La part du citoyen

Énergies fossiles, gaz et dépendances d'importation

Pétrole, raffinage et stratégie de Total

Le corpus aborde ce sujet à travers la stratégie énergétique des grands acteurs français (Total, Engie) et les arbitrages de souveraineté qu'elle soulève : recentrage des portefeuilles, cessions d'actifs, renoncement au nucléaire, investissement dans les renouvelables et accès aux hydrocarbures nationaux. Les échanges opposent surtout des dirigeants ou anciens dirigeants industriels aux membres de la commission (rapporteur et député RN).

Un premier point de tension porte sur le calendrier des investissements de Total dans le décarboné. Selon M. Antoine Armand, rapporteur (M. Philippe Sauquet), l'entreprise n'a pas saisi l'opportunité économique des renouvelables au début des années 2010 : « j'ai du mal à comprendre que l'entreprise n'ait pas fait le choix économique de développer fortement les énergies renouvelables au début des années 2010, au moment où […] leur déploiement devenait plus facile et leur coût moins élevé. » Il cherche à faire acter « qu'étant donné les attentes de [s]es clients, en 2010 pour 2020, l'entreprise n'a pas massivement investi dans les énergies décarbonées ».

Le renoncement de Total au nucléaire est présenté par M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) comme une décision d'acteur mondial postérieure à Fukushima, distincte du choix national : « Étant un acteur mondial, nous renonçons donc à investir dans le nucléaire. » Il défend une position nuancée — « Le nucléaire est absolument nécessaire dans le monde et c'est un choix optimal pour la France. Toutefois, ce n'est pas la panacée dans sa technologie actuelle » — et regrette l'échec d'un centre de R&D à Palaiseau : « ces recherches auront lieu ailleurs », y voyant une perte de compétences pour la France.

Le clivage le plus net concerne les cessions d'actifs gaziers. M. Alexandre Loubet (RN, Mme Catherine MacGregor) fait du cas Engie le symbole du « long chemin de la perte de souveraineté énergétique de la France », estimant que des actifs renforçant l'approvisionnement « ont été bradés au profit d'une stratégie illisible » misant sur des renouvelables « pas à la hauteur ». À cette charge, Mme Catherine MacGregor (Mme Catherine MacGregor) oppose une logique de spécialisation : recentrage et cessions (exploration-production, GNL) sont cohérents car « à chacun son rôle », l'exploration-production relevant d'autres acteurs « dont c'est le métier ».

Enfin, M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) soulève un paradoxe de souveraineté sur les hydrocarbures nationaux : « il est paradoxal qu'à la suite de la guerre déclenchée par la Russie […] nous importions massivement et durablement du gaz américain en provenance de formations géologiques que nous nous interdisons d'explorer […] en France. »

Les positions divergent ainsi sur l'interprétation des cessions (spécialisation assumée contre bradage stratégique) et sur l'accès au gaz de schiste, tandis que le rapporteur interroge le retard d'investissement dans le décarboné.

Qui en parle

Interventions regroupées (9 citations · 3 auditions)

Domaine : Énergies fossiles, gaz et dépendances d'importation · Sujet : petrole-raffinage-total

Couverture : 9 citations · 3 positions · 3 auditions

_Slugs bruts fusionnés : diesel-essence-raffinage, raffinage-france, renoncement-nucleaire-total, strategie-total-electricite, souverainete-hydrocarbures, cessions-actifs-gaziers_

Positions exprimées

  • M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) : Il est paradoxal de s'interdire d'explorer le gaz de schiste français tout en important massivement du gaz de schiste américain ; c'est une perte d'opportunités de souveraineté. _(tranchant 4)_
  • Mme Catherine MacGregor (Mme Catherine MacGregor) : Le recentrage et les cessions (exploration-production, GNL) sont cohérents : une entreprise ne peut pas tout faire, l'exploration-production relève d'autres acteurs dont c'est le métier. _(tranchant 2)_
  • M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : Le nucleaire est necessaire et optimal pour la France, mais pas une panacee dans sa technologie actuelle ; en tant qu'acteur mondial, Total a renonce a y investir apres Fukushima. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Puis Fukushima nous convaincra que l’énergie nucléaire, même si elle peut être développée dans des pays où le niveau technologique de contrôle est élevé, n’est pas forcément adaptée à tous les pays du monde. Étant un acteur mondial, nous renonçons donc à investir dans le nucléaire. »

M. Philippe Sauquet (audite, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Explique la rationalite d'acteur mondial derriere le renoncement de Total au nucleaire, distincte du choix national francais._

« j’ai du mal à comprendre que l’entreprise n’ait pas fait le choix économique de développer fortement les énergies renouvelables au début des années 2010, au moment où, selon nombre de nos interlocuteurs, leur déploiement devenait plus facile et leur coût moins élevé. »

M. Antoine Armand (rapporteur, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Le rapporteur conteste l'idee que Total ait pleinement saisi l'opportunite economique des renouvelables au debut des annees 2010._

« Il s’agissait simplement de vous faire confirmer qu’étant donné les attentes de vos clients, en 2010 pour 2020, l’entreprise n’a pas massivement investi dans les énergies décarbonées. »

M. Antoine Armand (rapporteur, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Le rapporteur cherche a faire acter par l'audite l'absence d'investissement massif de Total dans le decarbone sur la decennie 2010._

« Le nucléaire est absolument nécessaire dans le monde et c’est un choix optimal pour la France. Toutefois, ce n’est pas la panacée dans sa technologie actuelle. »

M. Philippe Sauquet (audite, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Position nuancee : le nucleaire est juge optimal pour la France tout en niant qu'il soit la solution unique._

« Nous n’avons pas réussi à créer le super centre de recherche dédié aux énergies nouvelles dont nous avions le projet à Palaiseau ; je le regrette – surtout pour la France, car ces recherches auront lieu ailleurs. »

M. Philippe Sauquet (audite, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Regret d'une occasion manquee de R&D francaise sur les energies nouvelles, illustrant une perte de competences nationale._

« À chacun son rôle : certains autres acteurs, dont c’est le métier – très différent des nôtres –, pratiquent très bien l’exploration-production. »

Mme Catherine MacGregor (audite, audition de Mme Catherine MacGregor, 2022-12-06)

_Réponse assumée à l'accusation RN d'avoir bradé des actifs gaziers stratégiques._

« Le cas du groupe Engie au cours des dernières décennies symbolise le long chemin de la perte de souveraineté énergétique de la France. »

M. Alexandre Loubet — RN (depute, audition de Mme Catherine MacGregor, 2022-12-06)

_Charge politique frontale du RN faisant d'Engie l'incarnation de la perte de souveraineté._

« Ces actifs, qui renforçaient l’approvisionnement énergétique de la France, ont été bradés au profit d’une stratégie illisible, fondée, en contrepartie, sur l’investissement dans des énergies renouvelables qui ne sont clairement pas à la hauteur en termes de capacité de production pour répondre aux besoins »

M. Alexandre Loubet — RN (depute, audition de Mme Catherine MacGregor, 2022-12-06)

_Synthétise la ligne RN : cessions = bradage, ENR = insuffisantes, stratégie privée contraire à la souveraineté._

« Il est paradoxal qu’à la suite de la guerre déclenchée par la Russie sur le territoire ukrainien, nous importions massivement et durablement du gaz américain en provenance de formations géologiques que nous nous interdisons d’explorer et a fortiori d’exploiter en France. »

M. Jean-Bernard Lévy (audite, audition de M. Jean-Bernard Lévy, 2022-12-14)

_Position assumée et clivante sur l'interdiction française d'exploiter le gaz de schiste au nom de la souveraineté._