Souveraineté et compétitivité du secteur bancaire
Le corpus n'aborde ce sujet qu'au travers d'une seule audition, la table ronde du 8 avril 2026 (Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) réunissant la Fédération bancaire française (FBF), l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et la Banque de France. Le propos y est convergent : il n'y a pas de désaccord frontal entre les intervenants, mais un diagnostic partagé, décliné selon deux plans distincts — les paiements d'un côté, le numérique et le cloud de l'autre.
Le constat central est résumé par Maya Atig (FBF, Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) : « notre souveraineté est satisfaisante dans le domaine des paiements, mais problématique dans le domaine du numérique. » Cette formule structure l'ensemble des interventions. Côté numérique, la dépendance aux fournisseurs américains est décrite comme systémique. La FBF met en avant la fragmentation de l'offre européenne : « il faut souvent additionner six offres européennes de petite taille pour obtenir ce que propose un seul grand acteur américain », illustrant un rapport de un à six face aux hyperscalers.
Cette dépendance est chiffrée par Olivier Fliche (ACPR, Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) à partir du reporting DORA 2025 : « une petite moitié des répondants avait au moins un contrat Microsoft en lien avec une fonction critique ou importante, un quart avec Amazon et un sixième avec Google. » Ces données quantifient la concentration du secteur bancaire sur les trois principaux hyperscalers américains pour des fonctions critiques.
Le point le plus notable est que la dépendance touche l'institution monétaire elle-même. Érick Lacourrège (Banque de France, Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) reconnaît que l'Eurosystème n'échappe pas à la contrainte : « Nous sommes obligés de nous reposer, pour les technologies de base, sur des fournisseurs non européens tels que Microsoft », tout en cherchant « chaque fois que nous le pouvons, à utiliser des briques technologiques maîtrisables au niveau européen. » Selon la position de la table ronde (Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement), DORA rééquilibre la relation avec les fournisseurs sans pour autant imposer le recours à des solutions souveraines.
À côté de l'enjeu numérique, le corpus soulève un second axe : la souveraineté financière et la compétitivité réglementaire, présentée comme un enjeu sous-estimé. Selon la FBF (Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement), les banques extra-européennes n'appliquent les normes européennes qu'en Europe tout en gagnant des parts de marché majoritaires, et Bâle IV aggrave l'asymétrie. Maya Atig la chiffre : « Avec Bâle IV, les exigences appliquées aux banques européennes augmenteront de 15 % tandis que celles appliquées aux banques américaines diminueront de 5 %. »
En l'état, le corpus ne fait apparaître ni clivage ni contradiction : les trois intervenants d'une même table ronde dressent un diagnostic commun, distinguant un succès dans les paiements et une vulnérabilité persistante dans le cloud et le numérique, doublée d'un désavantage réglementaire sur la compétitivité bancaire.
Qui en parle
- Maya Atig — Fédération bancaire française (FBF) (Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) : porte le diagnostic d'ensemble (souveraineté satisfaisante dans les paiements, problématique dans le numérique), la fragmentation de l'offre européenne (rapport de un à six) et l'asymétrie de Bâle IV (+15 % pour les européennes, -5 % pour les américaines).
- Olivier Fliche — Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) (Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) : apporte les données chiffrées du reporting DORA 2025 sur la dépendance aux hyperscalers (Microsoft, Amazon, Google) pour les fonctions critiques.
- Érick Lacourrège — Banque de France (Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) : reconnaît la dépendance de l'Eurosystème à Microsoft pour les technologies de base, tout en revendiquant une recherche de briques maîtrisables au niveau européen.