La part du citoyenAudiovisuel public

18 décembre 2025 · réunion n°13

Audition, ouverte à la presse, de M. Patrick Cohen, journaliste

PCPatrick Cohen

Qui est auditionné

Patrick Cohen, journaliste depuis près de quarante ans, est entendu le 18 décembre 2025 (troisième audition de la journée) au titre de sa double activité en cours dans l'audiovisuel public : éditorialiste le matin sur France Inter (Radio France) et chroniqueur le soir dans « C à vous » sur France 5 (produite par Mediawan). La séance est présidée par Jérémie Patrier-Leitus (HOR), corapporteur, avec Virginie Duby-Muller, de la réforme de l'audiovisuel public ; le rapporteur est Charles Alloncle (UDR). Le président cadre d'emblée : « vous n'êtes pas ici dans un tribunal (…) certainement pas pour vous jeter en pâture. »

La substance

L'audition est dominée par « l'affaire Legrand-Cohen » : une vidéo captée à son insu le 7 juillet 2025 par le média L'Incorrect, où Thomas Legrand déclare, devant deux cadres du PS, « on fait ce qu'il faut pour Dati, Patrick et moi ». Cohen ne conteste pas la matérialité des propos mais leur mise en scène. Il y voit « pire qu'un montage : (…) une falsification », une extraction de quelques dizaines de secondes d'un échange d'« une heure et demie », la coupe finale masquant sa propre réaction. Il invoque le droit à la vie privée (article 9 du code civil, article 12 de la Déclaration universelle) et dénonce, selon lui, une « opération de propagande sans limite » des médias du groupe Bolloré : il avance « 853 séquences » sur CNews en deux semaines, la vidéo « 181 fois » en trois jours, et parle d'« espionnage déguisé en journalisme » et de « méthodes de barbouzes » (chiffres et qualifications qui lui sont propres, non vérifiés par la commission). Il refuse à cinq reprises de condamner les propos de Legrand : « je n'ai aucun doute sur les intentions et l'esprit de Thomas Legrand. »

Sur le fond du métier, Cohen expose une doctrine : « je ne suis pas neutre (…), mais je ne suis pas partisan, et ne pas être partisan, c'est (…) la définition de l'impartialité » ; et, plus singulièrement, « mon métier n'est pas de donner mes opinions et encore moins (…) d'avoir des opinions ». Sur la gouvernance, après avoir cru à la fusion pour « résister », il défend la spécificité de la radio publique contre la holding : « Nous avons un trésor qu'il ne faut pas dissoudre. »

Les enjeux et confrontations

L'audition tourne au duel avec le rapporteur, qui pose sa thèse — « une rencontre à caractère politique visant (…) à désavantager une candidate aux élections municipales » — et accumule les pièces : constat d'huissier du 16 septembre, contradiction supposée avec les caméras cachées de Lucet/Waleckx ou l'enregistrement de Wauquiez, édito sur Crépol, interview au Point de 2012, rappel du délit de parjure, refus de communiquer la rémunération. Cohen esquive certaines questions et retourne l'accusation (citant Sébastien Chenu du RN condamnant l'usage de propos privés dans l'« affaire Brigitte Macron »).

Fait notable : le président désavoue en séance la méthode de son propre rapporteur — « vous n'avez pas le pouvoir de contrôler sur pièces et sur place un constat d'huissier » — et dit n'en avoir pas eu connaissance. Erwan Balanant (DEM) y voit « une faute grave » ; Sophie Taillé-Polian (EcoS) réclame une réunion en urgence du bureau. Les groupes se divisent : le RN (Sicard : « vous êtes payé pour informer, pas pour rééduquer » ; Parmentier, Ballard) sur la collusion, l'« abonnée contrainte » et la rémunération ; la gauche (Maurel : « une microscopique affaire » ; Hadizadeh : « procès maccarthyste au rabais » ; Saintoul : « L'audiovisuel public n'a pas à être neutre » ; Soudais, Abomangoli) dénonçant un procès personnel et un agenda de privatisation ; la DR (Ceccoli défendant le droit du rapporteur ; Duby-Muller posant la question déontologique de fond).

Ce que l'audition apporte

Au dossier de la commission, l'audition livre moins des faits établis qu'une exposition frontale des lignes de fracture : sur le sens même du mot « neutralité » de l'intitulé, sur la légitimité de contrôler les propos privés d'un journaliste, et sur les pouvoirs et la méthode du rapporteur — contestés jusque dans la majorité de la commission. Elle verse un élément factuel avéré (le rappel à la loi de l'Arcom sur l'édito Crépol, propos « dénués de précautions oratoires » et « énoncés sur un mode déclaratif »), une concession de Cohen (« j'aurais dû être plus prudent ») et deux blocages assumés : le refus de condamner Legrand et le refus de dévoiler sa rémunération — « Parce que c'est mon droit, Monsieur le rapporteur. » Les accusations de « falsification », de « propagande » et de « collusion » restent, de part et d'autre, des affirmations attribuées, non tranchées, plusieurs procédures judiciaires étant en cours.