Katia Roux
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Katia Roux est chargée de plaidoyer à Amnesty International France, où elle suit le champ des technologies et des droits humains. C'est la formulation employée par l'organisation elle-même sur son site (article du 24 mars 2025 sur la prolongation de la vidéosurveillance algorithmique), et elle correspond exactement à la fonction déclarée devant la commission d'enquête le 28 mai 2025.
Amnesty International France la désigne aussi, selon les publications, comme spécialiste technologies et droits humains (article du 14 avril 2024 sur la vidéosurveillance algorithmique aux JO de Paris) ou, dans une tribune du 30 mai 2025 sur la reconnaissance faciale qu'elle signe, comme sa spécialiste technologie et droits humains. Hors de l'organisation, elle est présentée comme experte plaidoyer pour Amnesty International lors d'une table ronde publique intitulée Intelligence artificielle : une (r)évolution ? organisée par Cartooning for Peace le 23 avril 2024, en partenariat avec Amnesty International et France Médias Monde.
Elle est, sur ces sujets, l'une des voix publiques de l'organisation en France : elle porte notamment ses positions sur la vidéosurveillance algorithmique et la reconnaissance faciale (loi JO 2024, prolongation du dispositif en 2025), et sur les algorithmes de recommandation des plateformes. Sa présence dans le débat public français sur les libertés numériques est documentée au moins depuis 2020 (entretien Trois questions à Katia Roux, d'Amnesty International France publié par Le Monde des ADOS le 5 novembre 2020, consacré à la liberté d'expression).
Sur le dossier TikTok, le travail d'Amnesty International auquel elle se réfère en audition est celui publié en novembre 2023 sous la forme de deux rapports — Poussé·e·s vers les ténèbres. Comment le fil "Pour toi" encourage l'automutilation et les idées suicidaires et Je me sens vulnérable. Pris·e au piège de la surveillance intrinsèque à TikTok — reposant sur une enquête menée au Kenya, aux Philippines, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Norvège et en France, avec un sondage auprès de plus de 550 jeunes de 13 à 24 ans dans plus de 45 pays, des ateliers avec plus de 300 enfants et la création de comptes de test simulant des adolescents de 13 ans. Postérieurement à l'audition, le 20-21 octobre 2025, Amnesty International France a publié une enquête portant spécifiquement sur l'algorithme de TikTok en France et a déposé un recours auprès de l'Arcom au titre du règlement européen sur les services numériques (DSA).
Réserve : les sources publiques consultées (site d'Amnesty International France, page d'événement de Cartooning for Peace, presse) documentent sa fonction et ses domaines d'intervention, mais ni sa formation, ni ses dates d'entrée en poste, ni son parcours professionnel antérieur. Ces éléments ne sont donc pas renseignés ici. L'identité est en revanche établie sans ambiguïté : la fonction déclarée en audition (chargée de plaidoyer à Amnesty International France) est celle que l'organisation lui attribue publiquement sur les mêmes sujets ; le risque d'homonymie est écarté.
Dans la commission
Katia Roux est entendue le 28 mai 2025 (cr19c) aux côtés d'Anne Savinel-Barras, présidente d'Amnesty International France. C'est elle qui porte l'essentiel du propos et répond à la majeure partie des questions. Sa ligne : mettre en cause le modèle économique de la plateforme et le système algorithmique qui en découle, tout en refusant explicitement la solution de l'interdiction d'accès des mineurs.
- La thèse d'ouverture : une toxicité à deux moteurs. Elle pose d'emblée un diagnostic en deux volets, l'algorithme et les données : « TikTok peut être un espace toxique et addictif pour les jeunes et les enfants, en raison d'une part du système de recommandation algorithmique de la plateforme, et d'autre part de ses pratiques très intrusives de collecte de données personnelles. » (cr19c)
- La cause profonde selon elle : le modèle économique. Sa position formalisée au dossier est que le profilage intrusif et la publicité ciblée poussent à maximiser l'engagement au détriment de la santé des jeunes, et qu'il faut donc s'attaquer au système plutôt qu'aux symptômes.
