La part du citoyenTikTok et les mineurs
Thierry Sother

Thierry Sother

Role dans la commission : Depute membre — groupe SOC

Biographie

Thierry Sother est né le 2 février 1982 à Mulhouse (Haut-Rhin). Il est titulaire d'une licence d'histoire contemporaine obtenue à l'université Marc-Bloch de Strasbourg et d'un master de communication politique préparé à Paris. Sa profession déclarée à l'Assemblée nationale est cadre de la fonction publique.

Il adhère au Parti socialiste à dix-huit ans. Entre 2004 et 2007, il coordonne un intergroupe d'élus socialistes et écologistes au conseil régional. Il exerce ensuite pendant quatorze ans les fonctions d'administrateur et de responsable de la communication d'une compagnie théâtrale professionnelle, la Compagnie des Rives de l'Ill. Depuis 2016, il est conseiller politique des groupes socialistes à la Ville et à l'Eurométropole de Strasbourg, où il travaille notamment auprès de Catherine Trautmann, ancienne ministre de la Culture et ancienne maire de Strasbourg, au sein du groupe Faire ensemble Strasbourg.

Son parcours électif commence à Mulhouse, où il est conseiller municipal socialiste d'opposition de 2008 à 2020. Il est élu premier secrétaire de la fédération du Parti socialiste du Bas-Rhin en 2021.

Le 7 juillet 2024, il est élu député de la 3e circonscription du Bas-Rhin (17e législature) sous la bannière du Nouveau Front populaire, avec 43,27 % des voix au second tour, devant le député sortant Bruno Studer (Renaissance, 32,46 %) et Stéphanie Dô (Rassemblement national, 24,27 %). Il siège au groupe Socialistes et apparentés.

À l'Assemblée nationale, il est membre de la commission de la défense nationale et des forces armées et vice-président de la commission des affaires européennes. Il est vice-président des groupes d'études Réseaux sociaux, Sécurité routière et Filière brassicole, et membre de plusieurs autres groupes d'études (spectacle vivant, cinéma et production audiovisuelle, vie associative, notamment). Il préside le groupe d'amitié France-Japon et est vice-président du groupe France-Allemagne, ainsi que membre de l'Assemblée parlementaire franco-allemande.

Dans la commission d'enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (17e législature, session 2024-2025), présidée par Arthur Delaporte avec Laure Miller comme rapporteure, il figure parmi les quatre secrétaires du bureau, au titre du groupe Socialistes et apparentés.

Dans la commission

Le dossier corpus recense 17 interventions réparties sur neuf comptes rendus (cr04a, cr06b, cr09a, cr21e, cr24e, cr28a, cr29b, cr30b, cr30c), dont douze questions documentées. Aucune position formelle n'est enregistrée comme telle : Thierry Sother s'exprime par des questions, y compris quand elles portent une proposition.

Documenter le modèle économique et le design. Plusieurs de ses questions cherchent à faire décrire le mécanisme plutôt qu'à le condamner. Devant les éducatrices spécialisées du collectif Meer (cr09a), il sépare les formats : « Pourriez-vous expliciter les différences d'impact entre ces deux formats ? », à propos de la distinction entre vidéos classiques et lives, et interroge la nature de la monnaie virtuelle — convertible en biens ou en argent, ou confinée à l'application. Lors de la table ronde sur les radicalités (cr30c), il pose frontalement la question causale : « Pourquoi l'algorithme – ce que vous appelez les ombres et moi les amis invisibles – choisit-il de les mettre en avant ? Est-ce une application de l'économie de l'attention, en vertu de laquelle plus les utilisateurs restent captifs longtemps, plus les plateformes peuvent monétiser les espaces publicitaires ? Ou y a-t-il encore d'autres intérêts cachés ? »

L'amplification algorithmique comme choix, non comme fatalité. Devant les représentants des plateformes concurrentes de TikTok (cr28a), il s'appuie sur la littérature académique pour poser la question à charge : « Des études universitaire et scientifique ont prouvé que les propos radicaux étaient « poussés » par les algorithmes, car ils permettaient plus d'interactions. Vos différentes plateformes ont-elles recours à de telles pratiques pour maintenir l'attention et s'assurer d'une présence accrue de leurs utilisateurs ? » Dans la même séquence, il mobilise les travaux du chercheur du CNRS David Chavalarias — « qui a démontré une forte croissance des contenus toxiques dans le fil des utilisateurs les plus fréquents de X » (cr28a) — et la mise en avant documentée de certains contenus (cas du Super Bowl) pour établir que la capacité technique de pondérer un algorithme existe, et donc que ne pas l'employer contre la toxicité relève d'un choix. Toujours en cr28a, il descend au niveau opérationnel de la modération : « La procédure change-t-elle selon l'auteur du signalement – des utilisateurs lambda, des partenaires associatifs, l'Arcom ? Les signaleurs de confiance font-ils l'objet d'une prise en compte différenciée ? »

