La part du citoyenTikTok et les mineurs

24 juin 2025 · réunion n°30

Audition — le Lieutenant-Colonel Cyril Colliou, chef par intérim de l’Office mineurs (Ofmin), Mme Agathe Boudin, commandant de police, cheffe par intérim du pôle stratégie, et Mme Typhaine Desbordes, cheffe du bureau des partenariats et de la communication

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Qui est auditionné

L'audition porte officiellement sur une délégation de l'Office mineurs (Ofmin), service créé par décret du 29 août 2023 et rattaché à la direction nationale de la police judiciaire : le lieutenant-colonel Cyril Colliou, chef par intérim, Mme Agathe Boudin, commandante de police et cheffe par intérim du pôle stratégie, et Mme Typhaine Desbordes, cheffe du bureau des partenariats et de la communication. Les trois prêtent serment, mais le compte rendu ne fait apparaître qu'un seul intervenant : le lieutenant-colonel Colliou. Toutes les déclarations restituées ci-dessous lui sont donc attribuées.

Le profil éclaire l'angle : l'Ofmin est un service d'enquête judiciaire spécialisé dans les violences faites aux mineurs, dont l'activité dépend très largement de ce que les plateformes détectent et signalent. Son regard sur TikTok est donc celui d'un « client » de la modération, non celui d'un chercheur en santé mentale ni d'un régulateur.

La substance

Volumes et dépendance aux plateformes. Selon Colliou, l'unité de renseignement criminel de l'office a reçu « 170 000 signalements, soit 465 par jour en moyenne, dont 164 516 provenant de la détection effectuée par les plateformes du numérique elles-mêmes » en 2024, transmis via la fondation américaine NCMEC ; 270 enquêtes ont été ouvertes et environ 300 signalements transmis aux services territoriaux. Il rappelle par ailleurs (chiffres attribués à l'Ofmin et à la Ciivise) que « nous recevons seulement 65 000 plaintes alors que la Ciivise recense 160 000 victimes de violences sexuelles par an ».

Le jugement sur TikTok, en deux temps. À décharge : « Certes, cette dernière collabore, développe une action en matière de protection des mineurs et transmet ses signalements au NCMEC qui nous les adresse » ; la plateforme « répond assez rapidement aux réquisitions ». À charge : là où Meta réalise selon lui « des progrès considérables », TikTok resterait en deçà des standards. Chiffres avancés : 4 432 signalements en 2023, 6 039 en 2024, 17 589 au 16 juin 2025 — une « explosion » du volume, mais un traitement opérationnel « assez résiduel » faute de qualité, avec « beaucoup […] de faux positifs » et des éléments d'identification « pas consolidés ».

Les trois angles morts pointés. Le phénomène « émoji pizza » (CP pour cheese pizza / child pornography), signalé massivement par des internautes à Pharos mais « très peu signalé par TikTok ». Le « zizi challenge » et le « challenge maillot », bloqués et signalés par YouTube mais quasi invisibles côté TikTok. Enfin la sextorsion et les messages suicidaires de mineurs, remontés par Pharos mais jamais par la plateforme.

Prospective et cadre juridique. Colliou alerte sur les contenus pédocriminels générés par IA (« l'IA peut rapidement faire exploser le volume ») et sur la fin, en avril 2026, des dérogations de la directive e-privacy : « Si aucun règlement définitif ne vient la remplacer pour enjoindre aux plateformes de détecter ces contenus, nous risquons de devenir aveugles ». Il plaide pour renforcer la responsabilité des plateformes sur l'hébergement et la diffusion.

Moyens, parents, âge. L'office comptera 58 personnels à la rentrée de septembre 2026 pour 85 prévus : « nous avons parfois le sentiment de vider la mer avec une petite cuillère ». Il insiste sur la responsabilité parentale — « à l'âge de 13 ans, un enfant a en moyenne 1 300 photos de lui en circulation sur les réseaux » — et sur le contournement du seuil légal : « nombre d'enfants de moins de 15 ans y accèdent en totale autonomie ».

Les enjeux

L'audition est dépourvue de confrontation : le président Delaporte remercie l'office (« Merci pour ce que vous faites »), et les relances de la rapporteure Laure Miller (« Avez-vous le sentiment que les plateformes jouent le jeu ? », renvoi vers OnlyFans ou Mym) sont des demandes de documentation, non des mises en cause. Deux limites sont assumées par l'audité : l'absence de statistiques ventilées, malgré l'insistance de Delaporte (« Ne disposez-vous d'aucune ventilation plus précise ? »), et un refus explicite de se prononcer hors de son champ, sur l'évolution du droit pour les majeurs : « Chacune et chacun d'entre vous a la réponse politique à cette question. »

Le point sensible est méthodologique : le raisonnement repose sur une absence de signalements. Colliou l'assume différemment selon les sujets — prudence sur les challenges (« Je ne peux pas affirmer que cela traduit un problème de modération, mais la situation permet légitimement de le penser »), affirmation tranchée sur la sextorsion (« Nous pouvons donc affirmer qu'il existe un véritable problème de modération et de détection »). De même, les effets psychologiques décrits sont présentés comme une « hypothèse » tirée des dossiers de l'office, non comme un résultat établi.

Ce que l'audition apporte

Un éclairage policier et chiffré sur la chaîne de détection, avec une comparaison inter-plateformes documentée qui distingue coopération formelle et qualité effective des signalements. Elle pointe une responsabilité partagée — plateformes, parents, cadre européen — et défend une doctrine : sans détection volontaire consolidée par les plateformes, la réponse judiciaire devient structurellement aveugle.