Serge Tisseron
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Serge Tisseron, ne le 8 mars 1948 a Valence (Drome), est psychiatre, psychanalyste et docteur en
psychologie, habilite a diriger des recherches (HDR) en sciences humaines cliniques.
Apres des etudes de medecine a l'universite Claude-Bernard Lyon-I, il soutient en 1975 une these
consacree a l'utilisation de la bande dessinee comme instrument pedagogique — presentee elle-meme sous
forme de bande dessinee, une premiere. Il obtient son certificat d'etudes speciales de psychiatrie en
1976, puis son HDR en 1998 (universite Paris-Sorbonne). Au debut des annees 1990, il participe a la
creation d'une unite mobile de soins palliatifs a l'hopital de Villeneuve-Saint-Georges.
Ses travaux de recherche portent sur les secrets de famille, le rapport aux images et la relation des
enfants et des adolescents aux technologies numeriques. Chercheur associe au laboratoire LASI
(universite Paris-Nanterre), puis a partir de 2013 au CRPMS (Centre de recherches psychanalyse, medecine
et societe) de l'universite Paris-Diderot, il est aujourd'hui membre du conseil scientifique du CRPMS a
l'universite Paris Cite. Depuis 2017, il co-dirige avec Frederic Tordo le diplome universitaire de
cyberpsychologie (« cyberpsychologie clinique et psychopathologie contemporaine ») de cette meme
universite.
Il est l'auteur de la regle « 3-6-9-12, apprivoiser les ecrans », formulee en 2008 : pas d'ecran avant
3 ans, pas de console de jeu personnelle avant 6 ans, pas d'internet accompagne avant 9 ans, pas
d'internet en autonomie avant 12 ans (reprise ensuite par des societes savantes de pediatrie). Il a
fonde en 2008 l'Institut pour l'histoire et la memoire des catastrophes (IHMEC) et en 2013 l'Institut
pour l'etude des relations homme-robots (IERHR).
Il est membre de l'Academie des technologies depuis 2015 et membre du Conseil national du numerique
depuis le 11 fevrier 2021. Il a publie plus de quarante essais personnels, traduits dans une douzaine
de langues. Distinctions : prix Stassart de l'Academie des sciences morales et politiques (2003), Award
du Family Online Safety Institute a Washington (2013) pour ses travaux sur les jeunes, les familles et
internet, chevalier de la Legion d'honneur (2017).
Dans la commission
Serge Tisseron a ete entendu lors d'une seule audition, la table ronde du 29 avril 2025 reunissant
egalement Gregoire Borst et Sylvie Dieu-Osika (cr06c). Il s'y presente comme « psychiatre, docteur en
psychologie, co-responsable du diplôme universitaire de cyberpsychologie à l'université Paris Cité,
membre de l'académie des technologies ». Le dossier corpus recense 9 interventions.
Une these de prudence methodologique. Il place au coeur de son propos la distinction entre types
d'etudes : « il est primordial de distinguer les études de corrélation, nombreuses, des études de
causalité, plus rares, dans ce domaine » (cr06c). Il mobilise des travaux dans les deux sens : d'un
cote l'etude Elfe, dont il dit qu'elle montre que « lorsqu'on isole la composante sociale, l'impact des
écrans demeure minime » — « Ainsi, l'étude Elfe, notamment conduite par M. Jonathan Bernard, démontre
que lorsqu'on isole la composante sociale, l'impact des écrans demeure minime » (cr06c) ; de l'autre,
sur les tres jeunes enfants, « L'étude de Madigan sur les moins de trois ans révèle une baisse de 0,5 à
0,7 point de quotient intellectuel pour chaque heure supplémentaire d'exposition aux écrans » (cr06c).
Refus du cadre de l'addiction et de la mono-causalite. Sa position la plus tranchee porte sur le
vocabulaire : « En conclusion, il serait inapproprié de parler d'addiction aux réseaux sociaux »
(cr06c). Sur la degradation de la sante mentale des adolescents, il refuse d'imputer le phenomene aux
seules plateformes : « il serait réducteur d'en attribuer la cause uniquement aux réseaux sociaux.
L'éco-anxiété, par exemple, joue un rôle considérable, particulièrement chez les jeunes filles »
(cr06c). Il souligne aussi que l'usage peut avoir une fonction protectrice pour certains jeunes :
« Certains y trouvent un refuge apaisant face à un monde anxiogène, créant ce qu'ils appellent leur
« safe place » » (cr06c).
Une critique de l'evolution des plateformes. Il reprend la notion de degradation progressive des
services : « Un phénomène important à considérer est la « merdification » des réseaux sociaux : la
qualité des services proposés se détériore au fil du temps » (cr06c).
Sur l'interdiction : oui au principe, non a l'Etat comme decideur. Sur la question centrale de la
commission, il defend une solution technique par defaut assortie d'un arbitrage familial : « tous les
smartphones devraient être vendus avec les réseaux sociaux bloqués, laissant aux parents la
responsabilité de les débloquer après discussion avec leurs enfants » (cr06c). Il precise sa ligne :
« Je n'ai rien contre une interdiction avant 15 ans, mais cela devrait relever d'une décision parentale,
pas étatique » (cr06c), et la justifie par une crainte d'effet d'eviction : « l'État s'occupe déjà de
trop de choses, et plus il intervient, plus les parents se désengagent de l'éducation de leurs
enfants » (cr06c). Il rappelle enfin son cadre de reference educatif : « Je tiens à réitérer la règle du
3-6-9-12 : pas d'écran avant trois ans, des écrans éducatifs limités à une demi-heure ou une heure entre
trois et six ans, pas d'Internet accompagné avant neuf ans, et pas d'Internet en autonomie avant treize
ans » (cr06c).
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Tisseron
- https://sergetisseron.com/biographie/
- https://www.conseil-ia-numerique.fr/files/archive/le-conseil/qui-sommes-nous/tisseron-serge.html
- https://fr.u-paris.fr/actualites/serge-tisseron-de-la-recherche-la-parole-publique
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N006.html (compte rendu de l'audition, pour la date et la composition de la table ronde)