Qui est auditionné
Audition conjointe, ouverte à la presse, de M. Hugo Clément — journaliste, présentateur et producteur, fondateur avec Régis Lamanna-Rodat de la société Winter Productions (« une soixantaine de salariés permanents », « entre 200 et 300 fiches de paie par mois ») qui produit « Sur le front » (France 5) et « Quelle époque ! », et cofondateur du média en ligne Vakita (2022) — et de M. Samuel Étienne, ex-salarié de France Télévisions (dix-sept ans de CDI), aujourd'hui créateur de contenus sur Twitch (« La Matinée Étienne ») et toujours animateur de « Questions pour un champion » via la société Fremantle. Ils sont entendus, sous serment, comme figures de l'audiovisuel public au statut hybride : Clément producteur-prestataire non salarié, Étienne prestataire à la semaine. Le fil directeur est la conciliation entre les obligations d'impartialité et de pluralisme de la loi de 1986 (loi Léotard) et leur liberté d'expression personnelle.
La substance
Clément revendique une méthode d'enquête longue, sourcée, « sans idée préconçue », dont les émissions sont « visionnées par des experts indépendants » avant diffusion ; il souligne n'avoir jamais été « condamné sur le fond ». Il fonde sa liberté de parole sur son statut : « je ne suis pas salarié du service public [...] Je suis libre, je dis ce que je veux ». Il distingue ses productions FTV (impartiales) de son expression citoyenne (pesticides, loi Duplomb, élevage intensif), mais refuse la scission compte privé/public — « les gens ne sont pas dupes, nous sommes une seule et même personne » — et propose une conception de l'impartialité fondée sur le consensus scientifique : « l'impartialité ne consiste pas à accorder cinq minutes aux climatosceptiques et cinq minutes aux scientifiques ». Étienne, lui, récuse le concept fondateur de la commission : « je crois bien davantage au concept d'honnêteté qu'à celui de neutralité », et recadre l'enjeu sur la survie des médias face aux plateformes américaines et chinoises — « au bout du compte, la question posée est bien celle de la souveraineté ».
Les enjeux et confrontations
Le rapporteur Charles Alloncle (UDR) conduit un interrogatoire à charge, avec reproches précis : rappel à la loi de l'Arcom pour n'avoir pas étiqueté l'invité Raphaël Pitti (candidat NFP) dans « Quelle époque ! » ; article du Dauphiné libéré où des glaciologues accusent Clément de « sensationnalisme et de complotisme » ; frais de « Sur le front » (« une centaine de milliers d'euros » d'avion dont « 16 000 euros de vols internes », taxis parisiens « treize fois supérieurs au montant validé au devis, soit une augmentation de 1 200 % ») ; qualification par F.-X. Bellamy d'« agent de désinformation » ; partenariat Konbini/L214. Clément répond point par point (le consensus scientifique lui donnerait raison, l'avion « ne se rend pas au Ghana à vélo », L214 n'a versé « aucune rémunération »), assume son style et récuse la « course à la pureté ». Il esquive en revanche sur Mediawan, concurrent et actionnaire minoritaire de Vakita visé par des « soupçons de détention capitalistique américaine » (KKR) : « Je ne ferai aucun commentaire [...] sur la stratégie [...] de mes concurrents. »
Le président Patrier-Leitus ouvre en dénonçant l'insulte « facho pseudo-écolo » adressée à Clément par la députée Nadège Abomangoli (LFI), membre de la commission. Il presse ensuite Clément sur son compte X estampillé « Sur le front » où il prend position sur la loi Duplomb, y voyant une « confusion [...] qui finit par abîmer, voire dévoyer, le débat démocratique », et l'interroge sur l'intérêt d'un statut salarié unique (à l'exemple d'Élise Lucet). Clément renvoie chaque fois à la loi : « nous respecterons la loi ». Attaque symétrique venue de la gauche : Ersilia Soudais (LFI) lui impute « une responsabilité morale dans la montée de l'extrême droite » pour ses débats avec Bardella et Rachline ; il oppose que « le débat [...] est toujours préférable à la violence ».
L'audition bascule sur le cas Étienne : contrats de sponsoring FTV de sa chaîne Twitch (« trente-deux émissions », janvier-décembre 2023) alors qu'il était salarié à plein temps, puis départ (rupture conventionnelle, mars 2025, « indemnités minimales légales ») suivi de la poursuite de l'émission via Fremantle. Le président y voit un montage « susceptible de s'apparenter à un prêt de main-d'œuvre illicite, à un licenciement abusif, voire à un salariat déguisé », une « ubérisation », susceptible d'un signalement au titre de l'article 40 — responsabilité imputée à France Télévisions, non à Étienne.
Ce que l'audition apporte
Elle documente, pièces à l'appui, deux montages contractuels réels (prestation-production pour Clément, sponsoring puis rupture/Fremantle pour Étienne) et une décision d'instruction : saisir la PDG de France Télévisions, avec risque de signalement article 40. Elle expose aussi la fracture interne de la commission : Denis Masséglia (EPR), rapporteur du budget de l'audiovisuel public, prend ses distances avec la tonalité à charge, défend Étienne et « [s'interroge] sur la pertinence [...] de voter contre la publication de ce rapport ». Deux doctrines s'affrontent enfin — impartialité fondée sur le consensus scientifique (Clément), « honnêteté » assumée contre « neutralité » (Étienne) — face à la lecture du rapporteur, qui les tient pour des « positions militantes ».