La part du citoyenTikTok et les mineurs
SB

Stéphane Blocquaux

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Stéphane Blocquaux est docteur en sciences de l'information et de la communication (thèse soutenue à l'université Paris XIII en 2004) et maître de conférences à la faculté d'éducation de l'Université catholique de l'Ouest (UCO), à Angers. Ses travaux de thèse portaient sur les produits et services documentaires du CRDP de Charentes-Poitou et sur l'industrialisation d'une plateforme documentaire nationale dans le champ éducatif.

Il est chercheur permanent au LIRFE (Laboratoire interdisciplinaire de recherche sur les questions vives en formations et en éducation) de l'UCO Angers, et chercheur associé à l'équipe « Présence et innovation » du LAMPA (Arts et Métiers ParisTech Angers, EA 1427). Son positionnement se situe à l'intersection des sciences de l'information et de la communication et des sciences de l'éducation ; il a exercé auparavant comme enseignant, documentaliste et formateur.

Depuis la fin des années 2000, ses recherches portent sur le phénomène numérique chez les jeunes générations : cyberdépendance, rapport virtuel/réel, culture des « natifs du numérique », mésusages juvéniles du numérique, délinquance numérique et cybersexualité. Il conduit par ailleurs, depuis une vingtaine d'années, une activité intensive de conférencier auprès de parents, d'éducateurs et d'élèves de collège et de lycée, et indique avoir été sollicité pour des formations et expertises auprès du ministère de la Santé, du Sénat, de la Fondation pour l'enfance et de la Protection judiciaire de la jeunesse.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Biberon numérique (Artège), consacré aux enfants hyperconnectés et au défi éducatif qu'ils posent, et, avec Renaud Hétier (professeur en sciences de l'éducation à l'UCO et directeur du LIRFE), Le cybersexe, ce virus qui tue l'enfance. Parents, comment faire face à la pandémie pornographique ? (Artège, 9 octobre 2024).

Identité vérifiée : la fonction déclarée en audition (« docteur et maître de conférences en sciences de l'information et de la communication », auteur du Biberon numérique ) correspond exactement au profil UCO/LIRFE ci-dessus ; pas d'homonymie détectée.

Dans la commission

Auditionné le 23 avril 2025 lors d'une table ronde de chercheurs et d'observateurs du numérique (avec Sophie Jehel, Murielle Popa-Fabre et Elisa Jadot), réunion n° 5, sous la présidence d'Arthur Delaporte (cr05b). Trois interventions recensées dans le dossier corpus.

Sa thèse : le problème n'est pas la plateforme, c'est le smartphone dans la poche du collégien. Sa position, telle qu'exposée en audition, déplace la cible de la régulation des contenus vers l'accès à l'objet lui-même. Il présente ce déplacement comme le fruit d'un constat d'échec assumé après quinze ans de travaux : « La seule solution consisterait à interdire aux mineurs la possession d'un smartphone – je ne parle pas, bien sûr, du téléphone à neuf touches. » (cr05b)

L'échec revendiqué de la stratégie éducative et régulatrice. Il argumente en s'appuyant sur le précédent de la pornographie en ligne, où l'interdiction légale existe déjà sans produire d'effet selon lui : « 96 % des mineurs ont eu accès à ce type de contenus avant leur majorité, malgré l'interdiction faite aux moins de 18 ans. » (cr05b). Dans le même mouvement, il exprime son scepticisme sur la capacité de l'État à contraindre les plateformes : « Au risque de passer pour un chercheur obsessionnel, je ne vois ni pourquoi, ni comment le gouvernement parviendrait aujourd'hui à réguler les plateformes et à les mettre au pas, alors que ça fait quinze ans que cette stratégie est un échec. » (cr05b)

L'analogie avec les risques physiques. Son principal argument en faveur d'une interdiction légale repose sur une asymétrie qu'il dénonce entre la protection du corps et celle du psychisme, en s'appuyant sur le précédent du scooter interdit aux moins de 14 ans : « Nous sommes capables de protéger les mineurs des risques physiques mais pas des risques psychiques, au motif qu'une telle interdiction serait liberticide et constituerait une intrusion dans la vie des foyers. » (cr05b). Il en tire une piste opérationnelle : faire porter la vérification de l'âge sur les constructeurs et vendeurs de téléphones, au moment de l'achat.

L'argument de terrain. Il adosse systématiquement son propos à son activité de conférencier en établissements scolaires, qu'il présente comme un observatoire statistique en temps réel : « J'ai rencontré dernièrement des CM2 : sur 108 élèves, 48 avaient un smartphone connecté au net, et 22 un iPhone. On marche sur la tête ! » (cr05b). Il décrit également le désarroi des parents qui lui demandent, après ses conférences, comment empêcher leur enfant d'utiliser les fonctions d'un appareil qu'ils lui ont eux-mêmes offert.

Le cadrage qu'il propose à la commission. Il invite explicitement la commission d'enquête à envisager cette piste — restreindre l'accès des collégiens au smartphone multifonctions — « plutôt que des mesures uniquement coercitives » visant les plateformes, et qualifie l'enjeu d'« urgence sanitaire – psychique ». Il rappelle avoir participé à plusieurs commissions antérieures sur ces sujets (celle lancée par Laurence Rossignol, puis les travaux d'Adrien Taquet et Cédric O) et estime qu'elles ont buté sur l'impossibilité de vérifier l'identité des utilisateurs.

Fiche appuyée sur un dossier corpus restreint : Blocquaux n'est intervenu que dans une seule audition (cr05b), en table ronde.

Sources