Martin Ajdari
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Martin Ajdari, né le 11 décembre 1968 à Paris (20e), est un haut fonctionnaire français. Il est
président de l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) depuis
le 2 février 2025, pour un mandat de six ans, succédant à Roch-Olivier Maistre. Il est le fils de
Martine Buron, ancienne députée socialiste et députée européenne, et d'Ahmad Ajdari, diplomate
iranien ; son grand-père, Robert Buron, fut ministre sous la IVe République.
Formation :
- école de commerce — l'ESCP selon sa notice Wikipédia, HEC Paris selon la notice officielle de
l'Arcom (les deux sources divergent sur ce point, mentionné ici avec réserve) ;
- Institut d'études politiques de Paris (1991) ;
- École nationale d'administration, promotion René Char (1993-1995).
Parcours professionnel :
- 1995-1999 : administrateur civil à la direction du Budget, ministère de l'Économie et des Finances ;
- 1999-2000 : directeur administratif et financier de Radio France Internationale (RFI) ;
- 2000-2002 : conseiller en cabinet ministériel (Laurent Fabius, Florence Parly) ;
- 2002-2004 : bureau du financement du logement, ministère de l'Économie ;
- 2004-2009 : directeur général délégué de Radio France ;
- 2009-2010 : directeur général adjoint de l'Opéra national de Paris ;
- 2010-2014 : directeur général délégué puis secrétaire général de France Télévisions ;
- 2014 : directeur de cabinet au ministère de la Culture et de la Communication ;
- 2015-2019/2020 : directeur général des médias et des industries culturelles (DGMIC) ;
- 2020-2025 : directeur général adjoint de l'Opéra national de Paris ;
- depuis le 2 février 2025 : président de l'Arcom.
*Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le dossier corpus (« président de l'Autorité de
régulation de la communication audiovisuelle et numérique ») correspond sans ambiguïté au profil
public de Martin Ajdari, en poste à cette date. Aucun risque d'homonymie identifié.*
Dans la commission
Audition unique le 20 mai 2025 (cr13c, troisième et dernière audition de la réunion n° 13),
20 prises de parole. Ajdari est entendu comme président de l'Arcom, accompagné d'Alban de Nervaux
(directeur général) et de Lucile Petit (directrice des plateformes en ligne).
**Sa thèse : le constat d'insuffisance est partagé, mais le cadre pour y répondre — le DSA — existe
déjà et doit être appliqué plutôt que rediscuté.** Il pose d'emblée le diagnostic : « Un large
consensus se fait jour pour considérer que le niveau de protection des mineurs en ligne en France
et en Europe est, depuis de nombreuses années, tout à fait insuffisant sur TikTok. » (cr13c). Il
l'étaye par le décalage entre usage réel et règle affichée : « au premier trimestre 2025, selon
Médiamétrie, près d'un tiers des enfants âgés de 11 à 12 ans ont utilisé TikTok, alors que l'âge
minimum d'accès est fixé, dans les conditions générales d'utilisation (CGU), à 13 ans » (cr13c). Sur
les mécaniques en cause : « le scrolling – défilement – illimité de vidéos courtes et personnalisées,
les tendances, les hashtags et un algorithme de recommandations très puissant captent l'attention et
allongent le temps passé sur la plateforme. » (cr13c). Il cite un exemple récent — « L'exemple le
plus récent et évocateur est la tendance SkinnyTok, qui valorise la maigreur extrême. » (cr13c) — et
le chiffre : « sur cette seule période, 5 500 publications, diffusées par 3 000 créateurs différents,
comprenaient l'expression SkinnyTok. » (cr13c)
Positions clés défendues :
- Le DSA est le bon cadre, à accélérer et non à rouvrir — c'est l'axe central de son audition. Ses
lignes directrices permettent selon lui une évolution structurelle des services ; il faudra sans
doute renforcer et accélérer, mais pas rejouer des débats déjà tranchés. Il rappelle l'arsenal
disponible au niveau européen : « Si TikTok ne se conforme pas à ses obligations de manière
répétée, malgré les injonctions de la Commission, elle peut se voir infliger une amende équivalant
à 6 % de son chiffre d'affaires mondial ; puis vient la possibilité d'une suspension – cela
existe. » (cr13c). Il plaide la patience du temps réglementaire : « Songez qu'il a fallu du temps
pour imposer le port de la ceinture de sécurité dans les véhicules, d'abord à l'avant puis à
l'arrière. » (cr13c), et refuse le constat d'échec : « Je ne partage donc pas l'idée que cela ne
marche pas, même si cela ne marche pas assez, pas assez vite. » (cr13c)
- L'Arcom alerte et instruit mais ne peut pas sanctionner TikTok — point de limite de compétence
qu'il assume : « En revanche, l'Arcom ne peut pas prendre de sanction contre les plateformes comme
TikTok. » (cr13c). Selon sa position telle qu'exposée, l'autorité transmet à la Commission
européenne et à l'Irlande (pays d'établissement), et n'a pas non plus accès aux données de
l'article 40 en tant que coordinateur d'un pays de destination ; il dit reconnaître et partager la
frustration que cela suscite.
