Michael Stora
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Michaël Stora, né le 27 septembre 1964, est psychologue clinicien et psychanalyste français, spécialiste des usages du numérique et du jeu vidéo. L'identification est établie sans ambiguïté : la commission le présente comme « psychologue et psychanalyste, co-fondateur de l'Observatoire des mondes numériques en sciences humaines », fonction qui correspond exactement à son profil public. (À noter : la fiche vidéo de l'Assemblée nationale l'orthographie « M. Michel Stora » ; il s'agit de la même personne. Aucun lien avec l'historien Benjamin Stora.)
Formation et parcours : cinéaste de formation, il se réoriente vers la psychologie. Il exerce sept ans auprès d'enfants et d'adolescents au centre médico-psychologique (CMP) de Pantin (Seine-Saint-Denis), où il crée un atelier jeu vidéo, avant de s'installer en libéral comme psychanalyste. Son axe de travail constant : l'objet numérique à la fois comme sujet de recherche et comme outil thérapeutique — il utilise le jeu vidéo dans la prise en charge de jeunes en difficulté.
Fonctions : en 2000, il co-fonde l'Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH), dont il devient président. Depuis 2002, il intervient comme consultant pour des éditeurs de jeux vidéo (SEGA, Ubisoft, Electronic Arts, Microsoft, Mimesis, Activision) ; en avril 2012, il rejoint le panel d'experts de la plateforme HappyStudio de McDonald's Europe. En 2010, il est chargé d'enseignement au diplôme universitaire de psychosomatique de la faculté de médecine de la Pitié-Salpêtrière (Université Pierre-et-Marie-Curie, Paris 6). Il est aujourd'hui directeur-fondateur de « L'École des Héros », structure d'accompagnement de jeunes en souffrance (phobie scolaire, retrait) par la pratique et la création de jeux vidéo. Il a tenu un blog sur le Huffington Post.
Publications (sélection) : Guérir par le virtuel, une nouvelle approche thérapeutique (Presses de la Renaissance, 2005) ; L'enfant au risque du virtuel, avec Serge Tisseron et Sylvain Missonnier (Dunod, 2006) ; Les écrans, ça rend accro… (Hachette Littérature, 2007) ; Des avatars et des hommes, avec Nicolas Gaume (Anne Carrière, 2010) ; Hyperconnexion, avec Anne Ulpat (Larousse, 2017) ; Et si les écrans nous soignaient ? Psychanalyse des jeux vidéo et autres plaisirs digitaux (érès, 2018) ; Réseaux (a)sociaux ! Découvrez le côté obscur des algorithmes, avec Alix Lefief-Delcourt (Larousse, 2021) — c'est l'ouvrage qu'il désigne devant la commission sous le titre « Les réseaux asociaux ».
Dans la commission
Auditionné le 2 mai 2025 (cr07b), à la suite de Jean-Marie Cavada. Dossier de taille moyenne : 8 interventions, une seule audition. Il ouvre en situant son propre basculement : « Mon dernier ouvrage, intitulé Les réseaux asociaux , publié aux éditions Larousse, expose pour la première fois de manière explicite ma position critique sur la toxicité des réseaux sociaux, ainsi que sur leur impact délétère sur la démocratie, la cohésion sociale et, plus particulièrement, sur la santé mentale des jeunes. » (cr07b)
Sa thèse. Les réseaux sociaux ne sont pas la cause première des troubles, mais un amplificateur puissant de fragilités préexistantes — ce qui ne dédouane en rien les plateformes, à qui il attribue la responsabilité principale. La formule qui condense sa position : « En définitive, les réseaux sociaux agissent moins comme des instigateurs que comme des révélateurs et des amplificateurs de logiques sociales préexistantes. » (cr07b)
Positions clés défendues :
- TikTok, un seuil franchi dans le design addictif — « Avec TikTok, un seuil supplémentaire a été franchi. » (cr07b). Le mécanisme qu'il pointe est neurochimique : « Ce qui m'apparaît le plus préoccupant dans cette mécanique, c'est la libération répétée de dopamine qu'elle provoque à chaque visionnage de vidéo courte. » (cr07b), avec pour effet un désinvestissement du réel — « lorsqu'un utilisateur quitte l'application, le monde réel, avec ses frustrations, ses lenteurs et son absence de gratification immédiate, lui apparaît soudain fade, terne et peu valorisant. » (cr07b)
- Ruptures algorithmiques délibérées — il décrit une technique qu'il impute à la plateforme : « L'une d'entre elles consiste, après cinq à dix minutes de navigation, à insérer délibérément une vidéo sans lien apparent avec les préférences habituelles de l'utilisateur, souvent anxiogène ou dissonante. » (cr07b). C'est sa lecture du dispositif, présentée comme telle. Il ajoute sur l'enfermement : « Ce fonctionnement crée une bulle algorithmique dans laquelle l'individu est enfermé dans un flux de contenus similaires mais subtilement variés. » (cr07b)
