Énergies fossiles, gaz et dépendances d'importation
Ce domaine déplace le centre de gravité du débat de la commission. Là où les auditions se concentrent volontiers sur l'électricité et le nucléaire, une large part des intervenants soutient que la vraie vulnérabilité énergétique française réside dans la dépendance aux fossiles importés. La ligne de force est un chiffre récurrent : pétrole et gaz représentent autour de 63 % de l'énergie finale (Piechaczyk pour RTE, Batho), jusqu'à 70 % du mix selon Voynet, des ressources importées à plus de 99 % et achetées, dit Piechaczyk, « à des pays qui ne sont pas forcément nos alliés ». Deux idées transversales en découlent : l'indépendance énergétique passée serait un mythe (Voynet, Borne, Michel, Jancovici), et la souveraineté un objectif à conquérir plutôt qu'un acquis perdu. Le second axe structurant est le rôle ambivalent du gaz, présenté comme outil de flexibilité et substitut au charbon dans la transition, mais aussi comme vecteur de dépendances géopolitiques que la crise russe de 2022 a brutalement exposées.
Dépendance aux énergies fossiles pose le cadre général. Pellion, Batho, Voynet et Maillard convergent pour juger le débat « mal cadré » et la focalisation nucléaire « fallacieuse », Batho parlant d'« éléphant dans la pièce » et Voynet de « dépendance pathologique aux combustibles fossiles, et on en parle à peine ». Le sujet contient aussi le clivage le plus politique du domaine, sur les remèdes et sur les acteurs fossiles.
Gaz russe, GNL et gestion de la crise gazière documente le basculement de 2022 : extinction quasi totale du gaz russe à l'été (entrées gazeuses en baisse d'environ 80 %, GNL américain et qatari en hausse de 170 % selon Mesqui), avec une exposition de départ chiffrée entre 10 % (Pouyanné) et 17 % (MacGregor). Le sujet apporte le débat sur l'anticipation (de Maistre et Ristori plaidant l'imprévisibilité, Hollande revendiquant une clairvoyance face à Nord Stream 2) et la nuance des statisticiens sur une substituabilité « plutôt potentielle » qui accroît la dépendance au GNL américain.
Gaz comme énergie de transition, Engie et GDF porte la thèse industrielle : le gaz reste indispensable comme flexibilité (Pouyanné, de Bienassis/AIE) et comme « moyen le plus économique, le plus rapide et le plus sûr » de remplacer le charbon (Sauquet), MacGregor défendant une décarbonation par le biométhane. Le sujet apporte deux controverses propres : le retrait d'Engie du nucléaire et la privatisation passée de GDF, jugée fautive par FO et la CGT.
Charbon et fermeture des centrales est peu couvert. Il apporte une seule doctrine de fond, celle d'Eyl-Mazzega prônant une approche « pragmatique et non idéologique » : maintenir des centrales en réserve comme filet de sécurité sans usage quotidien. La seconde occurrence est politique (interpellation Loubet sur Saint-Avold, esquive de Borne).
Pétrole, raffinage et stratégie de Total éclaire les arbitrages des grands industriels. Le rapporteur Armand conteste le retard d'investissement de Total dans les renouvelables au début des années 2010 ; Sauquet justifie le renoncement au nucléaire comme choix d'acteur mondial post-Fukushima. Le sujet apporte le clivage sur les cessions d'actifs gaziers (spécialisation assumée par MacGregor contre « bradage » dénoncé par Loubet) et le paradoxe soulevé par Lévy d'importer du gaz que l'on s'interdit d'exploiter chez soi.
Gaz de schiste et gaz de couche prolonge ce paradoxe. Il apporte un désaccord net entre Kosciusko-Morizet, qui justifie l'interdiction par des motifs environnementaux et géographiques, et Montebourg, qui regrette l'absence d'expérimentation hors fracturation hydraulique et déplore un rapport favorable « enterré ».
Trois clivages majeurs traversent le domaine. D'abord la fonction des acteurs fossiles : Pouyanné soutient que « pour investir dans les énergies renouvelables, il est nécessaire que nous réalisions des profits sur nos autres activités », quand Batho qualifie de « climato-obscurantisme » et de « criminel » le maintien de l'exploitation au niveau actuel. Ensuite l'approvisionnement auprès de régimes autoritaires : Tanguy (RN) en conteste la cohérence, Jospin refuse d'en faire le seul critère. Enfin la souveraineté privatisée : le RN (Loubet, Tanguy) fait des cessions d'Engie et du désengagement nucléaire le « symbole de la perte de souveraineté » et met en cause l'UE, là où dirigeants et anciens responsables opposent la logique de spécialisation des métiers et une souveraineté toujours relative. Le gaz de schiste rejoue ce partage entre précaution environnementale et regret d'une opportunité nationale manquée.
Sujets couverts
- Dépendance aux énergies fossiles : les fossiles importés (63-70 %) comme vrai enjeu de souveraineté, et clivage sur les remèdes et les acteurs fossiles.
- Gaz russe, GNL et gestion de la crise gazière : basculement chiffré de 2022 vers le GNL américain, débat sur l'anticipation et les causes de la crise.
- Gaz comme énergie de transition, Engie et GDF : gaz comme flexibilité et substitut au charbon, retrait nucléaire d'Engie et privatisation contestée de GDF.
- Charbon et fermeture des centrales : maintien de centrales en réserve (Eyl-Mazzega) et mise en cause politique de la trajectoire de fermeture (Saint-Avold).
- Pétrole, raffinage et stratégie de Total : arbitrages des grands industriels, cessions d'actifs gaziers et paradoxe des hydrocarbures nationaux.
- Gaz de schiste et gaz de couche : désaccord Kosciusko-Morizet / Montebourg sur la pertinence de l'interdiction d'exploitation.