Décroissance et débat sur la baisse de la demande
Le corpus fait apparaître un clivage net entre des intervenants qui considèrent la baisse de la demande énergétique comme une nécessité ou une contrainte, et au moins un intervenant qui rejette frontalement cette hypothèse. Le sujet recoupe trois questions liées : la décroissance physique subie ou organisée, la sobriété comme préalable politique, et la légitimité même d'agir sur la demande plutôt que sur l'offre ou les prix.
Pour M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici), la décroissance n'est pas un choix mais une contrainte : « Je pense que nous ne réussirons pas à éviter la décroissance. » Il la décrit comme déjà engagée en Europe et invisible pour les décideurs, estimant qu'« en tant qu'élites urbaines préservées du système, vivant en ville loin des flux physiques, nous ne nous rendons pas compte que nous connaissons une décroissance. » Il dissocie par ailleurs cette analyse du nucléaire, précisant n'avoir « jamais affirmé que le nucléaire sauverait le climat » et avoir « toujours souligné que le nucléaire n'éviterait pas la décroissance ».
À l'opposé, M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) qualifie cette perspective d'« absurde », évoquant avec « grand désespoir » la mise au point de « la théorie absurde de la décroissance électrique, qui m'a été imposée à l'époque avec beaucoup d'insistance par les pouvoirs publics ». Sa position met en cause les pouvoirs publics et, par extrapolation, les technocrates et RTE dans l'imposition d'une prévision de baisse de la demande.
Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) défend la réduction de la demande comme préalable non négociable : selon elle, aucun scénario n'est « compatible avec le facteur 4 si on ne commence pas par diviser par deux la consommation d'énergie », ce point de départ étant commun à tous les scénarios du DNTE et de RTE. Elle déplace le débat des prix vers la consommation : « La question n'est pas tant d'agir sur les prix que d'agir sur la consommation du produit, donc sur la demande. Il n'y a d'ailleurs pas d'autre possibilité ». Elle identifie deux freins : le Medef, qui aurait « jugé inacceptable que l'on préconise de diviser par deux la consommation d'énergie », réduisant le DNTE à une « simple synthèse des travaux » après sept mois ; et Bercy, dont elle dit avoir « constaté qu'il refusait d'investir dans les économies d'énergie ».
M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) prolonge cette ligne en plaidant pour la légitimité politique des objectifs de maîtrise de la demande, jugés ni plus politiques ni plus hasardeux que ceux d'offre : « Il est indispensable que les politiques prennent confiance dans leur capacité à maîtriser la demande, car on ne fera pas l'économie de ce type de politique dans la stratégie de transition énergétique. »
Le constat partagé par Jancovici, Batho et Marignac est qu'agir sur la demande est central, voire incontournable ; le désaccord principal porte avec Proglio, qui y voit une construction administrative infondée appliquée à la demande électrique.
Qui en parle
- M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) : la décroissance physique est inévitable et déjà en cours ; il faut l'organiser, pas prétendre l'éviter.
- Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : diviser par deux la consommation d'énergie est le préalable non négociable ; met en cause le Medef et Bercy.
- M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) : les objectifs de maîtrise de la demande sont aussi légitimes que ceux d'offre ; les politiques doivent en prendre confiance.
- M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) : la décroissance de la demande électrique est une absurdité imposée par les pouvoirs publics, les technocrates et RTE.