La part du citoyen

Prospective, scénarios et prévisions de demande

Scénarios RTE Futurs énergétiques 2050

Les scénarios « Futurs énergétiques 2050 » de RTE (et leur pendant ADEME « Transition(s) 2050 ») constituent, dans le corpus, l'outil de référence pour penser le mix électrique français à l'horizon de la neutralité carbone. Un constat de méthode est partagé par ceux qui les ont produits : ces scénarios ne seraient pas idéologiques mais contraints par la physique. Pour M. David Marchal (M. David Marchal), les quatre scénarios Transition(s) 2050 « ne sont pas normatifs mais objectivés par la seule contrainte physique de neutralité carbone » et traités à égalité ; M. Patrick Jolivet (M. David Marchal) le formule de même : « Ces scénarios ne sont donc pas normatifs mais plutôt objectivés et guidés par la contrainte physique. » Un point technique semble également faire consensus, suggéré par la question de Mme Julie Laernoes (M. Xavier Piechaczyk) : « tous les scénarios, y compris le plus nucléarisé, demandent de développer de manière significative les énergies renouvelables ».

Le principal clivage porte sur la crédibilité du scénario 100 % renouvelable. M. Eric Besson (M. Eric Besson) le rejette catégoriquement : les scénarios 100 % renouvelables de RTE et de l'ADEME sont « farfelus » et « totalement impossibles pour la France, sauf à aboutir à une régression totale ». Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili), à l'inverse, invoque un rapport AIE-RTE de janvier 2021 confirmant qu'un « mix 100 % renouvelable » est atteignable en 2050, « mais à condition de passer par des étapes assez lourdes et complexes ». Position intermédiaire, M. François Jacq (M. François Jacq) écarte autant le tout-renouvelable que le tout-nucléaire et plaide pour « une combinaison astucieuse » ; M. Philippe Stohr (M. François Jacq) défend la complémentarité nucléaire/renouvelables (« nous aurions besoin de ces deux formes d'énergie »).

Le débat des coûts oppose deux lectures. M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) soutient que les scénarios avec et sans nucléaire sont économiquement similaires selon RTE, le nucléaire n'apparaissant « moins coûteux qu'à la condition de faire porter à la collectivité les risques financiers associés » ; il prend le « pari » d'un différentiel basculant « en faveur des scénarios 100 % renouvelable » sous cinq à dix ans. À l'opposé, Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) propose un scénario à 80 % de nucléaire générant « au moins 20 % d'économies par rapport au scénario N03 de RTE ».

Un troisième fil concerne la robustesse de l'appareil prospectif. M. Jean-Luc Tavernier (M. Jean-Luc Tavernier) reconnaît que les modèles de croissance de l'INSEE n'intégraient pas les limites physiques (« nous ne nous préoccupions pas des facteurs de limitation physique »), ce que le président Raphaël Schellenberger (M. Jean-Luc Tavernier) souligne avec ironie. Enfin, Mme Élisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne) présente les scénarios RTE et AIE comme « les meilleurs outils d'éclairage disponibles », à balayer tous « sans en faire un argument d'autorité » ; elle note que la DGEC « n'a jamais contesté » les scénarios de RTE, regrette « le manque de capacité prospective des administrations » et revendique la PPE 2019 comme « la première à résulter d'une démarche rationnelle et non d'un objectif politique ».

Qui en parle

Interventions regroupées (16 citations · 9 auditions)

Domaine : Prospective, scénarios et prévisions de demande · Sujet : scenarios-rte-2050

Couverture : 16 citations · 6 positions · 9 auditions

_Slugs bruts fusionnés : futurs-energetiques-2050, scenarios-rte, scenarios-rte-2050, scenarios-rte-futurs-2050, scenarios-rte-mix, scenarios-rte-ademe-farfelus, scenarios-prospectifs-rte-ademe, scenarios-transition-2050, couts-comparaison-scenarios_

Positions exprimées

  • M. David Marchal (M. David Marchal) : Les quatre scénarios Transition(s) 2050 ne sont pas normatifs mais objectivés par la seule contrainte physique de neutralité carbone ; ils sont traités à égalité, sans préférence affichée. _(tranchant 3)_
  • M. François Jacq (M. François Jacq) : Ni le tout-renouvelable ni le tout-nucléaire ne sont raisonnables ; il faut une combinaison astucieuse des formes d'énergie pour tenir les échéances 2030 et 2050. _(tranchant 3)_
  • M. Eric Besson (M. Eric Besson) : Les scenarios 100 % renouvelables de RTE et de l'ADEME sont farfelus et totalement impossibles pour la France, sauf regression totale. _(tranchant 3)_
  • M. Jean-Luc Tavernier (M. Jean-Luc Tavernier) : L'INSEE n'a contribué qu'en amont aux scénarios de RTE et de l'Ademe, et ses estimations de croissance potentielle n'intégraient pas jusqu'ici les facteurs physiques limitants. _(tranchant 2)_
  • M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) : Les scenarios avec ou sans nucleaire sont economiquement similaires selon RTE ; le nucleaire n'apparait moins couteux qu'en faisant porter le risque financier a la collectivite, et le differentiel jouera bientot en faveur du renouvelable. _(tranchant 2)_
  • Mme Élisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne) : Les scénarios de RTE et de l'AIE sont les meilleurs outils d'éclairage disponibles ; il faut les balayer tous sans en faire un argument d'autorité, et la PPE 2019 est la première fondée sur cette démarche rationnelle. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Jusqu’alors, nous ne nous préoccupions pas des facteurs de limitation physique car nous n’y avions jamais été confrontés. »

