Mathieu Barrère
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Mathieu Barrère est journaliste et réalisateur français, membre de l'équipe d'Auxyma, société de production audiovisuelle spécialisée dans le magazine d'investigation et le documentaire. Sur la page d'équipe du site de l'agence, il se présente comme diplômé d'une école de journalisme en 2021 et déclare enquêter et réaliser des sujets chez Auxyma, avec pour centres d'intérêt les magazines d'investigation et les documentaires engagés, et pour ambition de faire du magazine d'enquête.
Il signe des reportages diffusés dans Envoyé spécial (France 2, France Télévisions), produits par Auxyma, parmi lesquels :
- Pompes à chaleur : pompes à fric ?, diffusé en mars 2024, coréalisé avec Clément Voyer et Frédéric Capron ;
- Sous le pavillon, la pollution ?, avec Pierre Larrieu et Clément Voyer ;
- OnlyFans, MYM : le porno en un clic, enquête sur les plateformes de contenus payants, diffusée sur France 2 le 26 juin 2025, cosignée avec Marie-Agnès Suquet, Marc Boulay, Clément Voyer, Fabien Rodesh, Adrien Rappoport, Guillaume Viart et Constantin Simon, pour Auxyma production.
C'est ce dernier travail qui motive son audition : le président Arthur Delaporte le présente en séance comme journaliste et réalisateur pour l'émission Envoyé spécial de France 2, dont le documentaire OnlyFans, Mym, du porno chez nos ados devait être diffusé le 19 juin — la diffusion est finalement intervenue le 26 juin 2025 sous le titre OnlyFans, MYM : le porno en un clic.
Réserve de sourçage : l'intéressé n'a pas de notice encyclopédique ni de biographie institutionnelle publique. Les éléments de parcours ci-dessus proviennent de la page d'équipe de son employeur (auto-déclarative) et des génériques de reportages référencés par France Télévisions ; les dates précises de formation et d'emploi ne sont pas documentées par une source indépendante. Des éléments plus détaillés circulant en ligne (lycée, cursus universitaire, passage en rédaction) n'ont pas pu être rattachés à une source vérifiable et ne sont donc pas repris ici. Le nom est par ailleurs porté par des homonymes sans rapport (notamment un élu municipal de Razecueillé au XIXᵉ siècle) : l'identification retenue ici est celle du journaliste d'Envoyé spécial / Auxyma, seule compatible avec l'objet de l'audition.
Dans la commission
Auditionné le 3 juin 2025 (cr21c), sous serment, comme « journaliste pour Envoyé spécial (France Télévisions) », dans le cadre d'une audition consacrée aux plateformes de contenus payants (OnlyFans, Mym) et à leur articulation avec les réseaux sociaux, TikTok compris. Auditionné seul, il a l'essentiel du temps de parole ; ses interventions rapportent le contenu de son enquête de terrain.
Sa thèse. Un écosystème économique s'est constitué autour de la production de contenus pornographiques monétisés, alimenté par les réseaux sociaux qui servent de rabatteurs, structuré par des intermédiaires (les « agents ») qui captent l'essentiel de la valeur, et qui échappe dans les faits à tout contrôle externe. Il décrit une banalisation générationnelle : « Les quinze à trente ans connaissent presque tous ces deux plateformes, tandis que la majorité des plus de quarante ans en ignore jusqu'à l'existence. » (cr21c)
Positions clés défendues :
- Nature réelle des plateformes — il conteste la façade grand public : « Bien que je ne dispose pas de chiffres officiels vérifiés, plusieurs sources, notamment internes à Mym, suggèrent que 80 à 90 % du contenu de ces plateformes serait à caractère pornographique. » (cr21c). Il assortit lui-même ce chiffre d'une réserve explicite sur sa vérification. Le profil des créateurs est selon lui « majoritairement des jeunes femmes, âgées de dix-huit à vingt-sept ans environ » (cr21c). Il cite « l'exemple récent d'une institutrice qui, en arrêt maladie, a produit des vidéos pornographiques dans l'enceinte de son école pour les monétiser sur OnlyFans » comme illustration de la banalisation du « home-porn monétisé » (cr21c).
- Les réseaux sociaux comme vecteur — « La popularité de ces plateformes auprès des jeunes s'explique par leur stratégie de communication centrée sur les réseaux sociaux, point central de leur modèle économique. Instagram, TikTok, Snapchat et X sont tous concernés. » (cr21c). Sur TikTok précisément, il décrit des contenus légaux mais orientés : « Sur TikTok, on trouve par exemple des lives de plusieurs heures montrant des jeunes femmes pratiquant du sport en tenue de fitness, certes suggestive, mais pas illégale en soi. » (cr21c)
- Partage des responsabilités — il refuse d'imputer le rabattage aux plateformes elles-mêmes : « Il est important de préciser que ce ne sont pas les plateformes elles-mêmes qui mettent en place des stratégies de rabattage et que Mym et OnlyFans ne ciblent pas directement les jeunes. » (cr21c). La responsabilité qu'il désigne est celle des agents et des influenceurs.
