Laurent Marcangeli
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Laurent Marcangeli, né le 10 décembre 1980 à Ajaccio (Corse-du-Sud), est un homme politique français.
Il est l'auteur de la loi du 7 juillet 2023 instaurant une majorité numérique — c'est à ce titre que la
commission d'enquête l'entend le 19 juin 2025, alors qu'il est ministre de l'Action publique, de la
Fonction publique et de la Simplification.
Formation et débuts en Corse. Adhérent au RPR à 17 ans, il est maître en histoire puis en droit
public. Membre de l'UMP, il est élu conseiller municipal d'opposition à Ajaccio en 2008, puis conseiller
général du premier canton d'Ajaccio en 2011 — mandat qu'il quitte en mai 2014 pour cause de cumul.
Député puis maire d'Ajaccio (2012-2022). Élu député de la première circonscription de la Corse-du-Sud
lors des législatives de 2012 (UMP), il siège à la commission des affaires sociales. Il remporte les
municipales d'Ajaccio le 30 mars 2014 et est élu maire le 5 avril ; le scrutin est invalidé par le
tribunal administratif de Bastia le 23 octobre 2014 et il démissionne le 27 octobre. Vainqueur du nouveau
scrutin (59,5 % au second tour), il redevient maire le 8 février 2015, retrouve la présidence de la
communauté d'agglomération du Pays ajaccien le 1er juillet 2017, et est réélu maire dès le premier tour
en mars 2020. Il ne se représente pas aux législatives de 2017 et quitte Les Républicains début 2018.
Horizons et retour à l'Assemblée (2021-2024). En octobre 2021, il rejoint Horizons, le parti
d'Édouard Philippe, et soutient Emmanuel Macron en février 2022. Élu député de la Corse-du-Sud le
19 juin 2022, il est élu président du groupe Horizons à l'Assemblée nationale le 22 juin 2022 et quitte
la mairie d'Ajaccio en juillet 2022. Il est réélu député le 7 juillet 2024 avec 63,20 % des voix au
second tour.
La loi « majorité numérique » (2023). Le 17 janvier 2023, il dépose avec Xavier Albertini et plusieurs
de leurs collègues la proposition de loi n° 739 « visant à instaurer une majorité numérique et à lutter
contre la haine en ligne », dont il est le rapporteur devant la commission des affaires culturelles et de
l'éducation. Le Gouvernement engage la procédure accélérée le 28 février 2023 ; le texte est discuté en
séance publique à l'Assemblée le 2 mars 2023, fait l'objet d'un accord en commission mixte paritaire, et
la loi est promulguée le 7 juillet 2023 (loi n° 2023-566).
Fonctions gouvernementales et situation actuelle. Nommé ministre de l'Action publique, de la Fonction
publique et de la Simplification le 23 décembre 2024 dans le gouvernement Bayrou, il est remplacé à la
présidence du groupe Horizons par Paul Christophe le 24 janvier 2025. Il quitte le Gouvernement le
5 octobre 2025, retrouve son siège de député le 6 novembre 2025 et redevient président du groupe Horizons
le 31 mars 2026.
Autre élément public. En mai 2023, la Cour des comptes l'a condamné à une amende de 10 000 euros pour
la non-exécution, par la commune d'Ajaccio, de décisions du tribunal administratif au bénéfice d'un ancien
salarié.
Dans la commission
Laurent Marcangeli est entendu une seule fois, le 19 juin 2025 (cr29a, 11 interventions, sous serment,
présidence d'Arthur Delaporte). Il est auditionné non comme membre du Gouvernement mais comme auteur de la
loi du 7 juillet 2023 : la commission cherche à comprendre pourquoi ce texte a été proposé et pourquoi il
n'est toujours pas appliqué. Son audition est donc à la fois un récit de genèse législative et un
réquisitoire contre ce qu'il décrit comme un blocage européen.