- Priorité à l'effectivité de l'accès, avant le débat sur l'âge — « La priorité est d'interdire de
façon effective l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux. » (cr13c)
- Position nuancée sur l'interdiction avant 15 ans — il ouvre la porte sans trancher : « Il y a de
bonnes raisons de penser qu'en matière de santé publique, ne pas accéder aux réseaux sociaux avant
15 ans ne serait pas une très mauvaise idée. » (cr13c), tout en refusant l'automatisme : « En
effet, les réseaux sociaux ne sont pas intrinsèquement dangereux en dessous de 15 ans ; tout dépend
du type de service, des limitations au caractère addictif de l'algorithme, des paramétrages
d'accès, de la vérification de l'âge… » (cr13c). Relever l'âge relève selon lui d'une décision
politique européenne ; à court terme, il privilégie le respect de la limite CGU de 13 ans et le
déploiement des outils protecteurs.
- Agir sur le design et le paramétrage par défaut, pas seulement sur la modération ex post — il
décrit la modération a posteriori comme un « tonneau des Danaïdes » et défend une intervention sur
l'interface et l'algorithme dès la conception, avec des paramétrages protecteurs par défaut pour
les mineurs.
- Refus de la qualification de responsabilité « éditoriale » — « Leur responsabilité est évidente,
mais je ne la qualifierais pas d'éditoriale ; c'est une responsabilité de fournisseur de service en
ligne. » (cr13c). Il considère que le DSA a tranché ce débat et qu'il ne faut pas le rouvrir ; il
évoque le cas de X/Musk (un propriétaire poussant son agenda) comme exception éventuellement à
l'étude.
- Pas de « TikTok-bashing » sur le traitement des signalements — « Il ne s'agit pas pour nous de
faire du TikTok- bashing en tant que tel. » (cr13c) ; « TikTok est l'une des plateformes qui traite
le plus rapidement les signalements qui lui sont faits et, d'un point de vue administratif, la
réaction est satisfaisante. » (cr13c). Le problème qu'il désigne n'est donc pas d'abord le retrait
des contenus illicites mais les risques systémiques de fond. Sur les objectifs de délai :
« Les contenus signalés par les signaleurs de confiance doivent être traités prioritairement, 50 %
voire 75 % devant être retirés dans les 24 heures – c'est un objectif indicatif, susceptible d'être
renforcé. » (cr13c)
- Le lien algorithme/nocivité est pressenti mais reste à documenter — position de prudence
scientifique assumée : « Nous devons mettre en évidence ce phénomène et le documenter par un
travail d'instruction scientifique, voire presque pénale. » (cr13c). Corrélation à établir via
l'accès des chercheurs aux données, causalité non acquise.
- Des moyens qu'il juge insuffisants — « Actuellement, 23 équivalents temps plein (ETP) se
consacrent au règlement sur les services numériques, sur un effectif total de 350 personnes »
(cr13c). Première étape à ses yeux insuffisante : l'Arcom devra monter en puissance pour conduire
ses propres études, à l'image de la soixantaine d'agents allemands.
- Extension de la vérification de l'âge aux plateformes pornographiques établies dans l'UE — « À
compter du mois de juin, nous écrirons aux plateformes les plus importantes installées dans
l'Union européenne, comme PornHub et YouPorn, pour leur demander d'installer à leur tour cet
outil. » (cr13c)
- Le rôle des parents comme « premier degré de régulation » — « Il n'est certes pas facile de
surveiller ce que font les enfants sur leur smartphone et les parents ne sont pas égaux face à
cette tâche, mais cela reste le premier degré de régulation. » (cr13c)
Ingérence étrangère. Il mentionne le dossier roumain sur un mode prudent, en rapportant une
suspicion et non un fait établi : « Lors des élections en Roumanie, il y a eu une suspicion
d'utilisation de la plateforme TikTok par des intérêts étrangers ou locaux, lesquels auraient cherché
à manipuler l'opinion. » (cr13c)
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Ajdari
- https://www.arcom.fr/nous-connaitre-notre-institution/gouvernance/martin-ajdari
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N013.html