La part du citoyenTikTok et les mineurs
Nasser Sari

Nasser Sari

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Nasser Sari, connu en ligne sous le pseudonyme Nasdas, est un créateur de contenu français né le 3 juin 1996 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), de nationalité franco-algérienne.

Il grandit dans le quartier Saint-Jacques de Perpignan, orphelin de père, élevé avec ses frères et sœurs par sa mère, ouvrière. Après un baccalauréat au lycée Lurçat, il suit une année d'études de droit, puis exerce plusieurs métiers : employé en saladerie à Torreilles, gendarme adjoint volontaire en Isère, gardien d'immeuble en HLM. Il participe au collectif des « 12 de Saint-Jacques », mobilisé contre la destruction de bâtiments insalubres du quartier.

À partir de 2018, il filme avec humour le quotidien de son quartier sur Snapchat ; une vidéo le montrant giflant un ami constitue sa première viralité. Il popularise le terme de « chienneté » pour désigner la vie de quartier et se fait connaître pour la redistribution d'une partie de ses revenus aux habitants, ainsi que pour des initiatives contre le décrochage scolaire et l'analphabétisme (financement de cours dans le quartier). Snapchat reste sa plateforme principale : la presse et Wikipédia le présentent comme l'influenceur le plus suivi de France sur ce réseau (9,8 millions d'abonnés en juin 2026). En avril 2024, il déclare publiquement gagner « entre 7 000 dollars minimum » et « 41 000 dollars par jour » via Snapchat, en affirmant en redistribuer la majeure partie.

Plusieurs controverses ont accompagné sa notoriété : en 2022, le partage public des coordonnées de sa carte bancaire, à l'origine de la suspension de milliers de comptes Amazon ; en juin 2024, un jeu-concours annoncé à 100 000 euros mené avec la néobanque Laymoon (ouverture de compte payante sur 24 mois), dénoncé comme une arnaque par le rappeur Booba — Laymoon a publié le règlement puis s'est retirée du partenariat ; en 2025, des critiques de presse (Le Figaro) sur la nature de ses contenus.

Il est entendu par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs le 10 juin 2025, quelques jours après avoir annoncé la suspension de ses comptes sur les réseaux sociaux (annonce rappelée en ouverture d'audition par le président Arthur Delaporte).

Identité : le recoupement est certain — le compte rendu officiel de l'audition désigne « M. Nasser Sari, aussi appelé Nasdas », influenceur originaire du quartier Saint-Jacques de Perpignan, ce qui correspond exactement à la fiche biographique publique.

Dans la commission

Nasser Sari est entendu sous serment le 10 juin 2025, en cinquième et dernière audition d'une journée consacrée à cinq créateurs de contenus, choisis selon le président « sur la base d'une consultation citoyenne lancée par notre commission et des signalements que nous avons reçus » (cr24e). Il se présente au procès-verbal comme « influencer » et intervient très largement (82 interventions).

Sa thèse centrale : il n'est pas un acteur de TikTok. « je ne suis pas tiktokeur, même si j'ai plus de 3,7 millions de followers sur TikTok. Ma source principale de revenu, c'est Snapchat, un autre réseau » (cr24e). Il chiffre le poids de TikTok dans ses revenus à « à peine 0,1 % » et ajoute : « Pour être encore plus transparent, je ne pense pas avoir dépassé la barre des 5 000 euros sur TikTok en cinq ans. » Pressé sur ses revenus globaux, il répond : « C'est un chiffre d'affaires, ça ne va pas dans ma poche, on est à des centaines de milliers d'euros. » Il se dit lui-même exposé malgré lui à la plateforme, via les comptes qui republient ses vidéos : « Même moi, je suis victime du succès de TikTok ! » (cr24e). Ces chiffres sont ceux qu'il avance ; la commission ne les vérifie pas en séance.

Responsabilité des parents et de l'État. C'est sa ligne la plus insistante : « J'ai regardé votre commission avant de venir, et j'ai l'impression que l'on parle très peu des responsabilités des parents » (cr24e). Interrogé sur les jeunes — dont des mineurs suivis par l'ASE — qui fuguent vers son quartier de Perpignan, il en donne lui-même la mesure : « j'ai vu des enfants de 10 ou 11 ans attendre à 2 heures du matin dans mon quartier, pour me voir. » Il rejette la responsabilité que lui impute la rapporteure : « Je ne peux pas vous laisser dire que je rajoute de la misère à la misère. Ce n'est pas vrai. Sortez-moi une seule vidéo où je demandais à ces jeunes de venir » (cr24e), et invoque sa prévention : « Je dis et je redis – et vous pouvez aller vérifier : « Ne venez pas. Arrêtez de croire au rêve de Nasdas. » » Il déclare aussi programmer ses lives Twitch après minuit « pour faire en sorte que seulement un minimum de mineurs puisse regarder ».

