Sophie Taïeb
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Sophie Taïeb est responsable du pôle cybersécurité du Conseil représentatif des institutions juives de
France (Crif). C'est sous cet intitulé qu'elle est présentée par la commission d'enquête de l'Assemblée
nationale le 24 juin 2025, et c'est celui que reprend le Crif lui-même dans un article publié le
15 septembre 2025 après la parution du rapport de la commission. Le Crif la désigne également comme
experte en cybersécurité dans la liste des intervenants de sa Convention 2025 (annonce du
12 novembre 2025), où elle anime un atelier intitulé *Haine en ligne : comment se protéger, comment
mieux signaler ?* (programme publié le 21 novembre 2025).
Sa fonction, telle qu'elle la décrit devant la commission, recouvre la cybersécurité et le traitement
des signalements pour le compte de l'association : elle reçoit chaque année plusieurs milliers de
signalements de contenus haineux, les traite manuellement et arbitre ceux qui sont transmis aux
plateformes et/ou à la plateforme Pharos. Le Crif indique de son côté être partenaire des principales
plateformes depuis une dizaine d'années et avoir été certifié signaleur de confiance (trusted flagger)
au titre du DSA par l'Arcom au printemps 2025.
Elle collabore de longue date avec le Crif : son profil de contributrice sur crif.org recense douze
articles signés entre août 2015 et novembre 2019, portant notamment sur le mouvement BDS, la sécurisation
des lieux juifs, l'écosystème technologique israélien et la propagation de fausses informations en ligne.
Un article du site du Crif daté du 25 mai 2021, signé de son nom, décrit l'activité de la cellule
digitale de l'association auprès d'internautes victimes de harcèlement ou de signalements en meute.
Réserve de vérification. Au-delà de ces éléments — fonction actuelle, activité de signalement,
contributions au site du Crif —, les sources publiques consultées ne documentent ni sa formation, ni son
parcours professionnel antérieur, ni la date de sa prise de fonction. Rien n'est donc affirmé ici sur ces
points. Le nom Sophie Taïeb (ou Sophie Taieb) est par ailleurs porté par d'autres personnes sans
rapport avec ce dossier — notamment une radiologue et une ancienne candidate de La République en marche
dans le Nord, toutes deux couvertes par la presse : aucun élément de leur parcours ne lui est attribué.
De même, aucun lien n'est établi avec Gil Taïeb, ancien vice-président du Crif, homonyme patronymique.
Dans la commission
Sophie Taïeb est entendue le 24 juin 2025 (cr30c), sous serment, dans une table ronde consacrée aux
radicalités, aux côtés de Tristan Boursier (Cevipof), Hugo Micheron (Ceri/Sciences Po) et Valentin Petit
(agence CAPA). La séance est ouverte par le président Arthur Delaporte, puis présidée par Josiane
Corneloup. Elle intervient à onze reprises.
Sa thèse. Ce n'est pas la nature des contenus haineux qui distingue TikTok des autres plateformes,
c'est leur portée et l'impossibilité pratique de les repérer et de les faire retirer. Pour elle, le
couplage d'une recherche interne aveugle au contenu des vidéos, d'un algorithme de recommandation très
puissant et d'une modération jugée aléatoire produit une exposition massive de la jeunesse à des contenus
antisémites — d'où sa demande de transparence algorithmique, d'accès des chercheurs aux données et de
dissuasion par l'amende civile.
Positions clés défendues (cr30c).
- Contenus antisémites : un constat qu'elle porte au nom du Crif — « L'antisémitisme sur Tiktok est
diffus, il est partout : dans les noms d'utilisateurs, les vidéos, les commentaires. » Elle appuie ce
constat sur des exemples qu'elle présente à la commission (noms de comptes, commentaires sous une vidéo
de bar-mitsva, propos tenus en live) et sur des données extérieures : « Selon des études, 69 % des Juifs
disent avoir été victimes d'antisémitisme sur la plateforme. » Ces éléments sont sa démonstration devant
la commission, non des faits établis par elle.
- Impossibilité de rechercher les contenus — « Si vous tapez « Hitler » sur TikTok, les vidéos dans
lesquelles ce mot est prononcé n'apparaîtront pas. » Elle oppose ce fonctionnement à celui de X, où la
saisie d'un mot-clé fait remonter les publications correspondantes, et en tire que la détection ne peut
reposer que sur les signalements reçus et sur l'algorithme.
- L'algorithme comme outil de détection… et d'enfermement — « à force de consulter des contenus
antisémites, TikTok me propose automatiquement des vidéos antisémites. » Elle déclare gérer plusieurs
comptes TikTok organisés par type de menace et juge la puissance de l'algorithme « très supérieure à ce
qu'on trouve sur Instagram, Facebook, X ou YouTube ».
- Contournement de la modération — elle décrit le remplacement de lettres par des chiffres ou des signes
de ponctuation pour échapper aux filtres, et une modération qu'elle qualifie d'« aléatoire », citant le
refus de retrait opposé à deux comptes au nom explicitement antisémite. Elle indique devoir alors passer
par un contact direct chez TikTok France, ce que le président Delaporte lui fait confirmer : sans cet
appel, le contenu n'est pas retiré — « Absolument. »
- Crédibilité de son propre signalement — « C'est pourquoi notre taux de retrait est d'environ 90 %,
toutes plateformes confondues », le Crif ne signalant selon elle que des contenus contraires à la loi
française ou aux règles des plateformes.
