La part du citoyenTikTok et les mineurs
TG

Thibault Guiroy

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Thibault Guiroy est un responsable français des affaires publiques du secteur numérique. Il dirige les

relations institutionnelles et les affaires publiques de YouTube (groupe Google/Alphabet) pour la France

et l'Europe du Sud. Sur son profil professionnel public, il décrit son poste comme Head of Government

Affairs and Public Policy, YouTube France, et fait état de plus de quinze ans d'expérience dans la tech,

entre affaires publiques et affaires juridiques, à la tête des relations institutionnelles et de la

politique publique de YouTube pour la France, l'Espagne et le Portugal *(With over 15 years of experience

in tech across public and legal affairs, I currently lead Government Relations and Public Policy for

YouTube in France, Spain, and Portugal)*.

Les intitulés retenus par les documents parlementaires officiels varient légèrement selon les années, ce

qui documente la continuité de sa fonction :

commission d'enquête du Sénat sur les politiques publiques face aux opérations d'influences étrangères

(audition de Google France du 28 mai 2024) ;

par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les

mineurs (table ronde du 17 juin 2025) ;

2026 par la mission d'information du Sénat sur les « zones grises de l'information ».

Il est ainsi un interlocuteur régulier des travaux parlementaires français portant sur la régulation des

plateformes (modération, désinformation, protection des mineurs, DSA), au Sénat comme à l'Assemblée

nationale.

*Réserve de méthode : l'identification est établie par recoupement de l'organisation (YouTube/Google), de

la fonction (affaires publiques France et Europe du Sud) et du champ (régulation des plateformes) cités

dans le dossier avec des sources parlementaires officielles ; aucun homonyme plausible n'est apparu dans

ce champ. En revanche, les sources publiques consultées ne documentent ni sa formation initiale, ni ses

employeurs antérieurs, ni la date exacte de sa prise de fonctions chez YouTube — son profil LinkedIn n'a

pas pu être consulté directement (accès refusé aux robots), seuls ses extraits indexés par les moteurs de

recherche ont pu être lus. Ces éléments de parcours ne sont donc pas renseignés ici plutôt que d'être

rapportés sans vérification.*

Dans la commission

Auditionné sous serment le 17 juin 2025 (cr28a), en visioconférence, lors d'une table ronde réunissant les

représentants des plateformes concurrentes de TikTok : Anton'Maria Battesti et Aurore Denimal (Meta),

Claire Dilé (X). Il y prend la parole 19 fois. Il s'agit de sa seule audition devant cette commission.

**Sa ligne d'ensemble : YouTube n'est pas un réseau social de flux court, son dispositif de protection des

mineurs est déjà largement déployé, et ce qui limite son action sur les contenus « gris » n'est pas la

technique mais le droit — au législateur de bouger.**

Architecture produit et protection des mineurs. Il ouvre par un exposé des dispositifs : YouTube Kids

(créé en 2015, disponible dans plus de quatre-vingts pays, profils par tranches d'âge 4 ans et moins /

5-8 ans / 9-12 ans, retrait des contenus « trop commerciaux », interdiction des placements de produits

payants), les « expériences supervisées » sur YouTube classique depuis 2021 (paramètres « Découverte » et

« Découverte Plus », désactivation des lives, des commentaires, des achats), l'application Family Link, et

des rappels de pause et d'heure du coucher « activés par défaut, pour limiter le temps d'écran de tous les

utilisateurs âgés de 13 à 18 ans » proposés depuis 2018 (cr28a). Il fait valoir un comité de treize

experts internationaux créé en 2018 pour conseiller YouTube sur les besoins des jeunes.

Algorithme et modèle économique. Il décrit deux piliers de revenus — la publicité et les abonnements

YouTube Premium (125 millions d'abonnés dans le monde, 55 % des revenus publicitaires reversés aux

créateurs) — et défend une finalité de long terme : « L'algorithme de recommandation de YouTube a pour but

d'aider chaque utilisateur à découvrir les vidéos qu'il a envie de regarder, en optimisant sa satisfaction

sur le long terme. » (cr28a) Il chiffre le système : « l'algorithme de recommandation utilise plus de 80

milliards de signaux. » (cr28a) Interrogé sur l'amplification des contenus radicaux, il oppose une

dénégation chiffrée : « Dans les 80 milliards de signaux utilisés pour recommander des contenus, il n'y a

aucun critère lié à la radicalité des propos. » (cr28a) Il met en avant deux mécanismes qu'il présente

comme allant en sens inverse de la logique d'engagement — une prime aux « contenus de médias ou de sources

qui font autorité », qualifiée de « peut-être contre-intuitive sur un plan économique », et la

déviralisation de contenus licites mais jugés nuisibles — ainsi que des seuils d'accès à la monétisation

(1 000 abonnés, 4 000 heures de visionnage sur douze mois).