M. Jean-Luc Tavernier (audite, audition de M. Jean-Luc Tavernier, 2022-11-09)

_Aveu méthodologique : les modèles de croissance potentielle de l'INSEE n'intégraient pas les limites physiques, ce qui fragilise les scénarios prospectifs bâtis dessus._

« Vous nous rassurez, en quelque sorte, en nous disant que vous commencez à y réfléchir… »

M. Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Jean-Luc Tavernier, 2022-11-09)

_Pointe ironiquement le retard de l'appareil statistique à intégrer les contraintes physiques dans la prospective énergétique._

« Ces scénarios ne sont donc pas normatifs mais plutôt objectivés et guidés par la contrainte physique. »

M. Patrick Jolivet (audite, audition de M. David Marchal, 2022-11-17)

_Défense méthodologique clé de l'ADEME face au reproche de scénarios orientés idéologiquement._

« Or il est clair que le scénario tout renouvelable soulève des difficultés considérables – par ailleurs bien identifiées. Je ne dis pas qu’il est impossible à mettre en œuvre mais je pense qu’eu égard à nos connaissances et nos possibilités technologiques actuelles, cela impliquera des investissements et des coûts qu’il n’est pas certain que la société puisse se permettre. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Position personnelle équilibrée sur les scénarios RTE, critique tant du tout-renouvelable que du tout-nucléaire._

« j’ai acquis la conviction que nous aurions besoin de ces deux formes d'énergie pour atteindre notre objectif de mix énergétique pour 2050. »

M. Philippe Stohr (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Position de Stohr en faveur de la complémentarité nucléaire / renouvelables, appuyée sur son parcours dans l'éolien et la biomasse._

« Pouvez-vous me confirmer que tous les scénarios, y compris le plus nucléarisé, demandent de développer de manière significative les énergies renouvelables ? »

Mme Julie Laernoes — Écolo-NUPES (depute, audition de M. Xavier Piechaczyk, 2022-12-15)

_Question-piege visant a faire valider par RTE que le developpement massif des renouvelables est incontournable dans tous les scenarios._

« Les scénarios avec nucléaire n’apparaissent donc moins coûteux qu’à la condition de faire porter à la collectivité les risques financiers associés. »

M. Yves Marignac (audite, audition de M. Yves Marignac, 2023-02-01)

_Argument economique cle : la competitivite affichee du nucleaire repose sur un transfert du risque financier a la collectivite._

« Je prends donc le pari que, dans cinq à dix ans, le différentiel de coût apparaîtra très clairement en faveur des scénarios 100 % renouvelable. »

M. Yves Marignac (audite, audition de M. Yves Marignac, 2023-02-01)

_Pari explicite et datable, engageant la credibilite du temoin._

« Nous avons monté un scénario avec 80 % de nucléaire, qui assure davantage la sécurité d’approvisionnement et qui entraîne au moins 20 % d’économies par rapport au scénario N03 de RTE. »

Hervé Machenaud (audite, audition de M. Hervé Machenaud, 2023-02-08)

_Propose une alternative chiffrée aux scénarios RTE, davantage nucléarisée._

« J’estime simplement que les conditions de réalisation de ce scénario le rendent totalement impossible pour la France, sauf à aboutir à une régression totale. »

M. Eric Besson (audite, audition de M. Eric Besson, 2023-02-09)

_Rejette categoriquement le scenario 100 % EnR de RTE/ADEME, assimile a une regression._

« L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et RTE m’ont rendu en janvier 2021 un rapport qui confirmait qu’il était possible d’atteindre en 2050 un mix 100 % renouvelable, mais à condition de passer par des étapes assez lourdes et complexes. »

Mme Barbara Pompili (audite, audition de Mme Barbara Pompili, 2023-02-15)

_Source d'expertise qu'elle invoque pour legitimer l'objectif 100 % renouvelable._

« On peut regretter le manque de capacité prospective des administrations. »

Élisabeth Borne (audite, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Aveu sur les limites de l'anticipation administrative, réutilisé contre elle par Tanguy (RN)._

« La direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), dont c’est la responsabilité, n’a jamais contesté ni émis de doute sur les scénarios de RTE. Cela rend modeste sur les prévisions. »

Élisabeth Borne (audite, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Justifie le crédit accordé à RTE par l'absence de contestation administrative, point central du procès en argument d'autorité._

« En tout cas la PPE de 2019 est la première à résulter d’une démarche rationnelle et non d’un objectif politique. »

Élisabeth Borne (audite, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Revendication centrale : la PPE 2019 qu'elle a signée marque la rupture entre dogme politique et instruction documentée._

« Entre les deux, monsieur le député, se trouve quelque chose qui s’appelle la sobriété, dont nous venons de parler. »

Élisabeth Borne (audite, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Réplique tranchante à Tanguy (RN) : la sobriété est le chaînon manquant entre réduction des émissions et besoins d'électricité._

« l’étude menée par RTE a montré qu’un scénario 100 % renouvelable n’était pas soutenable, tant sur le plan économique que de sécurité d’approvisionnement. »

Élisabeth Borne (audite, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Réfute l'insinuation de Ségolène Royal d'un soutien à un scénario 100 % renouvelables et fonde le choix du mix sur les faits._