Michèle Cotta
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Michèle Cotta, née le 15 juin 1937 à Nice, est une journaliste politique française, docteure en sciences politiques (élève de René Rémond). Fille de Jacques Cotta, ancien maire de Nice, elle débute dans la presse à la fin des années 1950 (pigiste à Combat), puis est recrutée à L'Express en 1963 par Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber, où elle se spécialise dans l'interview et la chronique politiques. Elle est ensuite chef du service politique de Le Point (1977-1980) et chroniqueuse à France Inter, avant de devenir rédactrice en chef de RTL en 1980.
Elle passe alors à la direction de l'audiovisuel public : nommée présidente de Radio France en 1981 (sous le gouvernement Mauroy, avec l'accord de François Mitterrand), elle devient en 1982 la première présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), créée par la loi Fillioud — première autorité de régulation indépendante de l'audiovisuel, ancêtre du CSA puis de l'Arcom. Elle occupe cette fonction jusqu'en 1986, écartée lors de la première cohabitation (l'anecdote « Poussinette, tu gicles » attribuée à Jacques Chirac, qu'elle rapporte dans son audition, renvoie à cette période).
Elle poursuit ensuite dans le privé et le public : directrice de l'information de TF1 privatisée (1987-1992), animatrice de débats présidentiels, puis directrice générale de France 2 (à la fin des années 1990 / vers 1999-2000). Elle a présidé le Comité d'histoire de la télévision, enseigné à Sciences Po, et fut en 1983 la première femme admise au club Le Siècle. Autrice d'une vingtaine d'ouvrages sur la vie politique française, elle est notamment connue pour sa série Les cahiers secrets de la Ve République. Nommée à ses grandes fonctions par des gouvernements de gauche, elle reste une figure d'observatrice de la vie politique plutôt qu'une militante affichée.
Dans la commission
Auditionnée (Mme Michèle Cotta, 19 interventions), Michèle Cotta témoigne en vétérane de l'audiovisuel public et de sa régulation. Sa thèse centrale est un attachement de principe au service public généraliste : « Je crois au service public. Je crois qu'il faut un service public en France, ce qui signifie un service pour tous les publics et pour tous les genres de télévision. » (Mme Michèle Cotta) — un service qui réunit information, magazines, documentaires, fiction, variétés et culture, sans se calquer sur une cible publicitaire.
Ses positions clés, appuyées sur le dossier :
- Pluralisme et crainte du communautarisme : elle défend un équilibre interne de l'information, y compris sur les chaînes privées, « dans le seul but d'éviter de créer des télévisions communautaires. J'ai très peur des télévisions communautaires. » (Mme Michèle Cotta)
- Comptage des temps de parole : elle juge la règle des trois tiers arithmétique et imparfaite mais indispensable — « c'est comme la démocratie de Churchill : c'est le moins mauvais système ! » (Mme Michèle Cotta)
- Régulation et pouvoir : à partir de son expérience de la Haute Autorité, elle décrit une régulation qui compose avec le pouvoir sans s'y soumettre — « s'il y a un feu rouge, il ne faut pas le faire ; à nous de donner les feux verts. » (Mme Michèle Cotta) — et estime que l'Arcom a bien évolué.
- Gouvernance et nominations : elle doute qu'une nomination des dirigeants par le conseil d'administration règle quoi que ce soit — « Cela ne ferait que déplacer le problème : il faudrait savoir qui choisit les membres du conseil d'administration ! » (Mme Michèle Cotta) — et ne se choque pas d'une nomination « à partir du moment où c'est l'autorité de régulation qui la formule ». (Mme Michèle Cotta)
- Conflits d'intérêts et traitement des femmes : elle défend la proximité entre journalistes et politiques comme constitutive du métier — « je pense que c'est dans une liberté de circulation entre les hommes politiques et les journalistes que se fait le journalisme » (Mme Michèle Cotta) — et dénonce l'inégalité de traitement imposée aux femmes journalistes : « je n'ai jamais vu un homme qui est un grand professionnel s'en aller parce que sa femme était au gouvernement » (Mme Michèle Cotta).
- Carte de presse à la tête de l'information : elle relativise la polémique visant un superviseur sans carte de presse — « La présidente non plus n'a pas de carte de presse ! » (Mme Michèle Cotta)
L'ensemble dessine la ligne d'une professionnelle expérimentée, pro-service public, pragmatique sur la régulation (imperfection assumée « faute de mieux ») et sensible aux pressions politiques dont elle a fait l'expérience directe (« Lorsque Jacques Chirac m'a dit très exactement, à sa manière, "Poussinette, tu gicles", je m'y attendais. », Mme Michèle Cotta).
Sources
- https://en.wikipedia.org/wiki/Mich%C3%A8le_Cotta
- https://www.ojim.fr/portraits/michele-cotta/
- https://www.radiofrance.com/michele-cotta-de-juillet-1981-septembre-1982
- https://entretiens.ina.fr/entretien/618/michele-cotta-2