Thierry Breton
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Thierry Breton, né le 15 janvier 1955 à Paris, est un ingénieur, dirigeant d'entreprise et homme
politique français. Il a été commissaire européen au marché intérieur du 1er décembre 2019 au
16 septembre 2024.
Formation :
- École alsacienne, puis lycée Louis-le-Grand ;
- Supélec (aujourd'hui CentraleSupélec), diplôme d'ingénieur en 1979 (électronique et informatique) ;
- Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), 1994.
Parcours en entreprise :
- 1993-1997 : entre chez Bull comme directeur de la stratégie, puis vice-président du conseil
d'administration (1996-1997) ;
- mars 1997 - septembre 2002 : président-directeur général de Thomson (puis Thomson Multimedia) ;
- octobre 2002 - février 2005 : président-directeur général de France Télécom, où il conduit le
désendettement du groupe et lance l'offre Livebox ;
- février 2009 - octobre 2019 : président-directeur général d'Atos, avec les acquisitions de Siemens
IT Solutions (2011), de Bull (2014) et des activités d'infogérance de Xerox ;
- mandats d'administrateur : Rhodia (1998-2002), Bouygues Telecom (2000-2002), Carrefour (à partir de
juillet 2008), conseil consultatif international de Bank of America (à partir de janvier 2013).
Parcours public et politique :
- 1986-1992 : conseiller régional de Poitou-Charentes ;
- 1997-2005 : président de l'Université de technologie de Troyes (UTT) ;
- 25 février 2005 - 18 mai 2007 : ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, sous la
présidence de Jacques Chirac (gouvernement de Dominique de Villepin) ;
- 2007-2009 : senior lecturer à la Harvard Business School (cours *Leadership and corporate
accountability*) ;
- mars 2015 - décembre 2019 : président de l'Association nationale de la recherche et de la
technologie (ANRT) ; membre de l'Académie des technologies depuis janvier 2016 ; président du
comité stratégique de Sorbonne Université depuis 2018 ;
- 1er décembre 2019 - 16 septembre 2024 : commissaire européen chargé du marché intérieur, portefeuille
couvrant également la politique industrielle, le numérique, la défense et l'espace. À ce titre, il
a porté les trois grands règlements numériques européens : le Digital Services Act (DSA,
règlement (UE) 2022/2065), le Digital Markets Act (DMA) et le règlement sur l'intelligence
artificielle (AI Act, adopté le 2 février 2024) ;
- 16 septembre 2024 : démission de la Commission européenne, sur fond de désaccords avec la
présidente Ursula von der Leyen ;
- 23 décembre 2025 : les États-Unis annoncent des mesures le visant, aux côtés d'autres responsables
européens, en raison de son rôle dans la régulation européenne du numérique.
Il est également auteur, notamment des romans Softwar (1984, avec Denis Beneich), Vatican III
(1985) et Netwar (1987), ainsi que de plusieurs essais publiés entre 1991 et 2007. Il a acquis la
nationalité sénégalaise en 2015.
*Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le dossier corpus (« ancien commissaire européen au
marché intérieur ») correspond sans ambiguïté au profil public de Thierry Breton, et l'audition porte
sur le DSA dont il est l'un des principaux artisans. Aucun risque d'homonymie identifié.*
Dans la commission
Audition unique le 27 mai 2025 (cr18c, troisième audition de la réunion n° 18), 8 prises de parole,
sous la présidence d'Arthur Delaporte. Breton y est entendu comme ancien commissaire européen — donc
comme architecte du DSA, et non comme son exécutant en poste.