- Refus de la focalisation sur l'écran seul — « S'en prendre uniquement à l'outil, qui est l'écran, revient à faire, une fois de plus, l'économie d'une réflexion bien plus vaste, qui doit inclure le contexte familial, les transformations sociétales et la place occupée par le jeune dans cet environnement. » (cr07b)
- Une inégalité sociale des effets — c'est un de ses apports les plus tranchés : « Ses conclusions, édifiantes, démontrent que les effets délétères des écrans sont considérablement accrus dans les milieux où le dialogue parental est faible et où règne une précarité sociale ou relationnelle importante. » (cr07b), d'où : « Il existe donc une forme d'injustice structurelle selon laquelle les réseaux sociaux ont un impact plus destructeur dans les contextes déjà fragilisés ou incertains. » (cr07b)
- Critique de la méthode quantitative — position méthodologique assumée et clivante, qu'il ne présente pas comme un consensus scientifique : « Les sujets sont placés dans des dispositifs expérimentaux et des corrélations sont mesurées mais des causalités sont rarement établies. » (cr07b) et, plus radicalement, « Les recherches quantitatives, qui traitent l'être humain comme une variable parmi d'autres, me semblent sans valeur. » (cr07b). Il oppose à cela l'observation clinique de long terme, dont il tire par exemple : « J'ai pu observer, chez certains patients, une difficulté croissante à maintenir leur attention sur des formats longs tels que les films, qu'ils perçoivent désormais comme excessivement lents. » (cr07b)
- Responsabilité première des plateformes — il déplace explicitement la charge : « Le débat actuel, qui tend à mobiliser l'État et, dans une certaine mesure, les parents comme relais éducatifs, passe trop souvent sous silence la responsabilité première des plateformes commerciales. » (cr07b), et en tire une exigence : « Les plateformes elles-mêmes doivent endosser une véritable responsabilité citoyenne, même si cela implique une réduction de leurs profits. » (cr07b). À l'appui, il invoque le précédent Meta : « Mme Frances Haugen, auditionnée par l'Assemblée nationale en tant que lanceuse d'alerte, a révélé que Facebook et Instagram disposaient de données internes attestant parfaitement des effets nocifs de leurs outils sur les jeunes utilisateurs. » (cr07b) — accusation qu'il relaie et qui reste sa position, pas un fait établi par la commission.
- Contenus suicidaires et automutilation — il pose une ligne de partage entre évocation et apologie : « Ce qui l'est, en revanche, c'est la diffusion de contenus qui en font l'apologie ou qui présentent ces comportements comme des réponses acceptables, voire valorisées. » (cr07b). Sa qualification de la situation actuelle est la plus dure de son audition : « Nous faisons aujourd'hui face à une situation que je n'hésite pas à qualifier de non-assistance à personne en danger. » (cr07b) — jugement personnel, non une qualification juridique établie.
- Modération par des professionnels de santé mentale — sa proposition la plus opérationnelle : « je plaide en faveur de l'implication active de professionnels de santé mentale dans les processus de régulation des contenus. » (cr07b), assortie d'un refus net de la modération horizontale, position qu'il dit avoir défendue sans ambiguïté : « non à la modération entre pairs, oui au soutien entre pairs ». (cr07b)
- Principe de précaution et limite d'âge — favorable, en revendiquant l'antériorité : « Je souscris pleinement à cette proposition, qui rejoint un combat que je mène depuis de nombreuses années. » (cr07b)
- Éducation au numérique à l'école — il en conteste l'efficacité actuelle : « J'émets de sérieux doutes quant à l'efficacité de l'éducation au numérique actuellement dispensée dans les établissements scolaires qui ne me semble pas, en l'état, suffisante pour préserver la santé mentale des jeunes. » (cr07b)
- Image de soi — il relaie un constat chiffré qu'il ne source pas devant la commission : « Il est aujourd'hui particulièrement alarmant de constater que les 18-30 ans sont devenus les principaux demandeurs de chirurgie esthétique, devant les plus de 50 ans. » (cr07b)
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Micha%C3%ABl_Stora
- https://www.editions-eres.com/nos-auteurs/60370/stora-michael
- https://www.editions-larousse.fr/livre/reseaux-asociaux-9782036008038/
- https://fr.linkedin.com/in/michaelstora
- https://lecoledesheros.com/
- https://videos.assemblee-nationale.fr/video.16735647_6814b36b989b8.effets-psychologiques-de-tiktok-sur-les-mineurs--m-michel-stora-psychologue-et-psychanalyste-co--2-mai-2025
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N007.html