- Les agents et l'« OFM » — c'est le cœur de son enquête et son constat le plus sévère : « Ces agents forment des réseaux sur Telegram, échangeant conseils et offres d'emploi mais, surtout, ils y revendent quotidiennement des centaines de contrats de modèles du monde entier, avec une prédominance de jeunes femmes d'Amérique du Sud et d'Europe de l'Est, ainsi que des Françaises. » (cr21c). Il qualifie : « Cette pratique s'apparente à de l'exploitation, les agents percevant jusqu'à 80 % des revenus générés par le contenu pornographique des modèles. » (cr21c) — c'est sa qualification, pas une constatation judiciaire. Sur les formations vendues à ces agents : « Le discours véhiculé vise à conditionner les futurs agents à exploiter les émotions des femmes afin de maximiser la production de contenu, y compris le plus explicite, dans le but d'augmenter les revenus. » (cr21c). Il décrit aussi l'usurpation d'identité dans les échanges payants : « Ils recrutent des « tchateurs », principalement des hommes, qui se font passer pour les modèles dans les conversations avec les clients. » (cr21c)
- Limite juridique — il prend soin de borner la portée du mot employé dans le débat public : « Le terme de proxénétisme 2.0 est évocateur mais, juridiquement, tant que les échanges restent numériques et que la modèle est consentante, il n'existe pas de moyen de rendre ces pratiques pénalement répréhensibles. » (cr21c). Selon le dossier, il n'a pas identifié de bascule vers la prostitution physique dans le périmètre étudié.
- Vérification de l'âge — il rapporte un test conduit par l'équipe du reportage : « Nos tests ont révélé des failles dans ce système, avec une validation rapide malgré l'utilisation d'une pièce d'identité modifiée par Photoshop. » (cr21c). Il en tire une inférence prudente, en laissant la conclusion à la commission : « Le seul exemple concret dont je dispose est celui de notre propre expérience, et je laisse donc à chacun la liberté d'estimer si, dans un délai de quinze minutes, une vérification humaine a réellement pu être effectuée. » (cr21c). Il ajoute un élément non vérifié, présenté comme tel : « Certaines sources internes m'ont par ailleurs confié que Mym aurait recours à une sous-traitance de certaines vérifications et certifications de comptes, confiée à une équipe basée au Sri Lanka » (cr21c).
- Présence de mineurs et contournements — « Je précise que nous avons rencontré et discuté avec de très nombreux mineurs présents sur ces plateformes. » (cr21c), avec des modes opératoires décrits ainsi : « la majorité opère dans la clandestinité et contourne les restrictions en utilisant le RIB d'une connaissance majeure, parfois en modifiant numériquement des pièces d'identité pour faire correspondre les informations. » (cr21c)
- Absence de contrôle externe — « Il est tout aussi surprenant de constater l'absence totale de contrôle externe sur l'activité de cette plateforme, l'Arcom se déclarant incompétente et la police ne pouvant agir sans dépôt de plainte préalable, ce qui aboutit à une situation d'autorégulation opaque de l'entreprise. » (cr21c). Il y associe une interpellation directe des pouvoirs publics : « Je m’étonne ainsi que Mym bénéficie du soutien de l’État à travers la mission « French Tech », d’autant plus que le ministère de l’économie a systématiquement refusé de répondre à mes demandes d’information concernant les raisons de cet accompagnement et les garanties exigées. » (cr21c) — mise en cause qui reste sa position et son constat de journaliste.
- Modération inefficace — « Bien qu'une politique de modération soit mise en place, elle est donc inefficace à ce stade. » (cr21c), face aux contournements (astérisques, applications de redirection, multi-comptes).
- Recommandation opérationnelle — le levier qu'il met en avant est simple et directement adressé aux réseaux sociaux : « Concernant les possibilités de limitation, l'interdiction de placer des liens de redirection, quels qu'ils soient, serait déjà un pas significatif. » (cr21c)
- Économie et IA — il rappelle le modèle des plateformes (« une commission de 20 % prélevée sur chaque transaction effectuée », cr21c) et signale un usage de l'IA dans la revente de contenus : « Ce contenu est ensuite modifié par IA, notamment le visage, permettant de le monétiser presque indéfiniment. Une fois le contenu acquis, il est possible de changer le visage à volonté grâce à l'IA pour le commercialiser. » (cr21c)
Ce que l'audition révèle de sa méthode. Il distingue systématiquement ce qu'il a constaté lui-même (le test de vérification d'âge, les rencontres avec des mineurs, les réseaux Telegram) de ce qu'il tient de tiers ou de sources internes non vérifiées (les 80-90 % de contenus pornographiques, la sous-traitance au Sri Lanka), et il refuse d'étendre ses conclusions au-delà de son périmètre d'enquête (absence de qualification pénale, absence de bascule constatée vers la prostitution physique).
Sources
- https://auxyma.fr/notre-equipe
- https://auxyma.fr/
- https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/65762668
- https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/73877280
- https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/video-onlyfans-mym-le-porno-en-un-clic_7334643.html
- https://www.droitdenfance.org/ressources/envoye-special-onlyfans-mym-le-porno-en-un-clic/
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N021.html