La part du citoyen

Énergies fossiles, gaz et dépendances d'importation

Gaz russe, GNL et gestion de la crise gazière

Le corpus documente la sortie rapide du gaz russe en 2022 et son remplacement par du GNL, tout en révélant des divergences sur l'anticipation de la crise et ses causes.

Un basculement rapide et chiffré. Plusieurs intervenants constatent une bascule très nette à l'été 2022. Selon Virginie Andrieux (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.), « au mois d'août, il n'y a plus d'importation de gaz russe. En très peu de mois, un changement très net s'observe ». Bérengère Mesqui (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) quantifie le mouvement : au troisième trimestre 2022, « les entrées de gaz naturel gazeux diminuent de près de 80 % sur un an alors que les entrées nettes de GNL augmentent de 170 % », ce GNL venant « des États-Unis et du Qatar ». Sur l'exposition de départ, les chiffres divergent selon les sources : Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) évalue la part russe à « 10 % de notre portefeuille » chez Total, tandis que Catherine MacGregor (Mme Catherine MacGregor) indique que « la France dépendait de Gazprom à hauteur d'environ 17 % de ses approvisionnements ».

Substituabilité : un constat nuancé. Les statisticiens de la table ronde Mme Ketty Attal-Toubert e.a. invitent à la prudence. Ketty Attal-Toubert (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) souligne que « la substituabilité est donc plutôt potentielle, et l'adaptation peut prendre un certain temps », et Bérengère Mesqui ajoute qu'« il faut rester prudents ». La position de la table ronde retient que la substitution, si elle a été rapide, « accroît la dépendance au GNL américain ».

Désaccord sur l'anticipation. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) admet que « l'embargo sur le gaz n'a pas été expressément anticipé au sein de ma direction » et qu'avant le 24 février 2021, « nous [n'avions pas] explicitement imaginé que l'on puisse nous couper intégralement le gaz », tout en estimant la France « plutôt bien protégée » grâce à ses stocks et à un plan d'urgence existant depuis 2015. Dominique Ristori (M. Dominique Ristori) abonde sur l'imprévisibilité : l'idée d'un quasi-arrêt aurait paru « tout à fait farfelue ». À l'inverse, François Hollande (M. François Hollande) revendique une clairvoyance, ayant « alerté à plusieurs reprises » et mis en garde Angela Merkel contre Nord Stream 2.

Clivages sur les causes. Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) impute le déficit de regazéification européen aux signaux politiques : « si la capacité de regazéification en Europe est insuffisante, c'est avant tout parce que nous vous écoutons », et critique la sortie allemande du nucléaire. Jean-Philippe Tanguy (RN, M. Dominique Ristori) accuse les institutions européennes d'avoir « affaibli le modèle français » au lieu de traiter la dépendance russe. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) dénonce des financements russes de mouvements écologistes allemands et précise que la baisse de demande relève d'une « destruction de la demande », non d'économies. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) éclaire la genèse de Nord Stream comme réponse à la vulnérabilité du transit. MacGregor (Mme Catherine MacGregor) dresse un bilan opérationnel positif (stockage Storengy à 100 %, inversion des flux vers l'Allemagne). Hollande (M. François Hollande) relativise enfin toute souveraineté absolue.

Qui en parle

Interventions regroupées (23 citations · 8 auditions)

Domaine : Énergies fossiles, gaz et dépendances d'importation · Sujet : gaz-russe-gnl

Couverture : 23 citations · 3 positions · 8 auditions

_Slugs bruts fusionnés : dependance-gaz-russe, approvisionnement-gnl, anticipation-embargo-gaz, embargo-russe-gaz, crise-gaz-2022-diversification, substitution-gnl, sortie-petrole-gaz-russe, tension-gaz-hivers, fragilite-gazoducs-russie, deficit-regazeification-europe, stockage-gaz-terminaux_

