La part du citoyen

Données personnelles, vie privée & RGPD

Courtiers de données, traceurs et dark patterns

Sur ce sujet, le corpus fait apparaître un diagnostic largement partagé : le consentement au traçage publicitaire est, dans les faits, illusoire, et le marché des courtiers en données opère dans une opacité qui échappe au contrôle public.

Un consentement illusoire, un traçage omniprésent. Plusieurs intervenants convergent pour dénoncer le décalage entre le cadre juridique et la réalité. Selon Martin Untersinger (M. Martin Untersinger), le marché des données publicitaires mobiles et des courtiers repose sur « une illégalité manifeste », le consentement n'étant jamais réellement recueilli. Mélanie Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) pointe le déséquilibre contractuel structurel : « presque personne ne lit les conditions d'utilisation, déterminées unilatéralement par les plateformes ». Nataliia Bielova (Inria, Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi) apporte des mesures : le tracking est « présent sur environ 90 % du web », les demandes de consentement mentionnent parfois « plus de 500 entreprises » susceptibles de collecter des données sur un même site, et une étude sur « plus de 4 000 utilisateurs en France » établit que les interfaces trompeuses (dark patterns) « modifient significativement la probabilité de consentement ». Elle conclut que « les utilisateurs finaux ne disposent pas d'un contrôle réel sur leurs données ».

Chiffres et exemples concrets. Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) rappelle la sanction de Criteo par la CNIL « à hauteur de 50 millions d'euros », exemple présenté comme tardif et isolé au regard de l'impunité générale du secteur. Untersinger (M. Martin Untersinger) révèle qu'« une industrie de la surveillance étatique s'est greffée au secteur publicitaire », une quinzaine à une vingtaine de sociétés achetant des données auprès de courtiers pour vendre du pistage à des services de renseignement ou de police. Côté profilage, Alexandra Lutz (Data for Good, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) décrit la discrimination tarifaire par score de crédit et l'achat, par l'administration Trump, de « données ciblées sur des femmes effectuant des recherches sur des cliniques d'avortement ».

Clivages sur les remèdes. Les désaccords portent moins sur le constat que sur les solutions. Bielova et la table ronde (Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi) plaident pour un registre public des courtiers sur le modèle californien (« 566 » courtiers déclarés, avec le détail des données biométriques, de santé ou d'affiliation syndicale détenues), jugé « essentiel » pour la recherche. Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) privilégie une autre voie : des standards ouverts lisibles par les machines (My Terms de l'IEEE, ODRL du W3C) pour automatiser l'expression des droits. Marie-Laure Denis (CNIL, Mme Marie-Laure Denis) défend la régulation française des cookies, jugée « à l'avant-garde », et met en garde contre sa dilution dans le guichet unique européen. Plusieurs voix critiquent enfin l'Omnibus : le refus « en un clic » ne protégerait pas des manipulations, et 40 % des 9 000 sites étudiés fusionneraient des identifiants, contredisant l'idée que les services de mesure d'audience seraient inoffensifs.

Untersinger (M. Martin Untersinger) refuse toutefois le fatalisme régulatoire : « il ne faut pas se laisser piéger par le discours lancinant selon lequel l'espace numérique serait sans règles et sans loi ».

Qui en parle

Interventions regroupées (15 citations · 6 auditions)

Domaine : Données personnelles, vie privée & RGPD · Sujet : courtiers-donnees-tracking

Couverture : 15 citations · 5 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : courtiers-donnees, courtiers-donnees-cookies, courtiers-donnees-registre, courtiers-donnees-advertising, data-brokers-geolocalisation, web-tracking-traceurs, dark-patterns-consentement, dark-patterns-cookies, consentement-conditions-utilisation, standards-web-metadonnees, profilage-granulaire-discrimination, profilage-donnees_

Positions exprimées

  • M. Martin Untersinger (M. Martin Untersinger) : Le marché des données publicitaires mobiles et des courtiers repose sur une illégalité manifeste (consentement jamais réellement recueilli) et est hors de contrôle, opaque et intraçable. _(tranchant 4)_
  • (table ronde) (Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi) : Le consentement est largement illusoire : les dark patterns manipulent mesurablement les décisions, les chaînes d'inclusion rendent l'information complète irréaliste, et le refus en un clic proposé par l'Omnibus ne protège pas contre ces manipulations. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi) : L'Europe devrait se doter d'un registre public des courtiers en données sur le modèle californien (566 courtiers déclarés avec types de données et destinataires), pour rendre visibles les entités qui collectent les données des citoyens. _(tranchant 3)_
  • Mme Marie-Laure Denis (Mme Marie-Laure Denis) : Les interfaces trompeuses et les cookie walls sans alternative raisonnable sont incompatibles avec un consentement libre ; la régulation des cookies française, à l'avant-garde, ne doit pas être diluée dans le guichet unique. _(tranchant 3)_
  • Mme Mélanie Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) : L'écosystème doit s'appuyer sur des standards ouverts lisibles par les machines (My Terms de l'IEEE, ODRL du W3C) pour automatiser l'expression des droits et la répartition d'une rémunération, plutôt que sur des cas particuliers. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« En France, Criteo, qui relève de cette catégorie d'entreprises, a été sanctionnée par la Cnil à hauteur de 50 millions d'euros, si mon souvenir est exact. »

