Pr Amine Benyamina
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Amine Benyamina, né le 14 octobre 1966 à Oran (Algérie), franco-algérien, est psychiatre et
addictologue. Il est professeur de psychiatrie et chef du service de psychiatrie et d'addictologie
de l'hôpital Paul-Brousse (AP-HP, Villejuif).
Parcours :
- diplôme de psychiatre obtenu en Algérie ; il s'installe en France vers l'âge de 30 ans comme
médecin à diplôme étranger ;
- il fonde un collectif de défense des médecins à diplôme étranger et milite pour une meilleure
reconnaissance de leur statut — action médiatisée en 1999, lorsqu'il s'enchaîne aux grilles du
Conseil de l'Ordre des médecins ;
- praticien hospitalier à l'hôpital Paul-Brousse, où il travaille aux côtés du Pr Michel Reynaud,
avant d'en diriger le service de psychiatrie et d'addictologie ;
- président de la Fédération française d'addictologie ;
- président de l'association Addictions France depuis juin 2025 ;
- fondateur du congrès international Albatros, congrès annuel d'addictologie organisé à Paris.
Il intervient publiquement sur la prévention des risques liés à l'alcool chez les jeunes et sur
l'évolution du cadre applicable au cannabis thérapeutique. Il est co-auteur de *Comment l'alcool
détruit la jeunesse (Albin Michel, 2017) et co-directeur du Traité d'addictologie* (avec
Michel Reynaud et al.), ainsi que de nombreux travaux scientifiques sur les addictions. Il est
chevalier de la Légion d'honneur (2022).
Fonction au titre de laquelle il est auditionné : il a co-présidé, avec la Dr Servane Mouton
(neurologue et neurophysiologiste), la commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes
aux écrans, dont les travaux ont abouti à un rapport remis au président de la République en avril
2024 — fonction rappelée par le président Arthur Delaporte à l'ouverture de l'audition (source
open-data de l'Assemblée nationale, compte rendu n° 13).
*Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le dossier corpus (« addictologue et psychiatre,
co-président de la commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans »)
correspond sans ambiguïté au profil public d'Amine Benyamina. Aucun risque d'homonymie identifié.
Réserve de méthode : la fiche Wikipédia consultée est peu datée sur les prises de fonction
(chef de service, professorat, présidence de la Fédération française d'addictologie) ; ces
fonctions sont donc mentionnées sans date de début, faute de source fiable la précisant.*
Dans la commission
Audition unique le 20 mai 2025 (cr13a, première des trois auditions de la réunion n° 13), menée à
distance et conjointement avec la Dr Servane Mouton, sa co-présidente à la commission d'experts sur
les écrans. 7 prises de parole. Il s'exprime à la fois comme clinicien (chef d'un service
d'addictologie) et comme co-auteur du rapport de 2024.
Sa thèse : ce que voit le clinicien précède ce que reconnaît l'académie. C'est la ligne de
partage qu'il pose d'emblée — « Sur le plan clinique, je constate dans mon service d'addictologie
la présence de nombreux jeunes dépendants aux réseaux sociaux, à TikTok en particulier, dont
l'algorithme est particulièrement addictogène. Nous les prenons en charge de manière similaire aux
addictions aux substances comme le cannabis ou l'alcool. » (cr13a), alors que « Sur le plan
académique, en revanche, l'addiction aux écrans ou aux réseaux sociaux n'est pas officiellement
reconnue dans les classifications internationales. Seul le jeu pathologique a été reconnu comme une
addiction comportementale, et ce après de longues discussions. » (cr13a). Il en tire une
conséquence pratique assumée : « je n'attends pas, en tant que praticien, que soient établis des
critères formels pour initier une prise en charge. » (cr13a). Il ajoute un élément d'observation
clinique sur les suites du traitement : « lorsque nous parvenons à traiter l'addiction aux écrans,
il n'y a pas nécessairement de report vers d'autres substances comme le tabac, le cannabis, ou
d'autres substances. » (cr13a)
Positions clés défendues :
- Un design addictif délibéré, comparé aux produits addictifs — c'est son argument central sur la
plateforme : « ses contenus éphémères, fugaces, sont pareils à la cigarette ou au shoot : la
brièveté et la répétitivité des vidéos stimulent intensément et constamment le système de
récompense du cerveau. Ces deux éléments ne sont pas le fruit du hasard, mais bien le résultat
d'une conception délibérée. » (cr13a)
- Établir l'imputabilité et la causalité, en vue de la réparation — position présentée comme un
chantier à mener : « Je pense par exemple au nécessaire et minutieux travail à mener sur
l'imputabilité de cas de suicides aux réseaux sociaux. Parce que les plateformes n'hésiteront pas
à se défendre et à rejeter toute forme de responsabilité, il est essentiel d'affirmer clairement
la définition de l'addiction ainsi que le lien de causalité direct, notamment en vue des enjeux de
réparation. » (cr13a). Il rapporte, au titre des travaux de la commission d'experts, « des
témoignages de parents ayant perdu leurs enfants, et qui établissaient un lien direct entre cette
perte et ces machines de captation qui broient les plus jeunes. » (cr13a) — présentation de
témoignages recueillis, et non d'un lien de causalité qu'il présenterait comme établi, puisqu'il
demande précisément que ce travail d'imputabilité reste à faire.
- Les règles d'âge affichées ne sont pas appliquées — « Ainsi l'interdiction aux moins de 13 ans
ne semble être énoncée que pour ne pas être respectée. » (cr13a)
- Rien ne viendra des plateformes sans contrainte — « soyons certains que les plateformes
n'agiront de leur propre chef qu'à la condition d'y être contraintes. » (cr13a)
- Un levier économique par les « réseaux éthiques » — « si un grand nombre d'utilisateurs migrent
vers ces réseaux éthiques au détriment des réseaux non éthiques, les annonceurs suivront
naturellement cette tendance, et les profits également. » (cr13a)
- Le point aveugle des espaces numériques de travail — soulevé en réponse au président sur le
seuil des 15 ans : « je pense qu'il convient de mentionner la question des espaces numériques de
travail (ENT), que l'éducation nationale a rendu plus ou moins obligatoires, et qui concerne les
moins de 15 ans. Ces environnements sont à vocation pédagogique, ils sont encadrés mais, qu'on le
veuille ou non, ce sont aussi des réseaux sociaux. » (cr13a)
- Prudence sur la portée réelle d'une interdiction annoncée — évoquant l'interdiction des réseaux
sociaux aux moins de 15 ans en Australie, il rapporte le commentaire du premier ministre
australien, qui aurait mis en avant le caractère révolutionnaire de la décision « tout en ajoutant
immédiatement qu'il ne formait aucun espoir quant à sa mise en pratique. Son Gouvernement a
souhaité, avant tout, émettre un signal. » (cr13a)
Sa propre trajectoire sur le sujet. Il dit avoir révisé son appréciation initiale au fil des
travaux de la commission d'experts : « J'ai découvert un gouffre entre ma perception initiale et la
réalité de cette problématique. » (cr13a)
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Amine_Benyamina
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N013.html