La part du citoyenTikTok et les mineurs
MA

Mehdi Arfaoui

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Mehdi Arfaoui est sociologue au Laboratoire d'innovation numérique de la CNIL (LINC), service

rattaché à la direction des technologies, de l'innovation et de l'intelligence artificielle de la

Commission nationale de l'informatique et des libertés. Il y pilote des études et des projets de

recherche en sciences humaines et sociales à l'intersection des technologies, de la régulation et

des usages numériques.

Formation et parcours académique :

l'action publique par projets. Une enquête sur la modernisation des politiques publiques en

Europe* ;

Paris-Dauphine (laboratoire IRISSO), après plusieurs années d'enseignement ; il a également

enseigné à l'Institut catholique de Paris et à HEC Paris ;

U1276).

Il rejoint ensuite la CNIL pour y mener des enquêtes sociologiques et développer l'apport des

sciences sociales aux questions de données personnelles et de vie privée (la date exacte de son

arrivée n'est pas documentée par les sources publiques consultées).

Ses travaux portent notamment sur les politiques publiques et leur modernisation, les politiques

culturelles, les plateformes et réseaux sociaux, l'explicabilité de l'intelligence artificielle

(xAI) et les pratiques numériques adolescentes. Publications récentes : *#MeTooIndia: Automating

hate on social networks in India (avec Marine Al Dahdah et Marie Chartier, Journal of Digital

Media & Policy, 2024) ; Embrace the opaque: A sociology of the xAI community* (avec Nicolas

Berkouk et al., 2025).

L'enquête qu'il présente à la commission. Avec Jennifer Elbaz (mission EducNum de la CNIL), il

est l'auteur de l'étude Numérique adolescent et vie privée, publiée en accès libre par le LINC

en février 2025 : une enquête en trois volets menée en 2024 auprès d'environ 130 collégiens

(11-14 ans) et 600 parents de collégiens, portant sur les usages numériques des adolescents, leur

perception des risques et l'accompagnement parental. La CNIL a obtenu fin 2024 un financement

européen (programme Citoyens, égalité, droits et valeurs — CERV) pour prolonger ce travail.

*Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le dossier corpus (sociologue au laboratoire

d'innovation numérique de la Cnil) correspond sans ambiguïté au profil public de Mehdi Arfaoui,

et l'enquête sur les collégiens qu'il cite en audition est bien celle qu'il a cosignée pour le

LINC. Aucun risque d'homonymie identifié.*

Dans la commission

Audition unique le 3 avril 2025 (cr03b), 8 interventions, dans le cadre d'une table ronde

réunissant également Jennifer Elbaz (chargée de mission éducation au numérique à la CNIL),

Laurence Allard et Jérôme Pacouret. Arfaoui y intervient en sociologue de terrain, en appui sur

l'enquête CNIL/LINC auprès de collégiens.

Sa thèse : TikTok relève d'une consommation unilatérale, pas d'une sociabilité entre pairs.

C'est sa contribution la plus spécifique — « Sur TikTok, contrairement à d'autres applications

fréquemment utilisées par les adolescents – Snapchat, WhatsApp, Instagram –, la communication entre

pairs, entre camarades, est secondaire. D'après les collégiens que nous avons rencontrés, la

pratique la plus commune consiste en une consommation unilatérale de contenus. » (cr03b). Il en

propose une lecture par hybridation des médias : « TikTok mêle une caractéristique traditionnelle

de la télévision, un flux continu unilatéral non maîtrisé, et des caractéristiques de médias plus

contemporains grâce à ses algorithmes fins et personnalisés, dont l'objectif consiste à faire

rester l'utilisateur en alternant des contenus familiers, surprenants ou réconfortants. » (cr03b)

Positions clés défendues :

négligeable d'adolescents quitte spontanément la plateforme, et la régulation devrait s'appuyer

sur cette dynamique plutôt que l'ignorer. « Notre enquête a permis de montrer que TikTok est une

plateforme très stigmatisée aux yeux des adolescents et de leurs parents, souvent décrite comme

une application chronophage dont ils aimeraient se défaire. » (cr03b) ; « Dans une classe, 40 % à

50 % des élèves peuvent avoir arrêté de la consulter. » (cr03b)

universités de Chicago et Berkeley) qu'il présente comme telle : les étudiants demandaient

environ 50 dollars pour renoncer individuellement à TikTok pendant un mois, mais « non seulement

ne demandaient pas à être payés, mais étaient prêts à débourser eux-mêmes une somme d'argent »

pour que l'ensemble des étudiants en soit privé (cr03b). Il en tire que « deux tiers des personnes

interrogées dans cette enquête disent se sentir piégées et préféreraient utiliser d'autres

plateformes pour effectuer les mêmes activités. » (cr03b)

« Snapchat utilise un système de flammes, c'est-à-dire de points qui augmentent en fonction du

nombre d'interactions quotidiennes sur l'application. Si vous n'avez pas d'interactions pendant

une journée, vos points diminuent drastiquement et vous devez payer pour les récupérer, en

souscrivant à un compte Premium ou autre » (cr03b)

tranchée de ses interventions sur le volet régulation : « les autorités judiciaires et

administratives manquent davantage de moyens que de textes de loi. Mieux vaudrait donc accroître

les moyens plutôt que de procéder à une inflation législative. » (cr03b). Il défend, avec Jérôme

Pacouret, l'interdiction de l'exploitation des données des mineurs à des fins de fidélisation ou

de dépendance — non pas faute de textes, mais faute d'un cadre uniformisé et de moyens (cr03b).

nombreux chercheurs, en particulier Mme Célia Zolynski, réfléchissent par exemple au droit au

paramétrage : il s'agit de permettre à l'utilisateur d'intervenir sur les paramètres utilisés par

l'algorithme pour lui proposer des contenus. » (cr03b) Avec Pacouret, il pousse l'idée au-delà de

la seule transparence : imposer aux plateformes d'ajuster ou de désactiver l'algorithme selon des

critères choisis par l'utilisateur ou les parents (cr03b).

TikTok suppose d'abord d'organiser des alternatives pour l'accès à l'information et le lien

social, sous peine de laisser un terrain vide ; il en fait une responsabilité des adultes (cr03b).

à s'en protéger (accompagnement parental, éducation aux médias, accès aux activités) sont très

inégalement répartis socialement (cr03b).

réflexion sur les pratiques numériques, l'éducation aux médias réduisant les inégalités face aux

fausses informations (cr03b).

À noter. Plusieurs positions fortes de cette table ronde — la thèse de l'application

structurellement enfermante (Laurence Allard), le refus des paniques morales, la distinction

corrélation/causalité et la responsabilisation économique des plateformes sur le modèle de la loi

de 1881 (Jérôme Pacouret), l'exposition aux contenus choquants (Jennifer Elbaz) — sont portées par

les autres participants et ne sont pas attribuées à Mehdi Arfaoui dans le corpus.

Sources