Transparence, recherche et éducation aux médias. En cr06b, devant les chercheurs, il constate la fermeture de l'accès des chercheurs aux données des plateformes — en visant notamment X depuis son rachat par Elon Musk — puis demande à Lucile Coquelin : « Quel serait, selon vous, le socle minimum de savoirs à enseigner, partager et transmettre pour réduire autant que faire se peut les vulnérabilités ? » La question vise à obtenir un contenu concret d'éducation aux médias, exploitable en recommandation. Dans le même registre de l'information du public, il avait testé en cr04a l'hypothèse d'une signalétique obligatoire : « Selon vous, quel serait l'impact d'une obligation d'affichage de la notation, dans l'esprit du nutri-score ou de la mention d'un âge minimum pour le visionnage de certains films ? Une telle mesure serait-elle perçue uniquement comme un outil de « boomer » ? » — question qui traduit les audits indépendants du DSA en dispositif grand public, tout en interrogeant son efficacité réelle auprès des jeunes.

Nocivité intentionnelle, limites du DSA et outils contraignants. L'audition ministérielle (cr29b) concentre ses propositions. Il y interroge la suspension par le tribunal administratif de Paris de la vérification d'âge sur les sites pornographiques, avance que le DSA ne traite pas la nocivité recherchée par les plateformes — « nous savons depuis les Facebook Leaks, en 2021, qu'ils sont parfaitement connus et même recherchés par les plateformes pour maintenir l'utilisateur connecté le plus longtemps possible » — et évoque l'usage de France Identité comme tiers de confiance pour la vérification d'âge. Il y formule aussi un dispositif concret, sur le modèle de la vidéo de prévention diffusée avant une course à pied : « Au bout d'un certain laps de temps passé en continu sur une plateforme, on pourrait imaginer la diffusion de vidéos de prévention obligatoires, qui bloqueraient la consultation d'autres contenus tant qu'elles n'auraient pas été visionnées par l'utilisateur. » Le dossier relève la méfiance affichée envers l'autorégulation qui sous-tend la proposition.

Contester les qualifications que les plateformes se donnent. Lors de l'audition à huis clos de la responsable des affaires publiques France de Snapchat (cr30b), il refuse l'auto-qualification de la plateforme : « Vous avez tendance à présenter votre plateforme comme une simple messagerie mais, compte tenu du nombre de fonctionnalités que vous avez décrites, Snapchat s'apparente plutôt à un réseau social. » Il demande dans la foulée combien de créateurs ont été formés et jusqu'où vont réellement les sanctions (nombre de bannissements par an), en opposant à la logique de réponse graduée une image tirée de sa vie personnelle : « J'ai une fille de six ans qui me fait régulièrement ce genre de promesse et bien souvent, ça ne suffit pas à l'empêcher de recommencer. »

Face aux créateurs de contenus. Ses questions aux personnes issues de la plateforme visent la responsabilité de celle-ci plus que celle de l'auditionné. À Nasser Sari (cr24e), il demande le volume de partages de ses contenus, le moment de la prise de conscience de son impact sur les jeunes, et qualifie la reprise de ses vidéos par des comptes de rediffusion : « Puisque vous mettez vous-même en scène les contenus que vous créez, c'est donc une sorte de pillage de votre contenu, un vol de votre création artistique par TikTok ? » — l'audité refusant, selon le dossier, de reprendre le terme de « vol ». À Anna Baldy (cr21e), il fait décrire le cycle de désinstallation puis de réinstallation de l'application, avant d'opposer un argument académique à sa stratégie de présence : « qu'est-ce qui motive votre décision de mener ce que vous qualifiez de « combat culturel » sur TikTok, alors que de nombreux chercheurs ont démontré les limites de cette approche en raison des bulles cognitives inhérentes aux réseaux sociaux ? »

Ligne d'ensemble telle qu'elle ressort du dossier. Une focale constante sur la responsabilité systémique des plateformes — modèle économique, amplification algorithmique, captation d'attention — adossée à des références académiques et institutionnelles (Chavalarias, Facebook Leaks, DSA, Arcom, résolution européenne), une défiance explicite envers l'autorégulation, et une préférence pour des obligations opposables : signalétique, prévention bloquante, vérification d'âge souveraine, sanctions chiffrées, accès des chercheurs aux données.

Sources