — « L'instauration d'une limite d'âge est intéressante, surtout pour les parents, car elle leur permettra de légitimer le cadre qu'ils proposeront aux enfants. Cependant, cette mesure ne sera pas suffisante, raison pour laquelle je préconise d'établir un cadre horaire, qui permet d'ancrer l'usage dans le réel. » (cr19a)
- Les parents dans le soin — « je reçois toujours les adolescents avec les parents lors de la première séance. Si les parents ne comprennent pas les règles qu'ils doivent mettre en place, ils ne pourront pas les tenir. » (cr19a)
Point saillant de l'échange. Sa proposition d'horaires d'ouverture et de fermeture est explicitement reprise à son compte, dans la même table ronde, par le Dr Philippe Babe : « Je retiens la proposition de Madame de Leusse sur l'instauration d'horaires d'ouverture et de fermeture, comme pour un établissement. Cela me paraît être une très bonne idée, qui sera sans doute plus entendue qu'une interdiction pure et dure avec un âge barrière. » (cr19a) La table ronde n'est pas unanime pour autant : Babe juge irréaliste une interdiction des écrans avant 15 ans et privilégie l'éducation, là où la Dr Roure défend l'intérêt d'une limite d'âge.
Sources
- https://www.cyberaddictologie.fr/a-propos
- https://www.cyberaddictologie.fr/
- https://www.fugitisme.fr/post/fugitisme-maladie-epoque
- https://untoday.org/les-ecrans-faux-amis-des-tout-petits/
- https://surexpositionecrans.fr/accueil-du-site-de-cose/
- https://www.doctolib.fr/psychologue/paris/karine-de-leusse
- https://fr.linkedin.com/in/karine-de-leusse-48238a138
- https://www.lemonde.fr/signataires/karine-de-leusse/
- https://www.lagalerne.com/ebook/9782312141473
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N019.html