Prospective, scénarios et prévisions de demande
Ce domaine rassemble les débats de la commission sur les outils qui servent à anticiper l'avenir énergétique de la France : les scénarios de mix électrique à 2050, les prévisions de consommation, les modèles de prospective et la question, sous-jacente à tous, de la trajectoire de la demande. La ligne de force commune est que ces instruments, présentés par leurs auteurs comme objectivés par la physique, sont en réalité au cœur d'une controverse politique : la commission les interroge moins sur leur technicité que sur leur fiabilité, leur indépendance et leur éventuelle instrumentalisation au service de choix de politique publique. Un point semble toutefois faire consensus transversal, suggéré dès les scénarios RTE et ADEME : tous les scénarios, y compris le plus nucléarisé, supposent un développement significatif des énergies renouvelables.
Quatre sujets structurent le domaine.
- Scénarios RTE Futurs énergétiques 2050 apporte le socle de référence du domaine. Leurs auteurs (M. David Marchal et M. Patrick Jolivet, ADEME) défendent des scénarios « non normatifs » mais « objectivés par la contrainte physique de neutralité carbone ». Le sujet expose les trois clivages majeurs : la crédibilité du 100 % renouvelable (rejeté comme « farfelu » par M. Eric Besson, jugé atteignable par Mme Barbara Pompili), les coûts comparés (équivalence selon M. Yves Marignac, avantage au nucléaire à 80 % selon Hervé Machenaud), et la robustesse même de l'appareil prospectif. Mme Élisabeth Borne y présente ces scénarios comme « les meilleurs outils d'éclairage disponibles », à ne pas ériger en argument d'autorité.
- Prévisions de consommation et de demande électrique déplace le débat de l'offre vers la demande et la fiabilité des prévisions. Le président M. Raphaël Schellenberger juge « incompréhensibles » les revirements de prévision ayant fondé les fermetures, quand M. Laurent Michel minimise l'écart et M. Jean-Bernard Lévy estime au contraire la demande sous-estimée (750-800 TWh vs 645 TWh en 2050). S'y greffe l'accusation, portée par M. Olivier Marleix, d'une instrumentalisation politique des scénarios — « tordus » au service d'un agenda anti-nucléaire — à laquelle les dirigeants de RTE (MM. Xavier Piechaczyk, François Brottes) opposent l'indépendance de l'opérateur. Le rapporteur M. Antoine Armand en tire une thèse de déconnexion entre savoir technique disponible et décision législative.
- Modèles et méthodes de prospective énergétique est le sujet le moins fourni du corpus et appelle à la prudence. Il éclaire surtout les limites de l'exercice : M. François Hollande, par la formule « ce qui est compliqué, avec la prévision, c'est de prévoir… », plaide pour restaurer une capacité de planification de long terme afin de bâtir un consensus. M. Jean-Luc Tavernier y ajoute un élément technique structurant, le mécanisme du prix marginal européen (la centrale à gaz fixant le prix de l'électricité), donnée d'entrée incontournable pour toute prospective de marché. Le sujet ne documente pas de clivage frontal.
- Décroissance et débat sur la baisse de la demande porte la dimension la plus idéologique du domaine. M. Jean-Marc Jancovici y présente la décroissance comme une contrainte physique inévitable et déjà engagée ; Mme Delphine Batho fait de la division par deux de la consommation un préalable non négociable, mettant en cause le Medef et Bercy ; M. Yves Marignac défend la légitimité des objectifs de maîtrise de la demande. À l'opposé, M. Henri Proglio qualifie la « décroissance électrique » d'absurdité imposée par les pouvoirs publics et RTE.
Les clivages majeurs du domaine se déclinent en trois axes. Le premier oppose les tenants d'un mix possiblement 100 % renouvelable (Pompili, Marignac) aux défenseurs d'un socle nucléaire fort (Besson, Machenaud, Proglio), avec des positions de complémentarité au centre (Jacq, Stohr). Le deuxième porte sur la fiabilité et la neutralité des prévisions de demande : des prévisions jugées peu solides voire « tordues » (Schellenberger, Marleix) face à la revendication d'indépendance de RTE (Brottes, Piechaczyk) et à des lectures contradictoires de l'écart prévision/réalité (Michel le minimise, Lévy juge la demande sous-estimée). Le troisième, le plus structurant, oppose ceux qui placent la baisse de la demande au centre de la transition — par contrainte (Jancovici) ou par choix politique (Batho, Marignac) — à ceux qui y voient une construction administrative infondée (Proglio). En toile de fond, plusieurs intervenants (Tavernier, Hollande, Borne) convergent sur un même aveu : les modèles existants intégraient mal les limites physiques et la France manque d'une véritable capacité de prospective et de planification de long terme.
Sujets couverts
- Scénarios RTE Futurs énergétiques 2050 : le mix électrique de référence à 2050, ses clivages sur le 100 % renouvelable, les coûts et la robustesse prospective.
- Prévisions de consommation et de demande électrique : fiabilité des prévisions RTE et soupçon d'instrumentalisation politique des scénarios.
- Modèles et méthodes de prospective énergétique : limites intrinsèques de la prévision, besoin de planification de long terme et mécanisme du prix marginal.
- Décroissance et débat sur la baisse de la demande : la baisse de la demande comme contrainte subie, préalable politique ou absurdité imposée.