Matthieu Pigasse
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Matthieu Pigasse, ne le 25 mai 1968 a Clichy et eleve en Normandie (son pere, Jean-Daniel Pigasse, etait journaliste a La Manche libre), est un banquier d'affaires, investisseur et patron de presse francais. Diplome de Sciences Po Paris (1990) et de l'ENA (promotion 1994), il debute comme administrateur civil a la direction du Tresor, ou il est charge de la gestion de la dette et de la tresorerie de l'Etat. De 1998 a 1999, il est conseiller charge des affaires financieres et industrielles au cabinet de Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Economie.
Il rejoint la banque d'affaires Lazard en 2002, ou il devient responsable mondial du conseil aux Etats souverains (restructurations de dettes : Irak, Equateur, Argentine, Grece, Chypre), PDG de Lazard France (2009), vice-president de Lazard Europe (2011) puis responsable mondial des fusions-acquisitions (2015). Il quitte Lazard fin 2019 pour co-diriger le bureau parisien de la banque americaine Centerview Partners, ouvert en avril 2020.
En parallele, il batit un pole medias et culture. Via sa holding personnelle LNEI (Les Nouvelles Editions independantes), rebaptisee Combat en 2021, il rachete Les Inrockuptibles (2009) et Radio Nova (2015), et developpe des festivals (Rock en Seine, We Love Green, Golden Coast). En 2010, il prend le controle du groupe Le Monde avec Xavier Niel et Pierre Berge (le groupe possede aussi L'Obs). En 2016, il co-fonde avec Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton le groupe de production audiovisuelle Mediawan, dont il reste actionnaire de reference. Politiquement classe a gauche (il a soutenu Jean-Luc Melenchon en 2017 et le Nouveau Front populaire en 2024), il est parfois qualifie dans la presse de « Bollore de gauche ». Au moment de l'audition, il se presente comme actionnaire de Mediawan et president de Combat Media.
Dans la commission
Audite (M. Xavier Niel, 83 interventions), Matthieu Pigasse tient une double ligne : defense de l'audiovisuel public et contestation frontale de la methode du rapporteur. Sur le fond, il pose d'emblee un principe : « je considere qu'affaiblir l'audiovisuel public, c'est affaiblir la democratie » (M. Xavier Niel). Sur la forme, il attaque la conduite de la commission — « une commission d'enquete [...] c'est evidemment un instrument puissant et tres legitime, mais dont la legitimite repose notamment sur la retenue, la rigueur et la neutralite de ceux qui la menent » — et accuse le rapporteur de la detourner : « Je m'etonne [...] qu'un rapporteur de commission d'enquete puisse utiliser une commission d'enquete [...] comme un outil de combat ideologique » (M. Xavier Niel).
Sur Mediawan et la question du controle etranger (le capital est detenu par le fonds americain KKR), il defend une distinction juridique : « Xavier Niel, Pierre-Antoine Capton et moi-meme, nous ne detenons pas la majorite de Mediawan mais nous le controlons », car « ce qui fonde la nationalite d'une entreprise, ce n'est pas son capital [...] ce sont ses droits de vote et c'est donc le controle de la societe » (M. Xavier Niel). Il minimise le risque de concentration : « A moins de 25 % de parts de marche, il n'y a aucun risque de concentration. Je rappelle que notre part de marche est de 11 % », tout en revendiquant l'echelle du groupe, « une espece d'Airbus de la production » (M. Xavier Niel). Sur l'independance editoriale, il separe producteur et media et actionnaire et dirigeant — « il y a une difference fondamentale entre actionnaires et dirigeants » — et repond a la mise en cause d'une animatrice en precisant que « Caroline Roux n'est pas salariee de Mediawan [...] elle est salariee de France Televisions » (M. Xavier Niel).
Il assume enfin un positionnement de bataille culturelle revendiquee et transparente : « Vincent Bollore ne le dit pas, mais le fait ; M. Sterin le fait mais se cache fiscalement en Belgique ; moi, je dis ce que je fais et je fais ce que je dis » (M. Xavier Niel). Sur le financement, il propose de taxer les ultrariches — « il suffirait de mettre en place une taxation sur les ultrariches, comme la taxe Zucman, avec un taux de 0,2 % : vous avez 4 milliards d'euros et vous avez de quoi financer l'audiovisuel public ! » — et rappelle que la France est « au quatorzieme rang de l'Union europeenne en cout par habitant [...] sous la mediane europeenne » (M. Xavier Niel). Sur le pluralisme, il distingue public et prive (« le pluralisme interne [...] doit etre la regle pour l'audiovisuel public, mais pas necessairement sur [...] les medias prives : c'est alors le pluralisme externe qui importe »), se dit « contre le cordon sanitaire », et justifie son soutien public a un chroniqueur, Merwane Benlazar, « intervenu a la suite de la campagne de haine raciste et islamophobe dont il a fait l'objet » (M. Xavier Niel).
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Matthieu_Pigasse
- https://en.wikipedia.org/wiki/Matthieu_Pigasse
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Combat_(entreprise)
- https://www.ojim.fr/portraits/matthieu-pigasse/
- https://www.wikimanche.fr/Matthieu_Pigasse