Stéphanie Mistre
Rôle dans la commission : Personne auditionnée
Biographie
Stéphanie Mistre est la mère de Marie Le Tiec, adolescente qui s'est donné la mort à son domicile familial de Cassis (Bouches-du-Rhône) le 16 septembre 2021, à l'âge de 15 ans — elle aurait eu 16 ans le 21 octobre suivant. Marie avait été victime de harcèlement scolaire, notamment de moqueries sur son poids, et utilisait intensivement TikTok. Un mois après le décès, sa mère indique avoir découvert dans le téléphone de sa fille des contenus relatifs à l'automutilation, à la scarification et aux moyens de se donner la mort ; c'est à partir de cette découverte qu'elle engage un combat public contre la plateforme.
Elle n'est ni juriste, ni professionnelle du numérique ou de la santé : elle intervient publiquement en qualité de mère et de porte-parole de familles endeuillées. Les sources consultées ne documentent pas sa profession. Elle réside à Cassis.
Repères chronologiques établis par la presse :
- Septembre 2023 — Les parents de Marie déposent plainte contre TikTok, une première en France, pour provocation au suicide, non-assistance à personne en péril et propagande ou publicité des moyens de se donner la mort. La plainte est instruite au parquet de Marseille.
- Mars 2024 — Constitution du collectif Algos Victima, destiné à accompagner juridiquement les victimes des réseaux sociaux, autour de l'avocate au barreau de Paris Laure Boutron-Marmion. Les sources divergent sur l'attribution de la fondation : France 3 et l'Assemblée nationale présentent Me Boutron-Marmion comme fondatrice, tandis que RMC écrit que Stéphanie Mistre a fondé le collectif ; elle-même en décrit l'origine dans les contacts reçus après la médiatisation de sa plainte. Elle en est en tout état de cause l'une des figures initiatrices et sa porte-parole la plus visible. Le collectif regroupe une soixantaine de familles en 2026.
- 4 novembre 2024 — Sept familles du collectif, dont la sienne, assignent TikTok en justice pour faire reconnaître la responsabilité de la plateforme dans la dégradation de l'état de santé de leurs enfants, dont deux se sont suicidés (2021 et 2023).
- 15 mai 2025 — Audition devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, dans le cadre de l'audition de Me Laure Boutron-Marmion et de plusieurs familles.
- 20-21 octobre 2025 — Elle est présente à la présentation à la presse du rapport d'Amnesty International sur la « spirale toxique » de TikTok, le jour du 20e anniversaire de sa fille.
- Novembre 2025 — Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire visant TikTok, ouverture qu'elle déclare accueillir avec gratitude ; TikTok conteste les accusations.
- 11 mai 2026 — Nouvelle plainte collective déposée au parquet de Paris par 16 familles du collectif, cette fois pour « abus de faiblesse ».
Elle intervient régulièrement dans les médias nationaux (France 3, BFMTV/RMC, France Inter, Le Parisien, La Croix, La Provence) depuis 2022 sur le harcèlement scolaire puis, à partir de 2023-2024, sur la responsabilité qu'elle impute à TikTok.
Dans la commission
Auditionnée une seule fois, le 15 mai 2025 (cr11b), au sein de l'audition de Me Laure Boutron-Marmion, avocate au barreau de Paris, et de plusieurs familles du collectif Algos Victima. Elle y intervient en tant que mère de Marie. 5 interventions relevées : sa contribution est celle d'un témoignage familial, pas d'une expertise. Le dossier corpus est donc restreint et cette fiche est courte.
Sa thèse. Elle impute à la conception algorithmique de la plateforme une part déterminante dans la dégradation psychique de sa fille : « L'algorithme de TikTok a une grosse part de responsabilité dans le mal-être de ma fille. » Il s'agit de son analyse et de son accusation, portées devant la commission ; elles n'y sont pas établies comme un fait.
Positions clés défendues :
- Le contraste avec Douyin. Elle oppose la version chinoise de l'application au produit distribué en France, pour montrer qu'un autre paramétrage est techniquement possible : « La version de l'application utilisée en Chine – Douyin – a donc été totalement modifiée : les enfants sont très contrôlés et ne disposent que de quarante minutes jusqu'à l'âge de 18 ans, avec un couvre-feu de 22 heures à 7 heures du matin ; les contenus sont éducatifs, scientifiques et ludiques. »
- L'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs. Elle formule une demande explicite au législateur : « Mon souhait le plus cher serait que les réseaux soient interdits jusqu'à l'âge de 16 ans au moins, et qu'il leur soit imposé de réglementer et sécuriser leurs plateformes. »
- La santé mentale des adolescentes. Elle avance un chiffre à l'appui de son propos : « Le nombre de suicides chez les filles a augmenté de 133 %. » Le dossier corpus ne comporte pas de source attachée à ce chiffre, cité par elle en audition.
- La sanction économique comme seul levier. Elle désigne le droit européen comme l'instrument de contrainte : « Ces plateformes ont un but lucratif. Pour les punir, il faut les punir via le règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques et modifiant la directive 2000/31/CE dit Digital services act (DSA), leur infliger des sanctions économiques, les faire payer, pour qu'elles comprennent. »
Ses interventions articulent ainsi trois demandes : une interdiction d'accès des mineurs jusqu'à 16 ans au moins, une obligation de sécurisation et de modération imposée aux plateformes, et des sanctions financières fondées sur le DSA — le précédent Douyin servant à établir, selon elle, que ces contraintes sont réalisables par l'entreprise elle-même.
Sources
- https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/temoignage-qu-on-arrete-de-bombarder-nos-enfants-apres-le-suicide-de-sa-fille-cette-mere-accuse-tiktok-3055000.html (France 3 Provence-Alpes, 04/11/2024)
- https://www.leparisien.fr/societe/famille/des-contenus-monstrueux-sur-tik-tok-des-videos-expliquaient-a-sa-fille-marie-comment-se-donner-la-mort-24-10-2025-NI5ZRUM4MNATFLK4IM32JJUUSE.php (Le Parisien, 24/10/2025)
- https://www.la-croix.com/societe/tiktok-apres-le-suicide-de-sa-fille-l-appel-urgent-dune-mere-contre-la-plateforme-20251020 (La Croix, 21/10/2025)
- https://rmc.bfmtv.com/actualites/tech/sa-fille-se-suicide-a-15-ans-l-objectif-de-tiktok-est-de-creer-une-prison-mentale_AV-202511050349.html (RMC, 05/11/2025)
- https://www.laprovence.com/article/societe/88214749954717/cest-une-petite-victoire-une-liberation-stephanie-la-mere-de-marie-a-temoigne-devant-la-commission-tiktok (La Provence, 11/09/2025)
- https://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/2191679451528814/tiktok-considere-nos-enfants-comme-des-produits-a-cassis-la-maman-de-marie-porte-plainte-avec-d-autres-familles (La Provence, 13/05/2026)
- https://www.franceinfo.fr/societe/harcelement/harcelement-scolaire-combien-faudra-t-il-de-marie-de-nicolas-de-lindsay-denonce-la-mere-d-une-ado-qui-s-est-suicidee_6070797.html (franceinfo, 19/09/2023)
- https://www.bfmtv.com/marseille/stop-aux-contenus-nocifs-a-cassis-des-parents-reclament-l-interdiction-de-tik-tok-pour-les-jeunes_AV-202403260628.html (BFMTV, 26/03/2024)
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N011.html (verbatim de l'audition, cr11b)