Positions exprimées

  • (table ronde) (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) : Le gaz russe a ete substitue rapidement par du GNL americain et qatari, mais cette substituabilite reste potentielle et accroit la dependance au GNL americain. _(tranchant 2)_
  • M. Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) : Le sous-investissement europeen dans les terminaux de regazeification decoule directement des signaux politiques de sortie des fossiles ; les Etats doivent securiser eux-memes les infrastructures essentielles. _(tranchant 2)_
  • M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) : L'embargo russe sur le gaz n'avait pas ete explicitement anticipe avant le 24 fevrier 2021, mais un plan d'urgence gaz existait au MTE depuis 2015 et la France est plutot bien protegee grace a ses stocks. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Au mois d’août, il n’y a plus d’importation de gaz russe. En très peu de mois, un changement très net s’observe. »

Virginie Andrieux (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Documente la sortie complete et rapide du gaz russe a l'ete 2022._

« Au troisième trimestre 2022, les entrées de gaz naturel gazeux diminuent de près de 80 % sur un an alors que les entrées nettes de GNL augmentent de 170 %. Le GNL provient des États-Unis et du Qatar, ce qui diversifie notre fourniture gaz. »

Bérengère Mesqui (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Quantifie le basculement gaz gazeux -> GNL et la reorientation vers les Etats-Unis et le Qatar._

« La substituabilité est donc plutôt potentielle, et l’adaptation peut prendre un certain temps. »

Ketty Attal-Toubert (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Nuance importante : la substitution du gaz russe n'est pas immediate ni garantie._

« il faut rester prudents. La consolidation des données annuelles pour 2022 nous permettra de formuler des observations plus précises. »

Bérengère Mesqui (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Reserve methodologique recurrente des statisticiens face aux questions du rapporteur sur la substituabilite du gaz russe._

« L’embargo sur le gaz n’a pas été expressément anticipé au sein de ma direction. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Aveu central : le scenario majeur de la crise n'avait pas ete explicitement anticipe par le service de planification interministerielle._

« Toutefois, je ne peux pas vous dire qu’avant le 24 février 2021, nous avions explicitement imaginé que l’on puisse nous couper intégralement le gaz. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Confirme l'absence d'anticipation explicite de la coupure totale du gaz russe._

« Je ne sais pas si beaucoup de personnes avaient prévu la crise dans laquelle nous sommes. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Justification de la reforme de la planification par briques face a l'imprevisibilite des crises._

« Lorsque nous avons construit le marché gazier européen unique, nous ne nous sommes pas demandé ce qui arriverait si nous n’avions plus accès au gaz russe. »

M. Patrick Pouyanné (audite, audition de M. Patrick Pouyanné, 2022-11-23)

_Pointe un angle mort strategique de la construction du marche gazier europeen, au coeur de la mission de la commission._

« la Russie occupait une place importante parmi nos fournisseurs, mais elle ne représentait finalement que 10 % de notre portefeuille et nous parviendrons à assurer notre mission malgré la fin de ses approvisionnements »

M. Patrick Pouyanné (audite, audition de M. Patrick Pouyanné, 2022-11-23)

_Quantifie l'exposition de Total a la Russie et justifie la these de la diversification comme protection._

« nous avons contribué à 50 % de l’approvisionnement en GNL des stocks du pays, puisque nous détenons 50 % des capacités de regazéification »

M. Patrick Pouyanné (audite, audition de M. Patrick Pouyanné, 2022-11-23)

_Mesure le role concret de Total dans le passage de l'hiver 2022 par la France._

« Si la capacité de regazéification en Europe est insuffisante, c’est avant tout parce que nous vous écoutons. »

M. Patrick Pouyanné (audite, audition de M. Patrick Pouyanné, 2022-11-23)

_Phrase tranchante qui renvoie le sous-investissement aux signaux politiques de sortie des fossiles envoyes par les responsables eux-memes._

« Les Allemands ont décidé de sortir du nucléaire sans en mesurer toutes les conséquences. »

