Dépendance aux éditeurs (Oracle, VMware, IBM)
Le corpus documente une dépendance structurelle des administrations et des grands acteurs français à un petit nombre d'éditeurs de logiciels d'infrastructure — au premier rang Oracle (bases de données), VMware (virtualisation) et IBM (mainframes). Le constat partagé est que cette dépendance est d'abord technique et financière, non juridique. Selon Emmanuel Marcovitch (Cour des comptes, M. Emmanuel Marcovitch), « le recours aux logiciels du marché crée une dépendance de fait à l'éditeur », dont le coût se matérialise lors des changements de politique commerciale ou de migration.
Le levier tarifaire post-acquisition est le point le plus documenté. Le rachat de VMware par Broadcom a « multiplié le prix des licences jusqu'à un facteur sept pour certains clients » (Marcovitch, M. Emmanuel Marcovitch) ; Stéphanie Schaer (Dinum, Mme Stéphanie Schaer) parle d'« un changement de paradigme pour le prix des licences ». Damien Rousset (Inserm, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) chiffre le piège : face à une hausse « de 50 % ou 60 % du jour au lendemain », son DSI a évalué la migration à 1 000 jours-hommes, coût inabsorbable qui force à subir la hausse. La sortie d'un autre éditeur (SAP/Chorus) est estimée par la Cour des comptes à un surcoût de 110 % à 160 %, soit 64 M€ (M. Emmanuel Marcovitch). La rapporteure Cyrielle Chatelain (Mme Stéphanie Schaer) relaie le vocabulaire des DSI : « pratiques carnassières sur les prix ».
Oracle est désigné comme priorité de sortie. En table ronde interministérielle (des directeurs de systèmes d’information de ministères), Oracle est le « combat numéro un », avec ses contrats ULA (Unlimited License Agreement) imposés. Audran Le Baron (DNE, des directeurs de systèmes d’information de ministères) illustre le rapport de force : « nous avons été contraints par l'éditeur de souscrire (…) un nouveau contrat ULA (…) d'un montant d'un peu plus de 3 millions d'euros », non prévu au budget. Il précise toutefois une nuance technique : « le problème ne se situe pas au niveau des bases de données » (là c'est IBM Db2).
Points de désaccord ou de nuance. Si tous constatent la dépendance, les intervenants divergent sur sa fatalité. Plusieurs la jugent maîtrisable et décroissante : Tomasz Blanc (M. Tomasz Blanc) décrit des dépendances héritées (IBM Z en Cobol pour l'impôt, Oracle) « réelles mais décroissantes », maîtrisées par la concurrence et la sortie progressive ; la table ronde (des directeurs de systèmes d’information de ministères) note que la dépendance a été « maîtrisée » là où le cloud interne repose sur du libre (Bercy, Intérieur), mais reste complexe à défaire pour l'Éducation. Des sorties réussies existent : les Urssaf sont « passées d'Oracle à (…) PostgreSQL » (Schaer, Mme Stéphanie Schaer), et la gendarmerie a déployé un OS libre (Marcovitch, M. Emmanuel Marcovitch). À l'inverse, Christel Heydemann (Orange, Mme Christel Heydemann) souligne qu'on « ne peut s'en passer totalement pour des raisons de coût et de vitesse d'exécution » : Orange Cyberdefense reste « très dépendant de technologies (…) essentiellement américaines, et parfois israéliennes ». Elle relie ce risque à la fragilité systémique (le bug CrowdStrike a montré « la grande vulnérabilité (…) à quelques logiciels ») et désigne l'IA agentique comme « la bataille de l'avenir » pour l'indépendance.
Qui en parle
- Emmanuel Marcovitch (Cour des comptes, M. Emmanuel Marcovitch) — pose le cadre : dépendance de fait, chiffrée (VMware ×7, Chorus 64 M€) ; contre l'idée de fatalité (gendarmerie sous OS libre).
- Damien Rousset (Inserm, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) — cas d'école du lock-in : migration à 1 000 jours-hommes face à la hausse VMware/Broadcom.
- Audran Le Baron (DNE, des directeurs de systèmes d’information de ministères) / table ronde interministérielle — Oracle « combat numéro un », contrat ULA subi de 3 M€.
- Stéphanie Schaer (Dinum, Mme Stéphanie Schaer) — changement de paradigme tarifaire VMware ; sortie réussie des Urssaf vers PostgreSQL.
- Cyrielle Chatelain (rapporteure, Mme Stéphanie Schaer) — relaie les « pratiques carnassières » dénoncées par les DSI.
- Tomasz Blanc (M. Tomasz Blanc) — dépendances IBM Z/Oracle réelles mais décroissantes et maîtrisées.
- Christel Heydemann (Orange, Mme Christel Heydemann) — dépendance gérée mais non supprimable ; risque systémique (CrowdStrike) et enjeu IA agentique.