Sa thèse : le politique fixe le principe, la technique doit suivre. C'est le fil de toute
l'audition. Il raconte avoir rencontré les grandes plateformes : « Toutes ont dit la même chose : il leur
était techniquement impossible d'appliquer la loi. » (cr29a) Il en tire une conclusion inverse de celle
attendue : « Il ne s'agit pas de brider la liberté mais bien de déterminer des principes – ce que
légiférer signifie. » (cr29a) Et il assume la division du travail : « Notre rôle n'est pas d'écrire des
lignes de code ou des algorithmes, mais d'énoncer ce qui est juste et nécessaire. » (cr29a) Il ouvre son
propos en revendiquant l'antériorité de son engagement : « La protection de nos enfants n'est pas un trend
TikTok mais une responsabilité au cœur de mon engagement politique depuis toujours. » (cr29a)
Le constat chiffré qui fonde le texte. Il s'appuie sur des données publiques d'usage : « 82 % des
enfants de 10 à 14 ans se connectent aux réseaux sociaux sans encadrement parental » (cr29a), et rappelle
« les enfants créent en France leur premier compte à l'âge de 8 ans et demi et que 70 % des enfants
regardent seuls des vidéos en ligne » (cr29a). Il pose la question en termes d'urgence : « Pendant que
nous parlons, combien d'enfants en France et dans le monde sont, à bas bruit, en train de regarder un
contenu pornographique ou choquant sur un réseau social qui crée leur algorithme ? Combien sont en train
de s'abrutir ? Si nous avions les chiffres réels, nous rentrerions tous chez nous la boule au ventre. »
(cr29a)
Le seuil de 15 ans, et pourquoi il refuse l'interdiction pure. Interrogé par la rapporteure Laure
Miller sur le choix de l'âge, il explique que « l'âge de 15 ans, qui correspond normalement à l'entrée au
lycée et à celui de la majorité sexuelle, était un palier intéressant » (cr29a), alors que des amendements
proposaient 16 ans. Sa position de principe : « Nous devons affirmer que l'on peut utiliser les réseaux
sociaux à partir de quinze ans, mais qu'avant cet âge l'accord des parents est nécessaire. » (cr29a) Il
défend la progressivité contre l'interdiction générale, tout en disant sa sévérité de fond : « certaines
plateformes devraient tout bonnement être supprimées du paysage. » (cr29a) Son argument contre
l'interdiction est comportemental : « Interdire purement et simplement peut créer l'effet indésirable
inverse : que l'adolescent cherche par tous les moyens à y accéder avant 15 ans précisément parce que
c'est interdit car, à cet âge, aller à l'encontre de l'interdit est particulièrement recherché. » (cr29a)
La responsabilité des plateformes : « tartufferie ». C'est son passage le plus tranché, en réponse à
la rapporteure qui lui rapporte que les dirigeantes de TikTok disposeraient déjà des moyens techniques de
vérifier l'âge : « Tout cela relève de la tartufferie. Ces géants ont les capacités techniques et
technologiques d'assurer un contrôle. Plus personne ne peut croire le contraire. » (cr29a) Il ajoute
qu'il existe selon lui un marché reposant sur les enfants et que « le politique doit donc reprendre la
main ». Il cite comme pistes opérationnelles les opérateurs mobiles français, des entreprises souveraines
respectueuses de la vie privée, et le portefeuille européen d'identité numérique attendu à l'été 2026.
Le blocage européen, cœur de son réquisitoire. Il impute l'inapplication de sa loi à une « résistance
européenne » et non à une carence politique : le courrier du commissaire Thierry Breton du 14 août 2023
jugeant le texte non conforme au DSA, puis le défaut de notification à la Commission européenne trois mois
avant l'adoption, exigée par la directive (UE) 2015/1535 — une procédure qui, dit-il, ne tient pas compte
de la rapidité d'une proposition de loi française. Le résultat : « la loi est purement et simplement
inapplicable, quand bien même elle a été votée à l'unanimité » (cr29a). Sur le fond du droit européen, sa
critique est frontale : « sur le fond, il reste timide. Il ne fait à aucun moment référence à la santé
publique et passe donc selon moi à côté de l'essentiel. » (cr29a), et surtout : « le principal aspect du
DSA depuis son lancement a été d'empêcher qu'une législation nationale soit mieux-disante. C'est
inacceptable car il ne propose aucun dispositif opérationnel pour protéger les mineurs. » (cr29a) Il juge
aussi que le « règlement général sur la protection des données (RGPD) est sous-appliqué pour les mineurs »
(cr29a). Reprenant à son compte une formule qu'il attribue à la gauche, il résume son grief contre
l'arbitrage européen entre marché et santé publique : « nos vies valent mieux que leurs profits »
(cr29a). Quand le président Delaporte lui oppose l'argument de la solidité juridique et du temps long des
procédures, il répond : « Je réponds que dans ce cas il ne faut pas proclamer que le DSA est en vigueur et
qu'il vaut mieux appliquer une période de tolérance. L'Union européenne devrait desserrer un peu l'étau
sur les nations qui ont envie d'avancer. » (cr29a)
La responsabilité parentale, volet assumé du dispositif. Il explique avoir voulu que le texte
n'exonère pas les parents, d'où l'autorisation parentale entre 13 et 15 ans, et illustre le basculement
des usages : « le gamin de 13 ans qui participe au déjeuner de famille du dimanche est peut-être en train
d'en regarder juste à côté de vous. » (cr29a) Il décrit un déni parental qu'il dit lire après les drames :
« Les parents ont soupçonné qu'il y avait un problème, constaté que leur enfant était un peu renfermé,
mais ne pensaient pas qu'il irait jusqu'à se suicider. » (cr29a) Il en déduit une obligation pour la
puissance publique de s'engager « de manière très vigoureuse » dans l'information et l'éducation.
Une lecture géopolitique. Interrogé sur TikTok et la Chine, il formule une conviction personnelle : « Je
suis de ceux qui pensent qu'il existe une volonté de rendre des générations entières de femmes et d'hommes
complètement démunies dans la compétition mondiale et dans le rapport à d'autres grandes puissances, et que
l'Europe est en train de s'avachir. » (cr29a) Il présente cela comme son opinion — il précise par ailleurs
« Je ne suis pas complotiste » — et invite à regarder ce que la Chine « est capable de faire en matière de
régulation des réseaux sociaux – même si ce n'est pas une démocratie ».
Ce qu'il demande, en synthèse. Une majorité numérique à 15 ans avec autorisation parentale de 13 à
15 ans ; l'instauration de ce principe au niveau européen assortie d'une période de tolérance pour les
États précurseurs ; une adaptation de la procédure de notification européenne au rythme des propositions
de loi ; et l'affirmation que l'absence d'outil technique parfait ne peut plus justifier l'inaction. Il
qualifie lui-même son texte de « première pierre » et de « texte lanceur d'alerte », en appelant à
poursuivre par « un édifice encore plus ambitieux ».
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Marcangeli
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/dossiers/majorite_haine_ligne
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/textes/l16b0739_proposition-loi
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N029.html