- Viralité, et non spécificité de la haine — « Un tweet qui a 120 ou 200 vues n'est rien par rapport à
une vidéo qui en a des millions sur TikTok. » Elle précise qu'il y a « du contenu violent partout, sur X,
sur Facebook ou sur Telegram » et que la différence tient au nombre de vues et aux délais de retrait.
- Angle mort des lives — « Faute de pouvoir être signalés comme un post, un commentaire ou un compte, les
lives sont dans une zone grise. » Elle signale le même problème sur les Spaces de X : les captures d'écran
transmises à Pharos ne permettent pas de retrouver le contenu.
- Professionnalisation des émetteurs — « Nos recherches montrent que les acteurs hostiles qui postent des
contenus toxiques maîtrisent parfaitement les codes de la plateforme. »
- Recommandations — « Nous souhaiterions qu'une transparence algorithmique soit instaurée et qu'une
interface de programmation d'application (API) en temps réel soit mise à la disposition des chercheurs
agréés afin d'extraire les données relatives aux contenus haineux. » Elle y ajoute la limitation de
l'algorithme et la diffusion de « contenu pédagogique aligné avec les valeurs de la République », le
bannissement des utilisateurs extrêmes avec impossibilité de recréer un compte, et la sensibilisation des
créateurs de plus de 50 000 abonnés ainsi que des modérateurs.
- Amende civile — c'est sa recommandation la plus insistante, justifiée par une analogie : « De la même
manière que l'installation de radars et le port obligatoire de la ceinture de sécurité, malgré les
protestations initiales, ont permis de faire diminuer le nombre d'accidents de la route, nous pensons
qu'il serait utile de sanctionner les contenus indiscutablement hors-la-loi ou dangereux par une amende. »
- DSA — interrogée par la rapporteure Laure Miller sur ce qu'il faut attendre de la modération, elle
place ses espoirs dans le statut de signaleur de confiance tout en en relativisant la portée : agir sur
une plateforme où des millions de vidéos sont téléversées chaque jour « s'apparente à essayer de vider la
mer avec une petite cuillère trouée ».
Points saillants.
- Le travail sur le vocabulaire. Elle décrit une coopération technique avec les plateformes : « Nous
fournissons tous les ans à l'ensemble des plateformes avec lesquelles nous travaillons ainsi qu'à Pharos,
à la Dilcrah et à d'autres une liste de termes et d'émojis antisémites […] pour qu'ils puissent informer
leurs modérateurs. » Interrogée par la présidente Josiane Corneloup sur l'effet obtenu, elle répond
« Pas forcément » et cite un travail mené avec Meta pour distinguer l'usage politique et l'usage
insultant du mot « sioniste ».
- La difficulté de qualification. « L'antisémitisme est une forme de haine compliquée. La pédopornographie,
c'en est ou c'en n'est pas ; le terrorisme, c'en est ou c'en n'est pas. En revanche, l'antisémitisme
comporte une zone grise assez importante. »
- Comparaison Douyin / TikTok, formulée avec une réserve explicite. Elle prend soin de préciser qu'elle
ne fait pas de politique avant d'observer que « la première plateforme pousse des contenus éducatifs et
limite le temps d'utilisation quand la seconde laisse diffuser des contenus complètement en roue libre ».
- Échange avec le député Kévin Mauvieux (RN). Celui-ci conteste l'utilité de créer des amendes civiles,
l'antisémitisme étant déjà réprimé, et plaide pour que les peines existantes s'appliquent en ligne. Elle
ne s'y oppose pas et recentre son argument sur l'effet recherché : « Concernant les amendes civiles, c'est
l'absence de dissuasion qui nous dérange. […] Nous sommes donc d'accord. » Sur la question de la
publicité et du sponsoring des contenus radicaux, elle indique la limite de son expertise :
« Je n'ai pas étudié en revanche la question des publicités. »
Déclaration d'intérêts. Elle prête serment au début de la table ronde. Elle déclare que le Crif est
partenaire de X, Meta, Google et TikTok depuis dix ans et signaleur de confiance certifié par l'Arcom ;
aucune rémunération versée par un acteur du numérique n'est mentionnée dans le compte rendu.
Sources
- https://www.crif.org/articles/actualites/2025-09-15/derives-de-tiktok-sur-les-mineurs-que-dit-le-rapport-de-la-commission-denquete/ (fonction : responsable du pôle cybersécurité du Crif ; reprise de son audition dans le rapport ; statut de signaleur de confiance auprès de l'Arcom)
- https://www.crif.org/articles/actualites/2025-11-12/convention-du-crif-2025-decouvrez-les-intervenants/ (désignée comme experte en cybersécurité)
- https://www.crif.org/articles/actualites/2025-11-21/convention-du-crif-2025-decouvrez-le-programme/ (atelier Haine en ligne : comment se protéger, comment mieux signaler ?)
- https://www.crif.org/articles/author/sophie-taieb/ (page contributrice : douze articles signés, 2015-2019)
- https://www.crif.org/articles/actualites/2021-05-25/antisemitisme-en-ligne-comment-le-crif-se-met-au-service-des-internautes/ (article signé Sophie Taïeb sur la cellule digitale du Crif)
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N030.html (compte rendu n° 30 du 24 juin 2025 : qualité déclarée, serment, propos tenus)