La part du citoyenTikTok et les mineurs
SD

Sabine Duflo

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Sabine Duflo est psychologue clinicienne et thérapeute familiale, spécialisée dans les usages des écrans chez l'enfant et l'adolescent.

Formation. Son parcours universitaire commence par la philosophie : maîtrise de philosophie antique (Paris I – Sorbonne, 1990-1991), DEA de philosophie (Paris I – Sorbonne, 1991-1992), CAPES externe de philosophie (1993). Après avoir enseigné la philosophie, elle reprend des études de psychologie : maîtrise de psychologie clinique et sociale (Paris VII, 1996-1997), puis DESS de psychologie clinique et psychopathologie (Paris VII, 1997-1998). Elle est formée à la psychanalyse et à la thérapie familiale systémique.

Exercice professionnel. Elle indique sur son site exercer depuis une quinzaine d'années comme psychologue clinicienne en centre médico-psychologique (CMP) auprès d'enfants et de leurs familles, ainsi qu'en consultation spécialisée pour enfants à haut potentiel intellectuel. Les documents de l'Arcom la rattachent à un centre médico-psychologique enfants et adolescents de l'EPSM Georges Daumezon. Depuis la rentrée de septembre 2024, selon son éditeur, elle exerce au sein de l'unité « Etap » (éducation thérapeutique, addiction, psychotraumatisme) du centre hospitalier Daumezon, à Fleury-les-Aubrais (Loiret), où elle reçoit notamment des adolescents pour des problématiques d'addiction aux écrans.

Engagements et fonctions. Elle est la fondatrice du CoSE (Collectif surexposition écrans), collectif de professionnels de l'enfance mobilisés sur la prévention de la surexposition aux écrans — le collectif se présente comme informel, une association (ACoSE) en portant par ailleurs la forme juridique. Elle a été membre du comité d'experts du jeune public du CSA (devenu Arcom), sa nomination y ayant été renouvelée à compter du 1er janvier 2022 pour une durée de deux ans, avec la qualité de psychologue et thérapeute familiale en pédopsychiatrie. Elle est l'autrice de la méthode dite des « 4 pas » (pas d'écran le matin, pas d'écran pendant les repas, pas d'écran avant de dormir, pas d'écran dans la chambre de l'enfant). Elle se rattache également au collectif Attention, coalition d'associations françaises portant une approche critique du numérique, à l'origine des repères d'âge « 5-10-15 » diffusés en mars 2025.

Publications. Quand les écrans deviennent neurotoxiques. Protégeons le cerveau de nos enfants ! (Marabout, 2018), repris et augmenté sous le titre Il ne décroche pas des écrans ! La méthode des « 4 pas » pour protéger le cerveau des enfants (Marabout, poche), puis Il ne décroche pas des écrans ! Comment protéger nos enfants et nos adolescents (L'Échappée, mars 2024, préface de Michel Brillié, postface de Maurice Berger). Elle intervient régulièrement dans la presse et publie des tribunes (par exemple dans Le Figaro, juin 2025).

Dans la commission

Sabine Duflo a été entendue par la commission en qualité de psychologue clinicienne lors d'une table ronde (cr08b, compte rendu n° 8, réunion du 6 mai 2025). Le dossier corpus recense 4 interventions sur cette seule audition : il s'agit donc d'une contribution ponctuelle, dont la synthèse ci-dessous restitue les points saillants.

Une clinique de l'exposition massive. Elle appuie son propos sur sa pratique et sur des durées d'usage. Elle affirme : « Aujourd'hui, les adolescents passent six à huit heures par jour devant les écrans et jusqu'à quinze ou vingt heures pour les adolescents en addiction que je reçois. » (cr08b) Elle illustre par un cas : « La dernière que j'ai reçue avait passé lors de la semaine précédente 53 heures et 52 minutes sur les réseaux sociaux, alors qu'elle n'était pas venue me voir pour des problèmes d'écran. » (cr08b)

Sa thèse principale : interdire l'accès aux réseaux sociaux avant 15 ans. Elle défend un seuil d'âge adossé à un argument de développement psychique : « il faut surtout limiter l'accès aux réseaux sociaux aux jeunes ayant déjà un moi social construit, c'est-à-dire aux adolescents âgés d'au moins 15 ans. C'est ce à quoi nous appelons avec le collectif Attention. » (cr08b)

La loi plutôt que la seule prévention. Elle écarte l'idée qu'une politique de sensibilisation puisse suffire : « il faut évidemment interdire pour rendre les choses possibles. En matière de santé publique, aucune politique reposant uniquement sur la prévention n'a fonctionné, en particulier concernant les mineurs : il faut donc également légiférer. » (cr08b)

La réponse clinique dans les cas extrêmes. Elle décrit la sortie qu'elle observe dans les situations les plus lourdes : « la seule solution qui émerge après quelques séances étalées sur un mois ou deux, c'est, pour les cas les plus extrêmes de plus de quinze heures d'écran par jour entraînant un long absentéisme scolaire, de supprimer l'usage du téléphone portable. » (cr08b)

Souffrance psychique et contenus de mal-être. Elle rapporte ce qui motive, selon elle, la demande des adolescents qu'elle reçoit : « ce que veut l'adolescent, c'est ne plus avoir d'idées noires qui lui donnent envie d'en finir avec la vie. » (cr08b) Elle décrit un effet d'entraînement entre pairs autour de contenus de mal-être : « Elles y partagent les mêmes histoires de rejet et adoptent les mêmes solutions négatives de scarification ou d'automutilation. » (cr08b)

Référence mobilisée. Elle s'appuie explicitement sur les travaux du psychologue américain Jonathan Haidt : « le livre formidable de M. Jonathan Haidt paru en français sous le titre Génération anxieuse le confirme » (cr08b).

Caractère addictif. Sur la question du contournement des restrictions par les mineurs, elle conclut : « C'est la preuve du caractère éminemment addictif des écrans. » (cr08b)

Le dossier corpus ne contient, pour cette auditionnée, ni position formalisée hors citations ni question posée.

Sources