- Un algorithme non intentionnel mais amplificateur. Elle prend soin de distinguer conception et effet : « Il faut bien comprendre que l'algorithme de TikTok n'est pas conçu en soi pour promouvoir des contenus liés à la dépression, à l'automutilation ou le suicide. En revanche, dès lors que l'algorithme identifie qu'un utilisateur ou une utilisatrice éprouve un intérêt pour une question, il recommandera systématiquement des contenus associés » (cr19c)
- Les éléments d'enquête avancés. Elle appuie son propos sur la méthodologie d'Amnesty : « Selon notre enquête technique à partir de comptes que nous avons gérés manuellement, il ne faut qu'entre trois et vingt minutes pour que les fils « Pour toi » soient inondés de ces vidéos qui peuvent aller jusqu'à encourager le suicide. » (cr19c), et sur un volet déclaratif : « Y ont répondu plus de 550 personnes, entre 13 et 24 ans provenant plus de quarante‑cinq pays. » (cr19c)
- L'effet allégué sur les mineurs déjà fragilisés. « l'exposition des jeunes et des enfants, déjà en proie à des symptômes dépressifs ou des fragilités psychologiques, à de nombreuses vidéos banalisant le suicide aggrave incontestablement leur santé mentale. » (cr19c)
- La mise en cause de la défense de la plateforme. Elle conteste l'argumentaire qu'elle prête à TikTok : « Elle se retranche derrière l'argument selon lequel les jeunes postent eux-mêmes ces contenus, sans même se poser la question de la manière dont ils sont promus par le système algorithmique de la plateforme. » (cr19c) Sa position au dossier est que la plateforme doit reconnaître et traiter les risques systémiques au regard du DSA et du droit international, ses réponses en termes de « bien-être » étant selon elle insuffisantes.
- Un précédent invoqué : Meta et les Rohingyas. Elle inscrit le dossier TikTok dans la continuité d'un travail antérieur de l'ONG : « Nous avons aussi travaillé sur Meta, en montrant la responsabilité de la plateforme dans les violences ethniques et notamment le nettoyage ethnique des Rohingyas au Myanmar en 2017. » (cr19c)
- Le point le plus saillant : Amnesty ne demande pas l'interdiction. C'est la position qui la distingue de plusieurs autres auditionnés. Elle la formule sans ambiguïté : « En résumé, nous ne demandons pas l'interdiction. » (cr19c) Deux motifs sont avancés. Le déplacement de la charge : « Une interdiction totale ferait davantage peser le poids des pratiques commerciales et nocives des entreprises sur les jeunes au lieu de le faire endosser par les entreprises. » (cr19c) Et le risque pour d'autres droits hors d'Europe : « En dehors du cadre européen qui est un espace démocratique, l'interdiction pourrait entraîner un impact sur d'autres droits, comme le droit à la liberté d'expression, le droit à l'information. » (cr19c)
- Ce qu'elle demande à la place : le levier DSA, jugé utile mais incomplet. « nous nous efforçons d'utiliser au mieux le levier du DSA, la première réglementation qui vise véritablement à encadrer les Big Tech pour obtenir des résultats et responsabiliser les entreprises. » (cr19c) Avec une réserve immédiate : « Selon nous, il ne va pas assez loin concernant le fil par défaut et la publicité ciblée n'est pas interdite pour tous et toutes. » (cr19c) Et une demande explicite : « nous sommes favorables à l'interdiction de la publicité ciblée à destination des mineurs dans le cadre du DSA européen, qu'il faudrait étendre à l'échelle du globe. » (cr19c)
L'ensemble de ces énoncés constitue la position défendue par Amnesty International France devant la commission ; les mises en cause qu'ils contiennent — à l'égard de TikTok comme de Meta — sont celles de l'organisation et ne constituent pas des constats établis par la commission. Le dossier corpus ne recense aucune question posée par Katia Roux (elle est auditionnée, non membre de la commission).
Sources
- https://www.amnesty.fr/actualites/voici-comment-le-gouvernement-a-prolonge-la-videosurveillance-algorithmique/
- https://www.amnesty.fr/actualites/pourquoi-la-videosurveillance-algorithmique-pose-probleme-cameras-technologies/
- https://www.amnesty.fr/actualites/tribune-reconnaissance-faciale-doit-rester-une-ligne-rouge/
- https://www.amnesty.fr/actualites/tiktok-un-modele-dangereux-pour-la-sante-mentale-des-jeunes-et-des-enfants/
- https://www.amnesty.fr/actualites/plongee-dans-l-algorithme-de-tiktok-france-rapport/
- https://www.cartooningforpeace.org/actualites/table-ronde-intelligence-artificielle-une-revolution-a-loccasion-de-la-sortie-du-nouveau-livre-cartooning-for-peace/
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N019.html
- Le Monde des ADOS, [Liberté d'expression] Trois questions à Katia Roux, d'Amnesty International France, 5 novembre 2020 — référence (titre, source, date) identifiée via l'index Google Actualités ; la page elle-même n'a pas pu être ouverte lors de la vérification, l'information n'est donc utilisée que pour dater sa présence publique sur ces sujets.