Tristan Boursier
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Tristan Boursier est docteur en science politique. Il a soutenu le 14 novembre 2023, à l'Institut d'études politiques de Paris, une thèse intitulée Penser les conditions d'impossibilité de la solidarité inclusive, préparée au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) sous la direction de Réjane Sénac et de Charles Blattberg. Il s'agit d'un doctorat en cotutelle entre Sciences Po et l'Université de Montréal. Il a également effectué un séjour de recherche à l'université d'Oxford auprès de Cécile Laborde.
Il est chercheur postdoctoral au Québec — sa fiche institutionnelle et son CV HAL le rattachent à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), et ses affiliations de publication mentionnent l'Université du Québec en Outaouais (UQO) — et chercheur associé au Cevipof ainsi qu'au Réseau québécois en études féministes (RéQEF). Devant la commission, il s'est présenté comme « chercheur postdoctoral, associé au Cevipof et à l'UQO (Université du Québec en Outaouais) » (cr30c).
Ses travaux portent sur deux ensembles : d'une part les conceptions de la solidarité politique et son opposition supposée à la diversité culturelle ; d'autre part les dynamiques idéologiques de l'extrême droite contemporaine, en particulier le suprémacisme blanc en ligne, l'antiféminisme et le masculinisme, et la notion de métapolitique. Parmi ses publications : La banalisation du suprémacisme blanc sur YouTube (Politique et Sociétés, 2024), Mesurer la pénétration des idées d'extrême droite dans les discours gouvernementaux français (Revue française de science politique, 2025), Les fonctions de l'antiféminisme à l'extrême droite (chapitre d'ouvrage, 2025), Discipliner les corps, diffuser l'idéologie : engagement corporel et stratégie métapolitique transnationale des Active Clubs (Amnis, 2025), Métapolitique d'extrême droite : usages et limites d'un concept (Canadian Journal of Political Science) et Intersectionalising hatred (Journal of Gender Studies). Identifiant ORCID : 0000-0001-5250-783X.
Remarque : les métadonnées de l'Assemblée nationale orthographient son prénom « Tristian » ; l'orthographe attestée est « Tristan ».
Dans la commission
Auditionné une seule fois (cr30c, table ronde sur les radicalités du 24 juin 2025, avec Hugo Micheron, Sophie Taïeb et Valentin Petit), il a prêté serment et précisé que ses recherches « ne sont pas financées par des entreprises privées ou des groupes du numérique ». Il y expose un terrain propre : le suivi, depuis environ cinq ans, d'une quinzaine d'influenceurs français qu'il identifie comme d'extrême droite ou masculinistes, et de leurs stratégies cross-media.
Sa thèse centrale : TikTok comme point d'entrée d'un écosystème. Il ne présente pas la plateforme comme un lieu isolé mais comme la porte d'entrée d'un dispositif qui se déploie ailleurs : « Tiktok joue vraiment un rôle de vitrine par rapport aux autres plateformes. » (cr30c)
Le design d'exposition subie. Il relie la nocivité potentielle au mode de présentation des contenus, plus qu'à leur seule existence : « TikTok soumet directement des contenus aux utilisateurs, sans qu'ils aient forcément le temps d'identifier leur créateur, ni même leur titre. » (cr30c)
La rapidité d'accès aux contenus radicaux. Interrogé par la rapporteure Laure Miller, qui se fait « l'avocate du diable » en objectant qu'il faudrait chercher ces contenus, il s'appuie sur des travaux tiers : « il faut environ une quinzaine de minutes pour tomber sur des contenus masculinistes radicaux sur TikTok. » (cr30c) — attribué par lui à des équipes de recherche états-uniennes.
Le modèle économique comme cause. À la question du levier d'action, il répond par l'économie de l'attention : « Tant que la haine sera rentable sur les plateformes, nous serons confrontés à ce genre de problème. » (cr30c) Il décrit une diversification des revenus des influenceurs hors des plateformes, et cite un circuit de financement : « Un écosystème de sponsoring s'est mis en place, avec notamment le fonds Périclès, financé par Pierre-Édouard Stérin. » (cr30c) — affirmation qui relève de son analyse de chercheur, les acteurs cités n'étant pas présents pour y répondre.
L'interaction concrète avec des mineurs. Sur les lives, où il estime la modération quasi nulle, il décrit des influenceurs donnant à un public qu'il suppose largement mineur ce qu'ils appellent des conseils de drague : « ce sont en fait des conseils de harcèlement, notamment envers les jeunes filles. » (cr30c) C'est, dit-il, le point où il a observé une interaction directe avec des mineurs.
Une prudence sur la lecture chinoise. Interrogé par le député Kévin Mauvieux (RN) sur l'hypothèse d'une stratégie chinoise d'affaiblissement des jeunes générations occidentales, il ne valide pas la thèse et déplace le cadrage : « si TikTok est effectivement un réseau social chinois, la plupart des médias sociaux, qui forment un écosystème avec TikTok, sont états-uniens – la Chine n'est donc pas le seul pays qu'il faut mettre dans la balance. » (cr30c)
Il relativise également, sur son terrain, l'importance des « challenges » comme vecteur de radicalisation, et souligne à plusieurs reprises la difficulté d'établir les faits faute de coopération des plateformes avec les chercheurs (cr30c).
Sources
- https://theses.fr/2023IEPP0024 (fiche de thèse, theses.fr — soutenance du 14/11/2023, direction Réjane Sénac / Charles Blattberg)
- https://cv.hal.science/tristan-boursier (CV HAL : statut, affiliations, présentation, ORCID)
- https://www.sciencespo.fr/cevipof/fr/chercheur/tristan-boursier.html (page chercheur, Cevipof / Sciences Po)
- https://api.archives-ouvertes.fr/search/?q=authFullName_s:%22Tristan%20Boursier%22 (liste des publications, archive ouverte HAL)
- https://orcid.org/0000-0001-5250-783X
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N030.html (compte rendu de l'audition, 24 juin 2025)