Nathalie Godart
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Nathalie Godart, née en 1966, est pédopsychiatre et professeure des universités-praticienne hospitalière en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Elle exerce à la Fondation santé des étudiants de France (FSEF), où elle dirige l'activité hospitalo-universitaire de santé mentale des adolescents et jeunes adultes, et est rattachée à l'UFR des sciences de la santé Simone Veil de l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ).
Elle soutient en 2002 à l'université Paris 6 une thèse de doctorat en psychopathologie et neurobiologie des comportements et du développement, intitulée Étude des liens entre les troubles du comportement alimentaire, l'anxiété et la dépression. Elle a exercé comme pédopsychiatre à l'Institut mutualiste Montsouris (Paris) et à la Maison de Solenn, et est professeure des universités en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent depuis 2017. Ses travaux de recherche sont menés au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP, Inserm / UVSQ / université Paris-Saclay), où elle coordonne des programmes sur les troubles des conduites alimentaires (TCA) et sur l'efficacité des prises en charge en santé mentale de l'adolescent et du jeune adulte. Elle est autrice ou co-autrice de nombreuses publications nationales et internationales sur l'anorexie mentale, la boulimie, l'anxiété et la dépression.
Sur le plan associatif et institutionnel, elle est membre fondatrice (2005) de la Fédération française anorexie boulimie (FFAB), qu'elle a présidée de 2018 à 2024 et dont elle est présidente d'honneur, et membre fondatrice puis vice-présidente (depuis 2008) du Réseau TCA francilien. Elle est membre de la Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent.
Identité vérifiée : les fonctions déclarées sous serment dans le corpus (« Pédopsychiatre spécialisée sur les adolescents et les TCA depuis une trentaine d'années », ancienne présidente de la FFAB, vice-présidente du réseau TCA francilien, recherches Inserm et UVSQ) correspondent exactement aux sources institutionnelles ci-dessous. Aucun risque d'homonymie identifié. Point de détail non tranché : les notices d'autorité rattachent son poste de PU-PH à l'université Paris-Saclay (Villejuif), les pages institutionnelles et le corpus à l'UVSQ — l'UVSQ étant université membre de Paris-Saclay, il s'agit vraisemblablement du même poste décrit à deux échelles.
Dans la commission
Nathalie Godart est intervenue lors d'une seule audition (cr08c, 5 interventions), une table ronde du 6 mai 2025 réunissant également la diététicienne-nutritionniste Carole Copti et l'infirmière Charlyne Buigues, autrice de la pétition « #StopSkinnyTok ».
Sa thèse : les réseaux sociaux amplifient et accélèrent un phénomène ancien, mais ne causent pas les TCA. Elle décrit les troubles des conduites alimentaires comme des phénomènes biopsychosociaux mêlant hérédité, expérience de vie et interactions sociales, et refuse d'en attribuer l'origine aux plateformes : « Mais, en l'état actuel des connaissances, on ne peut pas dire que le développement des réseaux sociaux ait un effet sur la prévalence des TCA. » (cr08c). Elle appuie cette prudence sur les témoignages recueillis dans son champ : « il ressort des témoignages recueillis lors des Journées mondiales des TCA que les réseaux sociaux ne sont pas la cause directe de ces troubles mais qu'ils interagissent avec eux. » (cr08c). Elle propose une analogie pour situer le rôle des réseaux : « On peut établir une comparaison avec le cannabis qui favorise le développement de la schizophrénie sans en être la cause : c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. » (cr08c).
Une mise en garde contre l'attribution des TCA au covid et aux réseaux. Interrogée par le député Stéphane Vojetta, elle rattache principalement l'augmentation observée pendant la pandémie au stress, à l'anxiété et à la dépression, et non à l'usage des plateformes : « il est très imprudent de dire que c'est ce qui a créé cette vague de troubles des comportements alimentaires. » (cr08c). Elle formule la même réserve méthodologique sur l'abaissement supposé de l'âge des patientes, en soulignant l'absence d'études épidémiologiques en population générale (cr08c).
Replacer #SkinnyTok dans une histoire longue. Elle rappelle que la promotion de la maigreur préexiste largement aux réseaux : « La minceur et même la maigreur sont promues dans notre société par de multiples supports, depuis des générations : mannequins, poupées Barbie, divers dessins animés. » (cr08c). Dans le même mouvement, elle relève que le phénomène n'est pas propre à TikTok, dont elle juge néanmoins les algorithmes « particulièrement puissants » : selon elle, il « a existé aussi sur Instagram, Facebook ou Snapchat à d'autres époques » (cr08c).
Le déplacement de l'autorité vers les influenceurs. Elle décrit un effet sur la crédibilité de la parole soignante et parentale : « Les réseaux redéfinissent aussi la notion de sachant, de personne apte à fournir de l'information. » (cr08c), avec pour conséquence une « bascule vers la désinformation » et une imperméabilité aux messages des professionnels.
Des effets positifs reconnus. Interrogée par la rapporteure Laure Miller sur le rôle éventuellement favorable des réseaux, elle répond sans réserve : « Les réseaux peuvent-ils avoir des effets positifs ? Oui, notamment en ce qui concerne la promotion de la diversité. » (cr08c). Elle plaide pour s'appuyer sur des influenceuses ayant souffert de TCA et sur de jeunes professionnels, plus proches de ces modes de communication.
Sur la monétisation, une réserve quant à l'efficacité d'un levier économique. Répondant à la piste d'une régulation par l'argent avancée par Stéphane Vojetta, elle nuance : « la majorité des patients que je vois agissent par besoin de reconnaissance quelque peu narcissique, par besoin d'exister » (cr08c), en fonction d'une jauge de likes et d'abonnés — d'où son doute sur la suffisance d'une mesure ciblant les revenus.
Sa demande principale : ne pas oublier les parents. C'est le point qu'elle tient à porter dans le débat : « Je voudrais que l'on n'oublie pas les parents. On parle beaucoup des jeunes et de leurs souffrances, mais les parents manquent d'outils. » (cr08c). Elle assume la difficulté depuis sa propre expérience : « Je suis moi-même mère d'un enfant de quinze ans et c'est très difficile car, actuellement, interdire n'est pas un comportement parental courant. » (cr08c). La rapporteure lui répond que c'est « un point que nous n'avons pas examiné » (cr08c).
Sources
- https://www.idref.fr/07032414X
- https://theses.fr/07032414X
- https://cesp.inserm.fr/fr/agent/godart
- https://www.assises-prevention-depistage.fr/speaker/f40e9c0f-2620-f011-8b3d-6045bdf3ac94/pr-nathalie-godart
- https://www.uvsq.fr/la-face-cachee-des-troubles-des-conduites-alimentaires
- https://www.fsef.net/etablissements/activite-hospitalo-universitaire/presentation-activite-hospitalo-universitaire
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N008.html