Paiements & souveraineté monétaire
Ce domaine traite un point de vulnérabilité rendu tangible par un cas concret : la capacité qu'a une décision américaine de couper un Européen — jusqu'au particulier — de ses moyens de paiement. La ligne de force est une dépendance structurelle de l'Europe aux réseaux de cartes américains (Visa, Mastercard) et l'absence d'alternative domestique dans la majorité de la zone euro. Autour de ce constat, le corpus fait affleurer un débat vif sur la gravité réelle de la situation française, sur la nature de l'obstacle (juridique plutôt que technique) et sur le levier de reconquête à privilégier : le droit, l'industrie européenne ou la monnaie publique. L'essentiel du matériau vient de deux auditions — l'affaire Guillou (M. Nicolas Guillou) et la table ronde bancaire du 8 avril 2026 réunissant FBF, ACPR et Banque de France (Table ronde, ouverte à la presse, sur les services de paiement) — complétées par des références internationales (PIX brésilien, Luca Belli, M. Luca Belli).
Souveraineté des paiements et alternatives européennes. Ce sujet pose le cadre chiffré : « 60 % des paiements européens ne sont plus souverains » (Laulanie, GIE CB), et seize des vingt pays de la zone euro pourraient perdre l'usage de leurs cartes « du jour au lendemain », comme la Russie (Lacourrège, Banque de France). Il présente les alternatives — Wero (53 millions de clients, société de droit européen), le cobadgeage CB, le modèle public brésilien PIX — et leurs limites, notamment la dépendance cloud résiduelle de PIX (Oracle, AWS, Google).
Affaire Guillou : exclusion par sanction américaine. Ce sujet incarne la menace. Nicolas Guillou, magistrat à la Cour pénale internationale, se voit désassuré par deux entreprises françaises « alors qu'il n'y a aucun élément de rattachement aux États-Unis ». Le corpus qualifie cette réaction d'overcompliance et d'auto-alignement ; l'indignation est transpartisane (Bothorel : « qu'un juge soit traité comme un narcotrafiquant »). Le président Latombe y voit un « couperet » qui, après BNP Paribas, « descend maintenant jusqu'aux particuliers ».
Euro numérique et crypto-actifs. Ce sujet porte le registre monétaire. Il oppose une ligne offensive (Guillou : accélérer l'euro numérique, primauté du droit, dans le sillage d'Aurore Lalucq) à une ligne de vigilance : la FBF alerte que le projet, mal rédigé, pourrait « faciliter l'entrée des grandes entreprises technologiques extra-européennes » — un projet-phare de souveraineté transformé en cheval de Troie. La Banque de France juge la blockchain « davantage un risque qu'une opportunité » pour les paiements interbancaires, et propose une reprise en main (Target, stablecoins euros souverains).
Souveraineté et compétitivité du secteur bancaire. Ce sujet élargit au-delà des paiements. Il fournit la formule qui structure le domaine (Atig, FBF : « souveraineté satisfaisante dans les paiements, mais problématique dans le numérique »), quantifie la dépendance cloud du secteur via le reporting DORA 2025 (Fliche, ACPR : Microsoft, Amazon, Google sur les fonctions critiques), reconnaît que l'Eurosystème lui-même dépend de Microsoft (Lacourrège), et ajoute un axe compétitivité : l'asymétrie de Bâle IV (+15 % pour les banques européennes, −5 % pour les américaines).
Clivages majeurs. Trois lignes de fracture traversent le domaine. Premièrement, un clivage de diagnostic : les acteurs bancaires jugent la souveraineté des paiements « satisfaisante » (trois cercles : cash+CB, Wero, euro numérique), là où la rapporteure Chatelain conteste frontalement — le GIE CB « se dit souverain, mais ne permet pas à un citoyen français de disposer d'un moyen de paiement par peur des représailles américaines ». Deuxièmement, un clivage sur le levier : souveraineté par le droit (Guillou : l'obstacle est « juridique », le monopole a été « contractuellement donné » et reste donc réversible ; exigence d'une chaîne 100 % européenne) contre souveraineté par l'industrie et la monnaie publique (Wero comme alternative de marché ; émission par une entité immune type BCE). Troisièmement, un clivage sur la responsabilité : la FBF renvoie l'arme du dollar à « l'ultra-régalien » et n'a « pas formulé de proposition », ce que le président qualifie d'« aveu d'impuissance ». S'y ajoute une tension révélatrice : même les alternatives européennes ne sont pas étanches — le filtrage OFAC génère « jusqu'à 8 % d'alertes » sur des transactions Wero (You), montrant comment la conformité américaine s'infiltre jusque dans une infrastructure paneuropéenne.
Sujets couverts
- Souveraineté des paiements et alternatives européennes — le constat chiffré de dépendance à Visa/Mastercard et les alternatives (Wero, cobadgeage CB, PIX) avec leurs limites.
- Affaire Guillou : exclusion par sanction américaine — le cas d'école de l'extraterritorialité américaine descendue jusqu'au particulier, via l'overcompliance de deux entreprises françaises.
- Euro numérique et crypto-actifs — le clivage accélération (Guillou) vs vigilance sur la rédaction du projet et la blockchain (FBF, Banque de France).
- Souveraineté et compétitivité du secteur bancaire — la dépendance cloud du secteur (DORA) et de l'Eurosystème, plus l'asymétrie réglementaire Bâle IV.