M. Patrick Pouyanné (audite, audition de M. Patrick Pouyanné, 2022-11-23)

_Jugement sur la sortie allemande du nucleaire reliee a la dependance au gaz russe._

« L’hiver 2023 sera plus difficile à passer. »

M. Patrick Pouyanné (audite, audition de M. Patrick Pouyanné, 2022-11-23)

_Avertissement prospectif concret sur le risque gazier de l'hiver suivant._

« En Allemagne toujours, des mouvements écologistes pro-énergies renouvelables ont bénéficié de financements russes. »

M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (audite, audition de M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega, 2022-11-24)

_Affirmation forte sur l'ingerence etrangere dans le debat energetique allemand._

« La baisse de la demande de gaz que nous observons est liée à une destruction de la demande (fermeture de certaines usines, réduction de production dans d’autres) et non pas à des économies d’énergie. »

M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (audite, audition de M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega, 2022-11-24)

_Distinction cruciale : la baisse de la demande de gaz traduit une crise, pas une vertu._

« Cette crise a rappelé, s’il en était besoin, qu’un gazoduc est extrêmement dépendant de tous les pays de transit. Les Russes ont bien retenu la leçon et c’est pourquoi ils ont voulu développer le fameux Nord Stream directement vers l’Europe. »

M. Philippe Sauquet (audite, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Eclaire la genese de Nord Stream comme reponse russe a la vulnerabilite du transit ukrainien._

« La France dépendait de Gazprom à hauteur d’environ 17 % de ses approvisionnements. »

Mme Catherine MacGregor (audite, audition de Mme Catherine MacGregor, 2022-12-06)

_Quantifie la dépendance française au gaz russe, élément factuel central pour la commission._

« Notre filiale Storengy est parvenue à un taux de remplissage record de 100 %, ce qui nous permet d’envisager l’hiver avec une relative sérénité. »

Mme Catherine MacGregor (audite, audition de Mme Catherine MacGregor, 2022-12-06)

_Bilan concret de la gestion de crise gazière 2022 par Engie._

« en octobre, GRTgaz, notre transporteur, a livré du gaz à l’Allemagne. Nous sommes parvenus à inverser les flux de gaz au sein de l’Europe. »

Mme Catherine MacGregor (audite, audition de Mme Catherine MacGregor, 2022-12-06)

_Illustre concrètement la valeur des réseaux européens intégrés invoquée comme atout de souveraineté._

« Si on avait posé la question sur le quasi-arrêt des livraisons de gaz russe juste avant le début de la guerre, tout le monde aurait répondu que cette idée était tout à fait farfelue. »

M. Dominique Ristori (audite, audition de M. Dominique Ristori, 2023-03-01)

_Justifie l'absence de mecanisme anti-irrationalite par l'imprevisibilite de la crise._

« les institutions européennes se sont occupées de démanteler ou d’affaiblir le modèle français, mais elles ont moins évoqué les solutions pour l’Europe de l’Est et la suppression de la dépendance à la Russie jusqu’à une période très récente. »

M. Jean-Philippe Tanguy — RN (depute, audition de M. Dominique Ristori, 2023-03-01)

_Accusation politique forte du RN : l'UE aurait cible la France au lieu de la dependance russe._

« J’ai alerté à plusieurs reprises mes collègues européens sur le risque de dépendance au gaz russe, allant jusqu’à mettre en garde Angela Merkel contre le projet de gazoduc Nord Stream 2, instrumentalisé par Vladimir Poutine après l’invasion de l’Ukraine »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Revendique une clairvoyance géostratégique face à l'erreur allemande sur le gaz russe._

« Nous ne sommes donc jamais complètement libres et souverains. Cela est vrai aussi pour les terres rares ou les panneaux solaires. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Relativise la notion de souveraineté énergétique absolue, y compris pour le nucléaire (uranium importé)._