Tristan Duverné
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Tristan Duverné est doctorant en sociologie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Sa thèse, intitulée L'économie des normes corporelles. La production des contenus numériques d'influenceurs "fitness" et "beauté", est enregistrée sur theses.fr dans la discipline des sciences de la société, première inscription le 28 septembre 2023, école doctorale de l'EHESS, avec l'École normale supérieure (Paris) comme établissement partenaire — ce qui correspond au titre sous lequel il est présenté devant la commission (doctorant à l'EHESS / ENS). Elle est co-dirigée par Anne Monjaret et François Le Yondre. Le travail est en cours à la date de l'audition.
D'après ses dépôts sur l'archive ouverte HAL, il est rattaché au Laboratoire d'anthropologie politique — Approches interdisciplinaires et critiques des mondes contemporains (LAP, UMR 8177, EHESS/CNRS). Ses publications portent sur les influenceurs et l'économie de l'attention : Les influenceuses beauté et leur cour : les mécanismes du prestige sur Instagram (Questions de communication, 2022, avec François Le Yondre et Stéphane Héas) ; Convertir aux "bonnes mesures" du corps. La construction de la légitimité des médecins de l'obésité et des influenceurs fitness (Socio-anthropologie, 2025, avec Théo Rougnant) ; Le public comme produit. La mise en marché des communautés d'influenceur·ses par les agences de communication (chapitre d'ouvrage, 2025) ; un compte rendu de la journée d'étude Influenceur·ses et publicitarisation des contenus (Communication & langages, 2022) ; et un entretien avec Pierre-Michel Menger (Revue européenne des sciences sociales, 2026).
Ses premiers travaux, antérieurs à la thèse, relevaient d'un autre champ : la proxémie et les réactions corporelles à la transgression des normes de distance interpersonnelle, en situations réelles et en réalité virtuelle, menés avec des équipes de l'université Rennes 2, de l'ENS Rennes et d'Inria (communication en 2019, article dans Lecture Notes in Computer Science en 2020).
Réserve d'identification : l'identité est établie par recoupement fort entre le titre déclaré sous serment devant la commission (doctorant EHESS/ENS), la notice theses.fr (EHESS, sociologie des influenceurs et des normes corporelles) et les notices HAL (mêmes objets de recherche, même directeur de thèse François Le Yondre). Aucune notice biographique institutionnelle publique plus détaillée (page laboratoire, CV en ligne) n'a pu être consultée ; les éléments ci-dessus s'en tiennent donc aux bases bibliographiques de référence.
Dans la commission
Auditionné le 16 mai 2025 dans une table ronde consacrée aux contenus masculinistes et sexistes en ligne, aux côtés de Shanley Clemot McLaren (Stop Fisha), Pauline Ferrari et Pierre Gault (cr12a). Il y prête serment et intervient à quatre reprises, en apportant le seul point de vue de recherche académique de la table ronde.
Une thèse d'architecture, pas de contenu. Son propos ne porte pas sur ce qui est dit sur TikTok mais sur ce que la plateforme fait aux interactions. Il s'appuie sur une étude menée dans le cadre de sa thèse — « Des violences sexistes pour faire le show » —, fondée sur trois mois d'immersion sur TikTok live et centrée sur un passage en direct de l'influenceur AD Laurent, dont il précise lui-même qu'il « n'est pas représentatif de l'ensemble des influenceurs ». Sa démonstration : l'architecture de la plateforme supprime les mécanismes de régulation des offenses qui existent dans les interactions ordinaires (rappel à l'ordre, puis réparation). Il identifie quatre facteurs favorisants : l'anonymat, le caractère éphémère des interactions, l'asymétrie d'exposition (l'audience voit sans être vue) et l'absence de risque de violence physique (cr12a).
L'offense comme moteur de visibilité. Sur son cas d'étude, il chiffre l'effet : « le débat sur la féminité de la streameuse a entraîné une augmentation de 45 % de l'audience en seulement deux minutes. » Il en tire son énoncé central, repris en conclusion : « sur TikTok, le contenu ne constitue plus une finalité en soi, mais devient un instrument au service de la visibilité. » Il relie ce mécanisme à la monétisation, les punchlines déclenchant l'envoi de cadeaux par l'audience — une validation à la fois symbolique et financière (cr12a).
Ses pistes d'action. Il propose d'agir sur l'architecture plutôt que sur les contenus, dans une logique de « nudge » et de restauration d'un contrôle social entre pairs plutôt qu'étatique. Mesure la plus concrète : « nous pourrions envisager de masquer le compteur de likes pendant les diffusions en direct, comme sur d'Instagram, afin que ce chiffre ne devienne pas une fin en soi, mais reste un moyen d'expression. » Il évoque aussi le rétablissement d'une symétrie de visibilité et de relations en ligne plus durables (cr12a).
Le point le plus discuté : la réputation et l'anonymat. Il met en débat deux options, l'une restreignant la création de nouveaux comptes ou pseudonymes, l'autre plus radicale : « Il s'agirait, par exemple, de contraindre un individu à apparaître sur une plateforme comme TikTok sous son véritable nom, à l'image du système de vérification mis en place sur LinkedIn. » Il assortit immédiatement cette piste d'une réserve explicite sur le droit à l'anonymat et la protection des données, et d'une mise à distance personnelle : « En tant que scientifique, je les présente comme des options à débattre, sans nécessairement les soutenir en tant que citoyen. » Sur ce point, Shanley Clemot McLaren exprime dans la même table ronde une position divergente, estimant que l'anonymat n'est plus l'enjeu principal (cr12a).
Sur la capacité d'agir de la puissance publique. Répondant au sentiment d'impuissance exprimé dans les échanges, il retourne l'argument : « L'hypothèse d'interdire TikTok aux mineurs a bien été évoquée, ce qui témoigne d'une capacité à agir de manière contraignante sur l'accès à la plateforme. » Il en déduit que des mesures plus ciblées — désactivation du compteur de visibilité, révision d'une partie de l'architecture algorithmique — sont a fortiori envisageables. Il ajoute que le besoin d'audience n'est pas un besoin naturel mais une construction sociale façonnée par les médias, et décrit enfin TikTok comme un lieu de « choc culturel » mettant en contact des groupes (féministes et masculinistes, notamment) qui ne se seraient guère croisés hors ligne (cr12a).
Sources
- theses.fr — notice personne Tristan Duverné : https://theses.fr/api/v1/personnes/recherche/?q=Tristan%20Duverné
- theses.fr — notice de thèse s371205 : https://theses.fr/s371205
- HAL (archive ouverte) — publications de Tristan Duverné : https://api.archives-ouvertes.fr/search/?q=authFullName_t:%22Tristan%20Duverné%22&fl=title_s,authFullName_s,labStructName_s,producedDate_s,docType_s,uri_s,journalTitle_s&rows=30&wt=json
- HAL — Les influenceuses beauté et leur cour : les mécanismes du prestige sur Instagram : https://hal.science/hal-05066260v1
- HAL — Le public comme produit. La mise en marché des communautés d'influenceur·ses par les agences de communication : https://hal.science/hal-05614796v1
- HAL — Convertir aux "bonnes mesures" du corps : https://shs.hal.science/halshs-05614059v1
- HAL/Inria — Effect of Social Settings on Proxemics During Social Interactions in Real and Virtual Conditions : https://hal.science/hal-03103716v1