La part du citoyenTikTok et les mineurs
SJ

Sophie Jehel

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Sophie Jehel est professeure en sciences de l'information et de la communication a l'UFR Culture et communication de l'universite Paris 8 Vincennes – Saint-Denis. Elle est chercheuse au CEMTI (Centre d'etudes sur les medias, les technologies et l'internationalisation) et chercheuse associee au Carism.

Ancienne eleve de l'Ecole normale superieure et agregee de sciences economiques et sociales, elle est egalement titulaire d'une maitrise de lettres et d'un DEA de droit public. Avant l'universite, elle a travaille quinze ans (1991-2006) au Conseil superieur de l'audiovisuel (CSA), ou elle a exerce des fonctions de regulation des programmes, portant notamment sur la representation de la violence, la deontologie des programmes et la protection des mineurs. Elle a ensuite mene une recherche doctorale et soutenu en 2009, a l'universite Paris 2 Pantheon-Assas, une these intitulee Enfants, parents, medias et societe du risque, distinguee par le prix de these de l'universite. Elle rejoint l'universite Paris 8 en septembre 2011, d'abord comme maitresse de conferences, puis comme professeure.

Ses travaux portent sur les pratiques mediatiques et numeriques des adolescents, articulees a l'analyse des strategies des plateformes, sur le « travail emotionnel » des jeunes usagers, sur la deontologie des medias et sur l'education critique aux medias et a l'information. A Paris 8, elle a exerce des responsabilites de direction de l'ecole doctorale en sciences sociales et de responsable du M2 « Plateformes numeriques, creation et innovation ». Elle a ete directrice scientifique du projet Adoprivacy (2022-2023) sur la protection de la vie privee des jeunes et co-animatrice du groupe thematique FeelNum (2023-2025) sur les competences emotionnelles en contexte numerique. Elle a par ailleurs siege comme experte « enfance » aupres du groupe de travail « protection du jeune public » du CSA et a ete membre du bureau du Conseil de deontologie journalistique et de mediation (CDJM).

Parmi ses publications : L'adolescence au coeur de l'economie numerique. Travail emotionnel et risques sociaux (INA Editions, 2022) — l'ouvrage cite lors de sa presentation devant la commission —, Education critique aux medias et a l'information en contexte numerique (co-dir. avec Alexandra Saemmer, Presses de l'Enssib, 2020), Les adolescents face aux images trash sur internet (avec Angelique Gozlan, In Press, 2019), Stereotypes, discriminations et education aux medias (avec Laurence Corroy, L'Harmattan, 2016) et Parents ou medias, qui eduque les preadolescents ? (Erès).

Dans la commission

Fiche courte : le dossier corpus est peu fourni (3 interventions, une seule audition, cr05b — table ronde du 23 avril 2025, tenue avec Murielle Popa-Fabre, Elisa Jadot et Stephane Blocquaux).

Sa these principale, telle qu'elle ressort du dossier, est economique : les plateformes exploitent les emotions des adolescents parce qu'elles sont monetisables, independamment de leur nature. « Ce qui importe aux plateformes n’est pas la nature des émotions, mais la possibilité de les calculer et de les revendre. » (cr05b)

Elle relie ce mecanisme a un cadre ideologique qu'elle designe comme tel : les jeunes seraient pousses a s'auto-exploiter « dans une conception très néolibérale, où chacun doit se penser comme une entreprise et rentabiliser son capital de likes, quelles que soient ses vulnérabilités » (cr05b).

Sur les remedes, elle exprime une reserve face a l'interdiction, en raison de l'ampleur des usages : « L’interdiction semble la solution la plus rapide, mais cette démarche me fait peur, car l’usage des réseaux sociaux est massif : 99 % des adolescents de 15 ans ont des comptes sur plusieurs réseaux sociaux, et ils y sont attachés. » (cr05b) Elle refuse pour autant de renvoyer la responsabilite a la seule education, et presente l'interdiction comme un levier de negociation plutot que comme une fin : « Attention, l’éducation ne remplace pas la régulation, et la menace d’une interdiction peut être un levier pour renforcer une régulation encore trop peu efficace, notamment en matière de modération des contenus. » (cr05b)

Elle rapporte enfin une observation issue de ses etudiants, presentee comme telle et non comme un resultat d'enquete : « Je me permets d’ajouter que, d’après mes étudiants, les contenus sur la tristesse ou la dépression s’accompagnent de publicités pour des antidépresseurs. » (cr05b)

Sources