La part du citoyenAudiovisuel public

11 février 2026 · réunion n°32

Audition, ouverte à la presse, de représentants des syndicats de Radio France : M. Lionel Thompson (CGT Radio France), M. Renaud Dalmar (délégué syndical central CFDT), M. Matthieu Gandon (secrétaire national adjoint FO Radio France), M. Matthieu Darriet (délégué syndical central au SNJ), M. Benoît Gaspard (délégué syndical central Sud Radio France), Mme Christine Zazial (UNSA), et des représentants de la Société des journalistes (SDJ) de Radio France : Mme Corinne Audouin, présidente, M. Alexis Morel, secrétaire général, et M. Léo Corcos, vice-président

LTLionel ThompsonRDRenaud DalmarMGMatthieu GandonMDMatthieu DarrietBGBenoît GaspardCZChristine ZazialCACorinne AudouinAMAlexis MorelLCLéo Corcos

Qui est auditionné

Le 11 février 2026, la commission d'enquête entend conjointement, sous serment, les six organisations syndicales de Radio France — CGT (Lionel Thompson, arrivée en tête au CSE de 2023), Sud (Benoît Gaspard), Unsa (Christine Zazial), CFDT (Renaud Dalmar), SNJ (Matthieu Darriet), FO (Matthieu Gandon) — et la Société des journalistes (SDJ), qui n'est pas un syndicat mais « la voix collective des journalistes » : Corinne Audouin (présidente), Alexis Morel (secrétaire général) et Léo Corcos (vice-président). La séance est présidée par la vice-présidente Céline Calvez ; le rapporteur Charles Alloncle (UDR) mène l'essentiel de l'interrogatoire. Les auditionnés parlent au nom des salariés et défendent l'entreprise ; ils viennent aussi « couper court » à ce qu'ils décrivent comme des auditions « menées à charge ».

La substance

Thèse centrale, martelée par tous : Radio France est une entreprise saine qu'une « remise en cause permanente » cherche à faire passer pour malade. Les intervenants récusent le vocabulaire de la commission — « à la notion de neutralité, nous préférons celle de pluralisme » (Thompson) ; Darriet lui oppose « l'honnêteté intellectuelle, plus que la neutralité, qui restera pour nous une utopie inatteignable ». Ils défendent une production « 100 % en interne » (150 métiers, plus de 5 000 collaborateurs), avancent 15 millions d'auditeurs quotidiens, plus de 2 milliards d'écoutes de podcasts en 2025, 93,5 millions de visites sur le réseau Ici en janvier 2026 (+80 %). Sur le financement, ils désignent « le véritable problème » : la fraction de TVA, « qui expose à des coupes incessantes », d'où la demande d'« un financement spécifique, dédié, progressif et dynamique » (dépendance à 87 % à la dotation de l'État, 120 millions d'économies en dix ans). Ils s'opposent unanimement à la holding — « pour la CFDT, le média global n'existe pas. C'est un leurre ou un fantasme » (Dalmar). Sur le cadre social, ils contestent le rapport de la Cour des comptes (14 octobre 2024) : les « quatorze semaines » ne sont pas des congés mais la compensation de semaines de 40 h, du travail de nuit, des dimanches et jours fériés non majorés ; RTT et congés payés y seraient confondus.

Les enjeux et confrontations

Le rapporteur conduit un interrogatoire à charge sur trois fronts. La déontologie : il pose un « deux poids, deux mesures » entre Thomas Legrand (soutenu, « on fait ce qu'il faut pour Dati ») et Jean-François Achilli (licencié, soupçon de relecture d'un livre de Jordan Bardella). Les auditionnés distinguent — Achilli « a été licencié : il n'avait pas demandé l'autorisation » (Darriet) de collaboration extérieure ; Legrand relève d'une « vidéo volée », hors antenne, « alors que le contradictoire n'a pas été assuré » (Thompson). Le coût : 54 chaînes publiques pour « un peu plus de 4 milliards d'euros », opposés au patrimoine (« 70 000 monuments menacés ») ; réponse de Thompson : « si vous trouvez que l'information et la culture coûtent cher, essayez l'ignorance ! ». Le pluralisme : Alloncle cite l'Arcom (européennes 2024 : 24 % de temps de parole à la droite nationale sur France Culture, contre 33-36 % sur les chaînes privées, 37 % dans les urnes) et interroge le « cordon sanitaire » belge ; Audouin oppose que « l'équilibre, ce n'est pas cinq minutes pour Pythagore et cinq minutes pour les platistes ».

L'audition est traversée d'incidents. Un vif accrochage oppose le rapporteur à la présidente sur son temps de parole ; Calvez finit par lui lancer « fais un tweet si tu veux, si ça t'amuse » ; le rapporteur quitte brièvement la salle et proteste ensuite : « Je n'ai pu poser que six questions ! ». Des députés (Balanant, Hadizadeh, Hervieu) dénoncent des questions « d'accusation plutôt que d'enquête ». Deux esquives assumées : les auditionnés refusent de commenter le cas d'une journaliste de France Télévisions, et Dalmar, à qui le rapporteur exhibe d'anciens retweets pro-NFP, répond « je ne répondrai donc pas à votre question ».

Ce que l'audition apporte

Elle documente la doctrine des personnels : pluralisme et honnêteté plutôt que neutralité, refus de la holding, financement dédié comme seule vraie réforme. Elle établit leur ligne de défense sociale (réfutation méthodique des chiffres de la Cour, sous serment Darriet maintenant que c'est « juste une erreur ») et la thèse d'une « campagne » venue de « l'extrême droite et des médias Bolloré » (Thompson), à « conséquences » physiques (agressions à Ici Touraine). Surtout, elle rend visible la fracture interne à la commission : la mise en cause publique de la méthode du rapporteur par la présidence et plusieurs groupes devient, autant que le fond, l'objet de la séance. Les auditionnés rappellent enfin qu'ils n'ont « aucun pouvoir de cogestion » sur les nominations — « Notre seul pouvoir est celui de parler » (Audouin).