Algorithme. Il conteste d'abord la prémisse de la rapporteure sur la mise en avant des contenus choc — « Ça, c'est vous qui le dites. » — puis définit l'algorithme comme un miroir des goûts : « L'algorithme, c'est tout simplement un centre d'intérêt. Le soir, quand je suis couché avec ma femme, je n'ai pas les mêmes « pour toi » qu'elle sur TikTok ». Il concède ensuite qu'« un drama fera largement plus de vues qu'une vidéo qui explique, je ne sais pas… », et répond « Totalement ! » lorsqu'on lui demande si le conflit rapporte davantage que la pédagogie. Il objecte toutefois que la demande préexiste à l'offre : « si demain TikTok les retire, vous verrez qu'ils les chercheront sur d'autres plateformes. Beaucoup de gens, leur centre d'intérêt, c'est les dramas » (cr24e). Sa préconisation porte sur le classement plutôt que sur l'interdiction : « C'est plus une question d'algorithme : il faut plus ramener les jeunes vers un contenu éducatif. »

Âge minimum et vérification. Il se dit favorable à un seuil tout en doutant de l'efficacité du déclaratif : « Je peux aller sur TikTok ou sur d'autres applications et créer un compte en mentant sur mon âge – j'ai 29 ans, je peux dire que j'en ai 69. C'est une réalité. » Sur le seuil : « si je devais donner un âge minimum, je dirais 15 ans, avec un algorithme centré. S'agissant de mon contenu, je dirais aussi 15 ou 16 ans » (cr24e). Il émet un doute sur le calendrier de la régulation : « N'est-il pas un peu trop tard ? C'est la question qu'on doit se poser. TikTok est l'application la plus utilisée au monde, et depuis des années. » Sur son audience, il déclare n'avoir pas de statistiques pour TikTok mais avance pour son réseau principal : « Sur Snapchat, mon réseau principal, à plus de 87 % ce sont des majeurs et ma plus grosse communauté, ce sont les 25 à 36 ans. »

Mise en scène et réel. Confronté à des extraits, il distingue les registres : « Cette scène-là, je vous le dis clairement, elle a été surjouée » ; « il y a des choses mises en scène, oui, d'autres sont réelles ». Sur la présence d'une mineure dans une vidéo : « Oui, elle avait 16 ans, elle nous avait menti, ce qui avait aussi fait scandale sur les réseaux » (cr24e).

Aveu spontané sur son passé et mise en cause des agences. Il revient de lui-même sur l'époque où, avec 110 000 followers, « j'ai partagé du pari sportif, j'ai partagé du trading » : « Je le dis ouvertement et je plaide coupable. Beaucoup de familles sont venues me voir et m'ont dit : « Nas, on t'a fait confiance et on a tout perdu dans le trading et les plans financiers. » » Il met en cause les intermédiaires : « j'aimerais tellement protéger les créateurs de contenus de ces agences, qui viennent nous voir en costard, qui nous expliquent, avec un beau discours, qu'ils connaissent très bien la loi » (cr24e) — cette mise en cause est sa position, pas un constat de la commission.

Le déplacement qu'il revendique : la santé mentale des créateurs. « Je vous demande de prendre en compte que tous les créateurs de contenu ont leur santé mentale impactée. » Il en décrit le mécanisme : « Cette course aux vues, cette course à l'audimat, cette course au buzz – je pense que vous avez déjà entendu le mot buzz –, la pression nous poussent des fois, nous créateurs de contenus, à poster des choses sans même en être conscient. » Il évoque des créateurs qu'il a accompagnés : « j'en ai aidé. Jusqu'à en faire des burn-outs », « jusqu'à être hospitalisé ». Sa demande : « je défends aussi ce métier et je dis qu'il faudrait plus d'encadrement – pas sévère, pas des punitions » (cr24e).

Rapport à l'audition et sortie des réseaux. Il exprime son ressenti sur le déroulé : « J'ai vraiment l'impression que les quarante-cinq minutes n'ont servi, pour certaines personnes, qu'à attaquer Nasdas. » Son mot de la fin : « Le conseil que j'ai à donner à toute personne qui veut se lancer sur les réseaux ? Ne vous lancez pas sur les réseaux » (cr24e).

Sources