Sa thèse : le cadre juridique existe déjà, le problème est son exécution. C'est la ligne qui
structure toute son intervention — « Plutôt que de produire une nouvelle loi, il faut appliquer
pleinement et intégralement celle qui existe. » (cr18c). Selon lui, le DSA répond déjà à l'essentiel
des questions que se pose la commission ; l'enjeu est de l'exécuter fermement et rapidement, non de
légiférer à nouveau. Il laisse toutefois une porte ouverte au législateur national : « Les législateurs
peuvent décider de sanctionner par des lois supplémentaires certains harcèlements ou comportements
déviants – comme l'incitation au suicide – qui circulent sur les réseaux ; et de les connecter au
DSA. » (cr18c)
Positions clés défendues :
- Le DSA n'est pas une loi liberticide — il récuse frontalement la critique la plus courante du
texte : « On résume souvent à tort le DSA en indiquant qu'il s'agit d'une loi qui interdit la
liberté d'expression. C'est totalement faux : nous n'aurions jamais obtenu le soutien de 90 % du
Parlement européen s'il avait été attentatoire à la liberté d'expression. » (cr18c)
- La transparence algorithmique comme cœur du sujet — il en fait son acquis principal : « Je me
suis battu pour que l'on puisse enfin accéder à ces algorithmes, ce qui est désormais possible pour
ceux qui disposent des compétences idoines. » (cr18c). Il fonde ce besoin sur la nature même des
données produites par les utilisateurs : « L'ensemble des informations que nous générons
quotidiennement, volontairement ou non, dans l'espace informationnel, représente aujourd'hui une
trace personnalisée qui va constituer quelque part une sorte de double numérique, certains
parleront d'avatar. » (cr18c)
- TikTok Lite, cas d'école de l'efficacité du DSA — il rapporte l'épisode comme démonstration
concrète : « Grâce au DSA, j'ai découvert lorsque j'étais commissaire que la plateforme s'apprêtait
à lancer l'application TikTok Lite. Celle-ci, qui ciblait particulièrement les plus jeunes, avait
pour objet de donner aux utilisateurs des points en fonction du nombre d'heures passées sur
l'application et de « récompenser » les plus assidus par des cadeaux. » (cr18c) ; « La discussion a
été très animée, très violente, mais en vingt-quatre heures, l'application a été retirée. » (cr18c)
- La double singularité de TikTok, et une question restée sans réponse — « TikTok représente une
plateforme particulière, selon deux aspects assez singuliers. D'une part, elle est extraordinairement
populaire chez les jeunes ; d'autre part, elle est chinoise, mais la Chine en a interdit son
usage. » (cr18c). Il en fait une invitation adressée à la commission : « cet élément m'a surpris et
j'invite donc la commission à se questionner à ce propos. Peut-être serait-il intéressant
d'interroger ceux qui ne voudraient rien répondre à la commission sur cette question. Pour ma part,
je n'ai jamais obtenu de réponse. » (cr18c)
- Le contrôle de l'âge passe par l'identité numérique — position tenue dans le dossier : la
vérification d'âge, très difficile et contournable, trouve sa réponse dans l'e-identité et
l'e-wallet, chantier qu'il juge combattu par les Gafam et à accélérer — « Ici aussi, les Gafam se
sont opposées à notre action. » (cr18c)
- Le lobbying des grandes plateformes, y compris à titre personnel — il l'affirme sans le présenter
comme une surprise : « Des journaux ont par exemple découvert certains documents de Google qui ont
révélé que l'entreprise m'avait ciblé de façon très précise et la stratégie employée pour
m'empêcher de mener à terme le travail que m'avaient confié les colégislateurs. » (cr18c). Il
élargit le propos à la posture de ces acteurs : « Certaines d'entre elles se sont considérées à un
moment, ou se considèrent peut-être encore aujourd'hui, comme des entités supranationales qui se
substituent à la défaillance des États, épousant ici la doxa des libertariens. » (cr18c)
- Ne pas marchander les lois européennes contre des concessions commerciales — c'est l'une de ses
formulations les plus tranchées : « cela voudrait dire que notre intégrité territoriale et
démocratique est à vendre. » (cr18c)
- Un « référent DSA » dans chaque établissement scolaire — sa proposition opérationnelle côté
éducation : « J'avais ainsi proposé de créer dans chaque établissement scolaire un « référent DSA »,
de la même manière qu'il existe des psychologues. » (cr18c)
- Le relais national du DSA existe déjà — « Je rappelle que l'Autorité de régulation de la
communication audiovisuelle et numérique (Arcom) est compétente sur ces sujets et fait partie du
DSA board. » (cr18c)
Ce qu'il ne dit pas. Interrogé sur les enquêtes en cours, il s'arrête au seuil : « Je vous
mentirais en vous disant qu'il n'existait pas un certain nombre de suspicions, mais puisque des
enquêtes sont en cours, je ne peux évoquer ce sujet de manière plus détaillée. » (cr18c)
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Thierry_Breton
- https://en.wikipedia.org/wiki/Thierry_Breton
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N018.html