Prévisions de consommation et de demande électrique
Les prévisions de demande électrique, et en particulier les scénarios produits par RTE, constituent un point de tension récurrent dans le corpus. La controverse porte sur deux dimensions distinctes : la fiabilité technique des prévisions et leur éventuelle instrumentalisation politique.
Sur la fiabilité, le clivage est net. Le président de la commission, M. Raphaël Schellenberger (M. Laurent Michel), met frontalement en cause la solidité des scénarios ayant fondé les décisions de fermeture : « Ce changement de prévision, sur un pas de temps aussi resserré, est incompréhensible. » À l'inverse, M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) refuse de trancher et minimise l'écart : « Il ne me revient pas de juger si RTE s'est trompé ou non. Par ailleurs, je ne pense pas que la différence entre les prévisions et la réalité soient aussi drastiques que cela. » Il attribue la hausse de consommation, survenue plus tôt que prévu, à l'électrification industrielle et à l'hydrogène. M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy), pour sa part, juge les scénarios de demande sous-estimés : il avance une fourchette de 750-800 TWh en 2050, plus prudente selon lui que les 645 TWh retenus par RTE, estimant les hypothèses de sobriété trop optimistes.
Une reformulation nuancée vient de Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.), qui déplace le diagnostic : « RTE n'a pas sous-estimé la consommation d'électricité, mais a surestimé la capacité de production pilotable. » Il concède ainsi le point du rapporteur sur la demande tout en maintenant une critique sur l'offre.
Sur le second axe — la suspicion d'instrumentalisation politique des scénarios — l'accusation la plus directe vient de M. Olivier Marleix (LR, M. Xavier Piechaczyk) : « Il me semble que les perspectives ont été tordues pour coller à une volonté politique : puisqu'il ne fallait plus développer le nucléaire, mais plutôt les énergies renouvelables, les rapports donnaient de la crédibilité à ces politiques publiques. » Les dirigeants de RTE répondent en défendant l'indépendance de l'opérateur. M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) : « je ne voudrais pas laisser penser que nous travaillons sous la dictée de quiconque. » M. François Brottes (M. François Brottes) affirme de même que « RTE n'est pas aux ordres du pouvoir politique, mais qu'il est et reste un expert indépendant ». Il revendique le bilan prévisionnel de 2017 comme un acte d'indépendance ayant constaté l'inatteignabilité de l'objectif de 2025 : ce bilan « a conduit quelques heures à peine après sa publication à un report de dix ans de la cible des 50 % ». Face aux mises en cause, il réfute toute manipulation : « J'assume tout ce que j'ai fait. Vous travestissez mes propos sur le bilan prévisionnel de 2017. »
Le rapporteur M. Antoine Armand (M. François Brottes) tire de ces échanges une thèse de déconnexion entre savoir technique et décision : l'information technique et scientifique « existait bien chez RTE » au moment du vote d'une loi « porteuse d'un marqueur politique pour faire avancer les énergies renouvelables ».
Qui en parle
- M. Raphaël Schellenberger (président, M. Laurent Michel) : juge les revirements de prévision « incompréhensibles » et conteste leur fiabilité.
- M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) : refuse de juger RTE et minimise l'écart prévisions/réalité.
- M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) : estime la demande sous-estimée (750-800 TWh vs 645 TWh en 2050), hypothèses de sobriété trop optimistes.
- M. François Brottes (M. François Brottes) : défend l'indépendance de RTE et revendique le bilan 2017.
- M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) : récuse toute prévision « sous la dictée » du politique.
- M. Olivier Marleix (LR, M. Xavier Piechaczyk) : accuse RTE d'avoir « tordu » ses perspectives au service d'un agenda anti-nucléaire.
- M. Antoine Armand (rapporteur, M. François Brottes) : thèse d'une déconnexion entre savoir technique disponible et décision législative.
- Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : nuance — la consommation n'a pas été sous-estimée, mais la capacité de production pilotable surestimée.