L'effet d'accumulation, reconnu et traité comme un problème de recommandation. C'est l'un des points

les plus repris de son intervention : depuis 2023, YouTube a identifié des catégories de contenus

inoffensifs pris isolément mais potentiellement nocifs à répétition (idéalisation de normes de poids ou de

formes physiques, comparaison de caractéristiques physiques), dont il dit avoir restreint la

recommandation. Il l'illustre par un exemple attribué à l'une des expertes du comité : « si une jeune

fille peut sans problème regarder une vidéo sur le contouring , elle commencera certainement à se poser

des questions sur son apparence physique si elle en regarde dix ou quinze. » (cr28a)

Modération : volumes et procédure. Il indique que « Chez Google, 20 000 personnes effectuent de la

modération de contenus », dont « un peu plus de 400 personnes sont francophones » (cr28a), revendique un

grand centre de sécurité à Dublin et un « bureau de renseignement » chargé d'anticiper les menaces. Sur la

méthode : « Nous utilisons un mélange d'intelligence artificielle et de revue humaine. » (cr28a) Sur les

volumes : « Nous retirons 8 à 9 millions de vidéos par trimestre dans le monde et, ce qui est assez peu,

environ 65 000 par trimestre en France. » (cr28a), avec 95 % de signalements initiaux par l'IA. Sur

l'efficacité : « Au premier trimestre 2025, notre taux de vues non conformes était de 0,1 %. » (cr28a),

ainsi que 80 % des vidéos retirées avant dix vues et 55 % avant une seule vue. Sur l'appel, il indique

croire que tout recours est revu par un humain distinct du premier décideur, en précisant qu'il vérifiera.

Santé mentale et santé. Il déclare interdits les contenus incitant au suicide, à l'automutilation ou

aux troubles alimentaires, décrit des fenêtres interstitielles redirigeant certaines requêtes vers le 3114

(numéro national de prévention du suicide) ou la Fédération française anorexie boulimie, mentionne une

aide apportée au Conseil national de l'Ordre des médecins pour élaborer « une charte du médecin créateur

de contenu responsable », et chiffre à « environ 35 000 » les contenus de santé mentale pour la France,

totalisant 180 millions de vues.

Le point le plus disputé : le refus d'être « mieux-disant » que la loi. Confronté par le président

Delaporte au cas d'un créateur promouvant le crudivorisme, il répond : « Nous ne disposons pas de base

nous permettant d'agir concernant les contenus que vous avez mentionnés, que ce soit en vertu du droit ou

de nos conditions d'utilisation. » (cr28a), tout en signalant que la personne citée a fait l'objet « de

dizaines de signalements à la Miviludes ». Il ajoute : « Peut-être y a-t-il un vide juridique à combler. »

(cr28a) Sur les contenus sexistes ou misogynes, interrogé par la rapporteure Laure Miller sur la

possibilité de durcir les conditions d'utilisation, il oppose une expertise juridique commandée par

l'entreprise : « Cet avocat nous a transmis son analyse, d'une dizaine de pages, qui explique pourquoi ces

contenus ne violent pas la législation française en l'état actuel du droit. » (cr28a) Il fait valoir le

risque d'être poursuivi en l'absence de base juridique, invoque les jurisprudences européennes sur la

liberté d'expression, et pose une conditionnalité : si le droit français réprimait ces propos, les

conditions d'utilisation pourraient évoluer.

Vérification de l'âge : une doctrine explicitement opposée à celle de Meta. Il décrit un dispositif en

paliers — blocage de la création de compte en dessous de 15 ans (âge du consentement en France) et

orientation vers un compte supervisé ; protections par défaut entre 15 et 18 ans (absence de publicités

personnalisées) ; au-delà, un modèle d'estimation de l'âge développé par Google, fondé sur des signaux

déjà associés au compte (recherches, catégories de vidéos vues, ancienneté du compte), avec traitement du

compte comme mineur « jusqu'à preuve du contraire ». Il présente une solution technique : « Pour vérifier

l'âge, Credential Manager utilise la technologie de chiffrement zero-knowledge proof , qui permet aux

utilisateurs de prouver qu'ils ont plus de 18 ans sans pour autant révéler d'informations supplémentaires,

dont leur identité, à l'application. » (cr28a) Il écarte frontalement la piste des magasins

d'applications, défendue par Meta : « En revanche, nous considérons que passer par les magasins

d'applications n'est absolument pas efficace, car personne ne connaît mieux ses utilisateurs que la

plateforme elle-même. » (cr28a), en invoquant la contournabilité par le sideloading. Le président

Delaporte relève lui-même cette divergence en séance. Guiroy renvoie enfin au législateur une question

qu'il laisse ouverte : « Est-il souhaitable de bannir les réseaux sociaux ou certains types de contenu

avant un certain âge et, le cas échéant, quel âge ? » (cr28a)

Sur TikTok et sur la coordination entre plateformes. Interrogé par la rapporteure, il refuse de juger

le concurrent : « Je suis la personne la moins bien placée pour parler de TikTok, parce que je n'utilise

pas cette application. » (cr28a) Il plaide un intérêt sectoriel commun à progresser, tout en formulant une

mise en garde de droit de la concurrence contre les retraits coordonnés : « il faut se méfier des

décisions de modération qui seraient prises de manière concertée – cela s'appelle une entente – pour

couper des comptes unilatéralement, peu importe qu'une infraction ait été constatée sur chacune des

plateformes. » (cr28a) Il justifie par ailleurs l'absence de réplication automatique des sanctions d'une

plateforme à l'autre par la différence des contenus publiés selon les réseaux.

Sources

de la table ronde du 17 juin 2025 — intitulé directeur des affaires publiques France et Europe du Sud

de YouTube)

sur les influences étrangères, audition du 28 mai 2024 — directeur des relations institutionnelles de

YouTube France)

audition de YouTube du 2 juin 2026 — directeur des affaires publiques de YouTube France)

les extraits indexés par les moteurs de recherche, la page elle-même n'étant pas accessible aux robots)