Morgane Jaehn
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Fiche de personne privée : Morgane Jaehn n'est ni une élue, ni une responsable d'organisation, ni une personnalité publique. Elle intervient devant la commission en tant que mère de famille. Les seuls éléments biographiques retenus ici sont ceux qu'elle a elle-même déclarés publiquement (sous serment devant la commission, ou dans des interviews de presse qu'elle a accordées).
Morgane Jaehn est la mère d'une adolescente que le compte rendu officiel de l'Assemblée nationale désigne sous le prénom de Zoé. Elle raconte que sa fille, née vers 2006-2007, a reçu son premier téléphone en décembre 2020, alors qu'elle était en classe de quatrième, et a installé TikTok deux mois plus tard ; elle décrit ensuite une dégradation de son état de santé mentale à partir de 2022, ponctuée de six hospitalisations en un peu plus de deux ans (cr11b). Sa fille est vivante ; elle a demandé, lors de ses prises de parole dans la presse, à rester anonyme (20 Minutes, 21/10/2025).
Son engagement. Elle situe elle-même le point de bascule en mars 2024 : elle raconte à 20 Minutes avoir entendu à la radio, ce mois-là, l'avocate du collectif — il s'agit de maître Laure Boutron-Marmion, fondatrice du collectif de familles Algos Victima, constitué après la plainte déposée en septembre 2023 par la famille de Marie Le Trec. Après cette émission, elle interroge sa fille, qui lui confirme avoir été exposée à des contenus suicidaires. Mère et fille rejoignent ensuite Algos Victima ainsi qu'Amnesty International, et tiennent un compte Instagram, Les chuchoteurs au crochet, consacré à la santé mentale (20 Minutes, 21/10/2025).
Actions et prises de parole publiques :
- fin 2024, elle porte plainte contre TikTok aux côtés de maître Laure Boutron-Marmion — démarche relayée par Femme Actuelle sous le titre Morgane Jaehn porte plainte contre TikTok ;
- 15 mai 2025 : elle est entendue sous serment par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (compte rendu n° 11, 2ᵉ audition) ;
- 21 octobre 2025 : elle témoigne avec sa fille dans 20 Minutes, à l'occasion de la publication d'un rapport d'Amnesty International sur TikTok ;
- 26 janvier 2026 : elle réagit sur LCI au projet de loi d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans (TF1 Info).
Réserve sur les homonymes. Plusieurs personnes portent le nom de Morgane Jaehn et apparaissent dans les résultats de recherche : une professeure des écoles née en 1974 à Strasbourg, une entrepreneure individuelle immatriculée dans le Pas-de-Calais, une fiche IMDb. Aucune source ne relie l'une ou l'autre à la femme auditionnée : ces éléments ne sont donc pas repris ici. Sa profession, son âge et son lieu de résidence ne sont établis par aucune source fiable, et rien n'est affirmé à ce sujet.
Dans la commission
Entendue sous serment le 15 mai 2025 (cr11b), dans l'audition consacrée au « recueil de témoignage de familles victimes de l'algorithme de TikTok », aux côtés de maître Laure Boutron-Marmion et d'une dizaine d'autres parents. Deux prises de parole : un témoignage long, puis une intervention plus brève en fin d'audition.
Sa thèse. L'addiction dont il est question, selon elle, n'est pas celle du support mais celle du contenu ; la responsabilité des parents s'arrête à l'appareil qu'ils remettent à l'enfant ; et le système de soins comme l'école sont aveugles à ce qui se joue en ligne.
