La part du citoyenAudiovisuel public

25 mars 2026 · réunion n°50

Audition, ouverte à la presse, de la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC – Ministère de la culture) : Mme Florence Philbert, directrice générale, M. Sébastien Bakhouche, adjoint à la directrice générale, M. Ludovic Berthelot, chef du service des médias, et Mme Laure Leclerc, sous-directrice en charge de l’audiovisuel

FPFlorence PhilbertSBSébastien BakhoucheLBLudovic BerthelotLLLaure Leclerc

Qui est auditionné

Florence Philbert est directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) au ministère de la culture depuis octobre 2022. Ancienne de la direction du budget, de plusieurs cabinets ministériels et conseillère-maître à la Cour des comptes, elle représente l'État aux conseils d'administration de France Télévisions et de Radio France. Elle est entourée de son adjoint Sébastien Bakhouche, du chef du service des médias Ludovic Berthelot et de la sous-directrice de l'audiovisuel Laure Leclerc. La DGMIC est présentée comme l'administration de tutelle « atypique » des six sociétés de l'audiovisuel public — mais une tutelle dont l'auditionnée s'emploie à définir les strictes limites.

La substance

La thèse centrale de Philbert est que le rôle de la DGMIC est « essentiellement macro, budgétaire et financier ». La tutelle valide budgets et marchés au-delà de 10 M€ (15 M€ pour le sport), mais « [ne pratique] pas de micro-management » et n'a « aucun droit éditorial sur les contenus ». Cinq personnes seulement suivent l'audiovisuel public ; les contrats de travail et rémunérations individuelles relèvent du contrôle général économique et financier. L'indépendance est garantie par la Constitution et l'Arcom.

Sur les finances de France Télévisions, elle conteste frontalement le cadre du rapporteur : « je ne pense pas que l'on puisse qualifier la situation de France Télévisions de "faillite" ou de "quasi-faillite" ». Elle reconnaît un cumul de 81 M€ de résultats nets déficitaires (2017-2024) mais l'impute à des éléments exceptionnels — l'« échec industriel » de Salto (~57-60 M€) et la rupture conventionnelle collective de ~1 000 personnes (-12 % des effectifs, ~100 M€ cofinancés aux deux tiers par l'État). Hors ces éléments, le résultat d'exploitation serait équilibré ; le budget 2026 est voté à l'équilibre et la réduction de capital de 150 M€ est « strictement comptable ». Chiffres marquants avancés : masse salariale de FTV +2,5 % sur dix ans « contre 35 % » pour l'État, charges +6 % contre 40 % ; coût global de l'audiovisuel public de ~4 Md€, soit « 4,20 euros mensuels et par habitant », inférieur au Royaume-Uni (6 €) et à l'Allemagne (8,70 €). Sur la redevance supprimée en 2022 (assiette « obsolète »), le financement par fraction de TVA affectée « [protège] les entreprises des régulations budgétaires en cours d'année ». Elle assume la part variable de 98,5 % (~80 000 €) versée à Delphine Ernotte au titre de 2024 : critères atteints, vote à l'unanimité, et à la question de savoir si elle y était favorable, « Tout à fait ».

Les enjeux et confrontations

L'audition est un duel argumenté avec le rapporteur Charles Alloncle (UDR), qui bâtit un réquisitoire : capitaux propres fondus de 40 %, trésorerie négative, indemnités de licenciement élevées, salariés licenciés revenant en prestataires (cas Samuel Étienne), dotation publique en hausse (+136 M€ en valeur absolue) alors qu'Ernotte évoque 500 M€ d'économies, et calendrier suspect entre la reconduction d'Ernotte (mai 2025) et le rapport de la Cour (septembre 2025). Philbert répare pied à pied : Salto n'était « pas une aventure hasardeuse, mais un échec industriel » (l'État absent de sa gouvernance), la comparaison pertinente est l'État et non TF1/M6, et la Cour comme l'Arcom agissent « en toute indépendance ». Fait notable, le président Patrier-Leitus recadre lui-même le rapporteur : « Mme Philbert intervient devant nous en tant que fonctionnaire […] c'est quand même nous qui les votons ». Ses propres questions (indemnités > 3 % de la masse salariale, 53 véhicules de fonction dont un pour un adjoint au maire de Paris) sont renvoyées par Philbert à la « gestion interne » et au contrôle économique et financier — une esquive assumée sur les points de gestion fine. Sur la holding France Médias, dont la DGMIC a rédigé l'étude d'impact, elle affiche une totale absence de visibilité : « je ne dispose d'aucune information sur le devenir de ce texte ».

Ce que l'audition apporte

Elle documente la doctrine de la tutelle et son point aveugle : l'État se dit responsable du cadre macro et des grandes missions mais décline toute responsabilité sur la gestion, les rémunérations et l'éditorial. Elle éclaire l'absence de COM depuis fin 2023, imputée à l'instabilité gouvernementale et non à un « dysfonctionnement de la tutelle ». Elle acte un large consensus (Calvez, EPR ; Ceccoli, DR ; président) pour une loi de programmation pluriannuelle, tempéré par Philbert : « Une loi de programmation pluriannuelle n'a de portée que si elle est effectivement respectée ». Enfin, sur le cœur du mandat de la commission — neutralité et impartialité —, elle cantonne la DGMIC au « pluralisme externe », renvoie le pluralisme interne à l'Arcom, ne tranche pas la position d'Ernotte sur les « médias d'opinion » et signale une mission confiée à Bruno Lasserre sur l'impartialité.