La part du citoyenAudiovisuel public

3 février 2026 · réunion n°25

Audition, ouverte à la presse, de représentants de la société des journalistes de France Télévisions : M. Valéry Lerouge, président de la SDJ France TV rédaction nationale, M. Alexandre Peyrout, membre du bureau de la SDJ France TV rédaction nationale, M. Christophe Gascard, président de la SDJ France Info TV, et M. Pierre Godon, président de France Info numérique

VLValéry LerougeAPAlexandre PeyroutCGChristophe GascardPGPierre Godon

Qui est auditionné

Table ronde des sociétés de journalistes (SDJ) de France Télévisions, sous la présidence de Mme Sophie Mette (vice-présidente de la commission), le rapporteur Charles Alloncle (UDR) menant l'essentiel des questions. Quatre représentants prêtent serment : Valéry Lerouge, président de la SDJ de la rédaction nationale (ancien grand reporter, correspondant à Bruxelles) ; Alexandre Peyrout, membre du bureau, journaliste politique ; Christophe Gascard, président de la SDJ de France Info TV, passé par TF1 ; Pierre Godon, président de France Info numérique. Ils rappellent que les SDJ sont des associations loi 1901 dont l'objet porte « exclusivement sur l'éditorial et les contenus de l'information », à la différence des syndicats (salaires, RH, conditions de travail) : leur mission est « d'être des vigies et de veiller à l'indépendance éditoriale de nos rédactions ». Une quatrième SDJ, celle de France 3, n'est pas représentée.

La substance

La thèse centrale est celle de l'indépendance éditoriale. Interrogés sur d'éventuelles pressions, les représentants affirment n'en avoir jamais reçu : Gascard assure n'avoir « jamais reçu une seule injonction de quelque nature que ce soit, sur aucun sujet, de la part de qui que ce soit » ; Lerouge décrit la fabrication d'un JT comme « un processus assez collégial » (conférences deux fois par jour), présenté comme garde-fou.

Ils opposent la logique de mission du service public à la logique d'audience du privé. Chiffres avancés : un « 20 heures » de 51 minutes, « 30 % plus long que celui de TF1 » ; huit bureaux à l'étranger (environ 8 M€/an) quand « TF1 a fait le choix de fermer tous ses bureaux » ; des magazines d'investigation produits en interne. Face aux écarts d'audience (France Info sous 1 % de part d'audience, contre le double pour LCI), Gascard répond que « l'audience ne peut pas et ne doit pas être le seul critère », citant une chaîne trois fois plus jeune que LCI, une hausse de 36 % (6,8 millions de téléspectateurs) et une confiance Ifop 2025 « d'environ 70 % » contre « environ 50 % » pour les chaînes privées. Sur le budget, ils revendiquent une gestion « à l'euro près » et redoutent les restrictions de 2025-2026 (revente de droits du rugby, incertitude sur des émissions).

Les enjeux et confrontations

L'audition est un interrogatoire serré du rapporteur, qui cherche à établir un déficit de neutralité perçue (il cite un sondage CSA de novembre 2025 où « 60 % des Français » jugent le service public non impartial). Il enchaîne les cas : la tribune « front commun contre l'extrême droite » de juin 2024 (signée par la SDJ France 3, que Lerouge dit « plus politisée », mais non par la rédaction nationale : « Nous n'avons pas à appeler à faire front contre un parti ») ; la convention avec l'association L'Autre Cercle, qu'il accuse de mener « un combat politique contre les formations politiques de droite nationale » — Gascard, se déclarant homosexuel, la défend comme outil d'inclusion signé aussi par TF1 et plusieurs services publics ; la politique de diversité et les « hommes blancs de plus de 50 ans » ; les propos de M. Bornstein sur Éric Zemmour.

Plusieurs de ces attaques sont contestées par les députés eux-mêmes : Jérémie Iordanoff (EcoS) reproche au rapporteur de se faire « le défenseur de M. Zemmour, de l'extrême-droite » ; Balanant (DEM) et Hadizadeh (SOC) réorientent le débat vers l'utilité démocratique et l'IA. Face aux questions RH, salaires, programmes ou externalisation (France 5), les représentants renvoient régulièrement « hors périmètre SDJ ».

Le point de tension majeur est l'affaire du Complément d'enquête sur CNews : le rapporteur oppose la dénégation de toute consigne à la coupe d'« une minute quinze » décidée, selon Ernotte et Tardieu, « dans un couloir ». Lerouge requalifie l'épisode — « ça n'a pas du tout été une consigne […] ça a été un dialogue dans l'urgence » — mais concède, fait notable : « Manifestement, non : il n'aurait sans doute pas fallu toucher au reportage. »

Ce que l'audition apporte

Elle verse au dossier le point de vue des journalistes de terrain sur l'indépendance éditoriale, sous forme de dénégations catégoriques mais non étayées par des pièces. Elle documente une concession rare (l'aveu Lerouge sur CNews) et la bataille de qualification « injonction / conseil / dialogue » — également présente sur la non-divulgation des salaires (« Il n'y a pas eu d'injonction, il y a eu un conseil »). Elle expose la polarisation de la commission (rapporteur UDR contre députés de gauche et du centre), le retournement de l'accusation de privatisation via l'externalisation à Mediawan et Together (chiffre et propos syndicaux FO avancés par le rapporteur), et les réserves « dubitatives » des SDJ sur le directeur de l'information unique de la future holding, la pluralité des rédactions étant présentée comme garantie du pluralisme.