Le récit qu'elle livre. Elle décrit une dérive progressive du fil de recommandation : « En décembre 2020, elle est en quatrième. Elle a son premier téléphone, qu'elle attendait depuis longtemps. Deux mois après, elle installe TikTok. » (cr11b) ; puis, « au fur et à mesure du fonctionnement de l'algorithme, elle tombe dans des contenus morbides, horribles, qui lui donnent des techniques pour se scarifier, pour perdre du poids, pour se suicider » (cr11b). Elle chiffre les conséquences telles qu'elle les a vécues : « En un peu plus de deux ans, elle sera hospitalisée à six reprises, pour un total de vingt-six semaines, soit une demi-année. Quand on a 17 ans, c'est énorme. » (cr11b) Elle situe une cause antérieure — un harcèlement au collège « très larvé, pas du tout identifié » ayant entraîné « une sorte de stress post-traumatique » et un diagnostic borderline — et présente les réseaux comme un facteur d'amplification : « Elle avait donc, au début, un mal-être, qui s'est vraiment amplifié avec les réseaux sociaux – spécifiquement TikTok. » (cr11b)
Positions clés défendues :
- La nuance addiction au support / addiction aux contenus — c'est son apport le plus spécifique à l'audition : « Ma fille était devenue addict , non pas aux réseaux sociaux, mais aux contenus mortifères. Il me semble qu'il y a là une petite nuance. » (cr11b)
- L'algorithme décrit comme une forme de harcèlement — « Cet algorithme surpuissant est une forme de harcèlement car l'enfant ou la personne qui consulte n'a pas forcément demandé à voir ces contenus qui, à force, banalisent la mort et l'automutilation. Se pendre devient une option comme une autre, comme aller chez le psy ou acheter un paquet de bonbons. » (cr11b)
- Le partage des responsabilités — sa formule la plus reprise : « Nous, parents, sommes responsables du téléphone que nous mettons entre les mains de nos enfants, mais nous ne sommes pas coupables des contenus auxquels ils sont exposés, de ce qu'ils voient. » (cr11b) Elle refuse par avance la mise en cause des familles : « On nous culpabilise, nous parents, en nous disant que nous surprotégeons nos enfants, que nous devons les lâcher et qu'il faut qu'ils vivent leur jeunesse, mais qu'est-ce que c'est que vivre sa jeunesse ? » (cr11b)
- Le contrôle parental, mis en cause dans son fonctionnement — elle rapporte une installation « en suivant un parcours très sinueux », puis un écart qu'elle n'explique pas : « Or, au lieu d'une demi-heure par jour, j'ai constaté en consultant l'appli qu'elle pouvait y passer une heure. Il y a là quelque chose que je n'ai pas compris et que personne n'a su m'expliquer. » (cr11b) — elle expose un constat, sans en tirer d'accusation technique.
- L'angle mort du système de soins — c'est son deuxième axe : « Lorsqu'elle n'était pas hospitalisée, elle était suivie par des psychologues et des psychiatres, mais jamais personne ne lui a demandé ce qui se passait sur les réseaux. […] Jamais personne ne lui a demandé. » (cr11b) Elle en tire une demande : « Il faut que les soignants soient au courant et abordent la question avec les jeunes. » (cr11b), et réclame plus de pédopsychiatres, de structures et de places d'hospitalisation. Elle avance aussi une hypothèse prudente sur le mal-être post-covid : « On dit que nos jeunes vont plus mal en période post-covid, mais peut-être y a-t-il une réponse à trouver de ce côté-là. » (cr11b)
- L'angle mort de l'école — « à l'école, personne – ni les profs ni les enseignants d'élémentaire – n'est au courant. Personne ne sait à quoi sont exposés les élèves. » (cr11b) Elle interroge l'équipement numérique imposé par certains établissements : « certains collèges obligent les enfants, à l'entrée en sixième, à avoir une tablette ou un ordinateur portable pour récupérer les devoirs sur le bureau numérique » et propose, sur un ton mi-sérieux, un retour en arrière : « Il faut nous demander si nous ne pouvons pas revenir au bon vieux cahier de texte ! » (cr11b) Elle demande explicitement à pouvoir « parler de tout cela avec le ministère de l'éducation nationale » (cr11b).
