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Cloud & hyperscalers

Le cloud est le domaine où la dépendance numérique de l'Europe est la plus documentée, la plus chiffrée et la plus disputée du corpus. Une ligne de force domine : trois hyperscalers américains — AWS, Microsoft Azure et Google Cloud — captent l'essentiel du marché européen (les estimations convergent autour de deux tiers à 72 %), pendant que la part des acteurs européens décroche (« de 27 % en 2017 à 15 % aujourd'hui », Sébastien Lescop, des fournisseurs de cloud .). Le chiffre-matrice de la commission, tiré du Cigref/Asterès et répété par de nombreux intervenants, fixe l'enjeu : 264 Md€ partent chaque année d'Europe vers les États-Unis, 83 % des achats européens de cloud et logiciels B2B sont captés par des acteurs américains (Henri d'Agrain, M. Henri d’Agrain), avec une projection au-delà de 500 Md€ en 2032. Deuxième ligne de force : la dépendance n'est pas qu'américaine ni qu'infrastructurelle. Elle s'étend aux éditeurs (Oracle, VMware, IBM) et s'exprime surtout par un mécanisme d'enfermement — le lock-in — dont le levier le plus concret n'est pas tant le « kill switch » extraterritorial (Cloud Act, FISA, cas OFAC/juge Guillou, crainte de l'armée danoise) que la hausse unilatérale et brutale des prix. Troisième ligne : l'État lui-même est concerné, du Health Data Hub sur Azure jusqu'à Windows à Bercy et Matignon, sans que la Dinum sache consolider la dépense (Stéphanie Schaer : « je ne suis vraiment pas en capacité de vous communiquer un chiffre exact », Mme Stéphanie Schaer).

Les six sujets du domaine se répartissent ainsi. Dépendance aux hyperscalers américains pose le cadre macro (parts de marché, 264 Md€, décrochage européen) et établit que localiser des data centers en Europe ne protège ni de l'extraterritorialité ni de l'embargo. Dépendance à Microsoft et Azure documente le socle le plus enveloppant (Office 365, Active Directory, Windows) et apporte des données rares sous serment (CEA : +20 % sur trois ans avec clause de non-communication, vente liée de Teams), tout en révélant l'impossibilité de chiffrer la dépense publique. Dépendance aux éditeurs (Oracle, VMware, IBM) montre que le verrouillage est d'abord technique et financier, non juridique : rachat de VMware par Broadcom (prix ×7), contrats ULA subis d'Oracle (« combat numéro un »), migrations à 1 000 jours-hommes. Verrouillage, lock-in et coûts de sortie théorise le piège incrémental (Yann Lechelle : « un doigt, puis la main, puis le bras ») et en chiffre le prix (surcoût SecNumCloud 25-45 %, sortie d'éditeur 64 M€, hausse +800 % à un CHU). Réversibilité, multicloud et tarification dégage les leviers de sortie (suppression des egress fees et des crédits cloud via la loi SREN, open source, standardisation, multicloud assumé) et cristallise le désaccord sur les prix. La bataille du cloud est-elle perdue ? met en scène la thèse défaitiste (BPIFrance, Cédric O) contre ses contradicteurs.

Trois clivages majeurs structurent le domaine. Le premier oppose souveraineté par la loi et souveraineté par l'industrie : d'un côté, la CSF/CNI (Michel Paulin, Julia Mouzon), France Digitale et l'Autorité de la concurrence misent sur l'application du droit — loi SREN, Data Act, DMA, échéance 2027 — pour rétablir un rapport de force ; de l'autre, Thierry Breton attribue la domination au seul volume de marché et fustige les « idiots utiles » du récit « USA innovent / UE régule », tandis qu'Arthur Mensch pose l'alternative binaire souveraineté ou vassalité. Le deuxième clivage porte sur la gagnabilité de la bataille : BPIFrance l'assume comme « pas gagnable » du fait d'une asymétrie capitalistique de 10 à 100×, position que Latombe met en tension avec le reste des auditions, quand Scaleway rétorque que « c'est le lobbying des Américains qui le prétend » et que NumSpot déplace le front vers le cloud de la donnée et de l'IA. Le troisième oppose cloud souverain et souveraineté-washing : Philippe Miltin (Outscale) et Christel Heydemann (Orange) dénoncent l'illusion de « repeindre en bleu-blanc-rouge » des technologies américaines — le cloud Bleu ayant « par définition un contrat avec Microsoft » —, débat que Google retourne en désignant « un seul véritable sujet : la monoculture ». S'y greffe une bataille de récit sur les prix : les fournisseurs européens dénoncent le pricing power américain (plus grave, selon Miltin, que le kill switch) quand les hyperscalers plaident la transparence tarifaire, que Latombe accueille par une pique (« l'augmentation de 2025 paie une partie de CrowdStrike »). Deux voix contredisent enfin l'idée reçue du surcoût souverain : le Health Data Hub (offre « parmi les moins chères ») et Scaleway (« presque 40 % moins chers »).

Sujets couverts

Sujets de ce domaine

Dépendance aux hyperscalers américains

102 citations · 29 auditions

Verrouillage, lock-in et coûts de sortie

37 citations · 15 auditions

Dépendance à Microsoft et Azure

21 citations · 6 auditions

Réversibilité, multicloud et tarification

18 citations · 6 auditions

Dépendance aux éditeurs (Oracle, VMware, IBM)

12 citations · 6 auditions

La bataille du cloud est-elle perdue ?

12 citations · 4 auditions