Bastien Le Querrec — La Quadrature du Net (audite, audition de des associations sur le thème de la protection des données personnelle, 2026-03-25)

_Exemple français de sanction d'un courtier en données, mais tardive et isolée, illustrant l'impunité générale du secteur._

« il ne faut pas se laisser piéger par le discours lancinant selon lequel l’espace numérique serait sans règles et sans loi, et la puissance publique démunie et inopérante si elle ne s’appuie pas sur les géants du numérique. L’histoire récente montre que c’est tout bonnement faux. »

Martin Untersinger — Le Monde (audite, audition de M. Martin Untersinger, 2026-03-26)

_Rejette le fatalisme régulatoire : l’État n’est pas démuni, le législateur européen sait contraindre les géants._

« une industrie de la surveillance étatique s’est greffée au secteur publicitaire. Une quinzaine ou une vingtaine de sociétés achètent des données, notamment et vraisemblablement auprès de courtiers, pour fournir des outils de géolocalisation et de pistage à des services de renseignement ou de police. »

Martin Untersinger — Le Monde (audite, audition de M. Martin Untersinger, 2026-03-26)

_Révèle que le marché publicitaire alimente directement une industrie de surveillance vendant du pistage aux États._

« toutes les applications sont concernées par la collecte de données publicitaires »

Martin Untersinger — Le Monde (audite, audition de M. Martin Untersinger, 2026-03-26)

_Généralise le problème : la collecte publicitaire est universelle, même l’application du Monde en a été victime._

« En réalité, presque personne ne lit les conditions d’utilisation, déterminées unilatéralement par les plateformes. »

Mme Mélanie Dulong de Rosnay — CIS / CNRS (audite, audition de Mme Mélanie Dulong de Rosnay, 2026-03-31)

_Résume le déséquilibre contractuel structurel au cœur du diagnostic : le consentement est illusoire car les termes sont imposés et illisibles._

« Il n’est pas rare de voir des demandes de consentement mentionner plus de 500 entreprises susceptibles de collecter des données sur un même site web. »

Nataliia Bielova — Inria — université Côte d'Azur (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Chiffre concret qui rend tangible l'impossibilité d'un consentement réellement éclairé face aux chaînes d'inclusion._

« Le tracking est aujourd’hui présent sur environ 90 % du web, d’après les études existantes. »

Nataliia Bielova — Inria — université Côte d'Azur (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Quantifie l'omniprésence du traçage : ce n'est pas une pratique marginale mais la norme du web._

« Nous avons mesuré leur impact sur le processus décisionnel de plus de 4 000 utilisateurs en France et avons conclu que ces interfaces trompeuses modifient significativement la probabilité de consentement. »

Nataliia Bielova — Inria — université Côte d'Azur (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Preuve empirique, sur échantillon large et français, que les dark patterns ne sont pas une hypothèse mais un effet mesuré._

« Les utilisateurs finaux ne disposent pas d’un contrôle réel sur leurs données personnelles. »

Nataliia Bielova — Inria — université Côte d'Azur (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Conclusion du propos liminaire : le cadre actuel ne garantit pas les droits fondamentaux à la vie privée._

« Sur un échantillon de 9 000 sites étudiés, 40 % recouraient à ce type de méthode. »

Nataliia Bielova — Inria — université Côte d'Azur (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Chiffre qui contredit l'hypothèse de l'Omnibus selon laquelle les services de mesure d'audience seraient inoffensifs : 40 % fusionnent des identifiants._

« On en dénombre aujourd’hui 566, avec des indications sur les types de données détenues : données biométriques, orientation sexuelle, informations relatives à la santé reproductive, affiliation syndicale. »

Nataliia Bielova — Inria — université Côte d'Azur (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Modèle réglementaire californien concret et transposable : un registre public des courtiers en données rend visible l'invisible._

« Pour les chercheurs, disposer d’un annuaire équivalent en Europe serait essentiel afin de comprendre quelles entités collectent des données concernant les citoyens de l’Union européenne et à quel moment. »

Nataliia Bielova — Inria — université Côte d'Azur (audite, audition de Mme Nataliia Bielova & M. Julien Rossi, 2026-04-01)

_Recommandation actionnable pour le législateur : créer un registre européen des courtiers en données sur le modèle californien._

« En analysant leur score de crédit, l’application peut identifier les personnes en situation financière précaire et leur proposer des tarifs plus bas, sachant qu’elles seront susceptibles d’accepter n’importe quel prix. »

Alexandra Lutz — Data for Good (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques, 2026-04-02)

_Cas concret de discrimination par le profilage, remise en cause du droit du travail._

« Un autre exemple concerne l’administration Trump, qui a acheté des données ciblées sur des femmes effectuant des recherches sur des cliniques d’avortement. »

Alexandra Lutz — Data for Good (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques, 2026-04-02)

_Exemple de répression politique rendue possible par le marché des données._

« Jamais dans l’histoire une entreprise privée n’a eu accès à une telle part de la psyché humaine. »

Lou Welgryn — Data for Good (audite, audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques, 2026-04-02)

_Formule forte sur le caractère inédit du pouvoir informationnel des IA conversationnelles._