- Les effets attentionnels — « le système de dopamine lessive le cerveau de nos enfants » (cr11b) ; elle rapporte le cas, rapporté par une autre mère, d'un enfant ne parvenant plus à regarder un film en entier, et conclut : « Au-delà des contenus, posons-nous donc aussi la question de savoir ce qu'on fait du cerveau de nos enfants. » (cr11b)
- L'âge réel d'accès, appuyé sur son propre sondage — elle présente elle-même l'exercice comme non scientifique (« Ce sondage est, je le répète, informel et comporte certainement des biais ») avant d'en livrer les résultats : « il révèle qu'en CM2, 70 % des enfants ont leur propre téléphone. » (cr11b) ; « Au total, plus de 80 % des enfants ont accès à un appareil, que ce soit le leur ou celui d'un proche. En CM2, 75 % des enfants déclarent aller sur les réseaux sociaux. » (cr11b) Elle relève l'écart avec la règle affichée par la plateforme : TikTok arrive en troisième position avec 25 %, « il y a là un petit problème de chiffre car, à l'école élémentaire, les enfants ont moins de 13 ans. Comment est-ce possible ? » (cr11b) Elle étend l'alerte aux plus jeunes : « On voit aussi de plus en plus de parents mettre leur téléphone entre les mains des plus petits, pour les occuper. » (cr11b)
- La densité d'exposition — « En trente minutes, on peut voir 120 vidéos de 15 secondes. C'est beaucoup ! On a le temps de voir du contenu qui vous terrasse ; il ne faut pas longtemps pour être complètement ratatiné. » (cr11b)
- La dimension internationale — sa seconde intervention élargit le cadre : « Ce n'est pas seulement un problème français, c'est un problème européen, et même global, puisque nous avons été contactés par des médias japonais. » (cr11b)
Ce qu'elle attribue à la parole. Elle décrit l'effet du simple fait d'en parler : « Ma fille a arrêté de consulter ces vidéos le jour où je l'ai découvert. Quand on commence à en parler, il y a une prise de conscience. » (cr11b) Elle conclut son témoignage sans triomphalisme : « Même si ma fille semble aller un petit peu mieux aujourd'hui, je pète de trouille à longueur de temps. » (cr11b)
Note de lecture : les éléments ci-dessus sont les déclarations de Morgane Jaehn sous serment devant la commission. Elles sont restituées ici comme un témoignage et comme des positions exprimées, non comme des faits établis ; le lien de causalité qu'elle décrit entre l'algorithme de TikTok et l'état de santé de sa fille est le sien, et n'a pas fait l'objet d'une vérification contradictoire dans le cadre de cette fiche.
Sources
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N011.html — compte rendu officiel n° 11 du 15 mai 2025 (audition 2/2), seule source établissant sa présence sous serment et sa qualité déclarée (« mère de Zoé »).
- https://www.20minutes.fr/high-tech/by-the-web/4180506-20251021-tiktok-mere-fille-temoignent-addiction-contenus-incitant-suicide — 20 Minutes, Quentin Meunier, 21/10/2025 : témoignage de Morgane Jaehn et de sa fille, ralliement au collectif Algos Victima et à Amnesty International, compte Instagram Les chuchoteurs au crochet.
- https://www.tf1info.fr/societe/video-lci-je-n-imaginais-pas-ce-qu-elle-voyait-a-longueur-de-journee-une-mere-de-famille-reagit-au-projet-d-interdiction-des-reseaux-sociaux-aux-moins-de-15-ans-2420822.html — TF1 Info / LCI, 26/01/2026 : réaction au projet d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
- https://www.facebook.com/femmeactuellefr/videos/morgane-jaehn-porte-plainte-contre-tiktok/3959180934303611/ — Femme Actuelle : vidéo Morgane Jaehn porte plainte contre TikTok, avec maître Laure Boutron-Marmion (source secondaire, retenue uniquement pour établir le dépôt de plainte).
Réserves de méthode : aucune notice encyclopédique ni page institutionnelle n'existe à son sujet — il s'agit d'une personne privée. Le site du collectif Algos Victima n'a pas pu être consulté (certificat TLS non conforme). Plusieurs homonymes ont été identifiés et écartés faute de tout élément de recoupement (voir la réserve en fin de biographie).