La part du citoyen

Cloud & hyperscalers

Dépendance à Microsoft et Azure

Le corpus documente une dépendance jugée à la fois structurelle, coûteuse et difficile à défaire. Selon la table ronde du CNRS/CEA (des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche), le socle Microsoft (Office 365, Exchange, SharePoint, Active Directory, Windows) est omniprésent et sa substitution vers le libre et les outils Dinum « prendra des années ». M. Aiman Ezzat (Capgemini, M. Aiman Ezzat) fixe le cadre macro : « plus de 80 % des produits, des services, des infrastructures et des propriétés intellectuelles numériques sont importés. » Il chiffre par ailleurs à « de l'ordre de 4 milliards » le CA de son groupe adossé à des projets liés à Microsoft, soit environ un cinquième.

Le cloud comme facteur de dépendance. Mme Soizic Pénicaud (Odap, Mme Soizic Pénicaud) souligne que développer « en interne, en France » ne prémunit pas des risques, car le stockage passe par des prestataires comme Azure, choisis « pour la simplicité » sans évaluer les dépendances. Le cas emblématique est le Health Data Hub : son directeur M. Laurent Vilbœuf (M. Laurent Vilboeuf) reconnaît que « le recours initial à un hébergement cloud Microsoft Azure l'a rapidement handicapée ». Le président Philippe Latombe (M. Laurent Vilboeuf) formule la thèse du verrouillage : Azure a-t-il « verrouillé » le système « au point de rendre la réversibilité délicate ? ». En Mme Stéphanie Schaer, il met en cause la Dinum, qui « n'a pas forcément poussé à l'époque vers du souverain », d'où un retour « vers Microsoft au début 2025 ».

Lock-in, kill switch et tarification. La rapporteure Cyrielle Chatelain (des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) nomme les « stratégies de verrouillage (lock-in) » et pointe la tarification « éducation » comme accoutumance précoce ; elle introduit aussi le « kill switch », le fournisseur pouvant « nous priver de l'accès à une mise à jour ». M. Baptiste Grigy (CEA, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) apporte des données rares sous serment : une hausse « à deux chiffres, de l'ordre de 20 % sur trois ans », assortie d'une clause de non-communication, et le cas de Teams « que nous n'avons jamais déployé mais que nous étions obligés de payer », le découplage imposé par la Commission européenne étant neutralisé par une tarification opaque. Marie-Pierre Fontanel (CNRS, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) relève que « Microsoft nous pousse vers le cloud à partir de 2029, ce qui est orthogonal avec les injonctions de souveraineté ».

Extraterritorialité et souveraineté affichée. M. Nicolas Guillou (Cour pénale internationale, M. Nicolas Guillou) élargit la menace : les souscripteurs peuvent « perdre accès à toutes leurs archives numériques du jour au lendemain », Microsoft procédant à « un arbitrage assez fort entre ses obligations juridiques et les conséquences pour son business model ». Ezzat (M. Aiman Ezzat) nuance la souveraineté du cloud Bleu, qui « a par définition un contrat avec Microsoft ».

Un chiffrage impossible. Convergence notable : ni la Dinum ni le président ne savent quantifier la dépense. Mme Stéphanie Schaer (Dinum, Mme Stéphanie Schaer) l'admet — « je ne suis vraiment pas en capacité de vous communiquer un chiffre exact et consolidé » — du fait de l'éclatement des achats (Ugap, marchés ad hoc, Chorus), tout en reconnaissant que des ministères sociaux « utilisent encore aujourd'hui Office 365 » par dérogation. Latombe (Mme Stéphanie Schaer) signale une dépendance invisible : les enseignants « s'équipaient la plupart du temps eux-mêmes » à tarifs Microsoft.

Qui en parle

Interventions regroupées (21 citations · 6 auditions)

Domaine : Cloud & hyperscalers · Sujet : dependance-microsoft-azure

Couverture : 21 citations · 3 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : dependance-microsoft, cloud-azure-dependance, hebergement-microsoft-azure, dependance-hyperscalers-microsoft_

Positions exprimées

  • Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) : Développer en interne en France ne prémunit pas des risques car le stockage passe par des prestataires de cloud comme Microsoft Azure, choisis pour la simplicité sans évaluer les dépendances ni analyser l’impact sur les données personnelles. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) : La dépendance à Microsoft (Office 365, Exchange, SharePoint, Active Directory, Windows) est structurelle et coûteuse ; il faut engager une sortie progressive vers le libre et les outils Dinum là où c'est possible, mais elle prendra des années. _(tranchant 3)_
  • Mme Stéphanie Schaer (Mme Stéphanie Schaer) : Il faut mesurer précisément la dépense Microsoft avant de communiquer un chiffre ; l'État ne dispose pas encore d'un montant consolidé fiable en raison de l'éclatement des achats (Ugap, marchés ad hoc, Chorus), mais le point de départ doit impérativement être établi. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Développer des systèmes en interne, en France, ne prémunit pas contre certains risques, en raison du stockage des données qui requiert de recourir à des prestataires de cloud, notamment Microsoft Azure. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Nuance l’idée que « développer en France » suffit : le stockage cloud recrée une dépendance._

« le recours initial à un hébergement cloud Microsoft Azure l'a rapidement handicapée en raison de l'inquiétude engendrée par ce choix. »

M. Laurent Vilbœuf — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de M. Laurent Vilboeuf, 2026-03-17)

_Aveu par le directeur lui-même que le choix d'un hyperscaler américain a durablement pénalisé une infrastructure sensible d'État, indépendamment de sa robustesse technique._

« Azure a-t-il réussi, par sa présence, à verrouiller en quelque sorte le système de la PDS, au point de rendre la réversibilité délicate ? »

M. Philippe Latombe (president, audition de M. Laurent Vilboeuf, 2026-03-17)

_Pose la thèse du lock-in comme mécanisme de dépendance, objet même de la commission d'enquête._

« Je dirais de l’ordre de 4 milliards, ou un peu plus. Ce n’est pas le chiffre d’affaires réalisé directement avec Microsoft, mais celui correspondant à des projets liés à Microsoft. »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Chiffre-clé : environ un cinquième du CA groupe adossé à Microsoft, ce qui met en tension la neutralité revendiquée._

« Bleu a par définition un contrat avec Microsoft, puisqu’il utilise la solution Microsoft : il y a un accord commercial pour rémunérer Microsoft pour l’accès à sa technologie – Microsoft ne fait rien gratuitement ! »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Reconnaît le lien contractuel et financier entre le cloud « souverain » Bleu et Microsoft — nuance la souveraineté affichée._

« plus de 80 % des produits, des services, des infrastructures et des propriétés intellectuelles numériques sont importés. »

M. Aiman Ezzat — Capgemini (audite, audition de M. Aiman Ezzat, 2026-03-26)

_Chiffre-constat sur la dépendance numérique européenne, qui fonde le diagnostic de vulnérabilité partagé avec la commission._

« Microsoft nous pousse vers le cloud à partir de 2029, ce qui est orthogonal avec les injonctions de souveraineté. »

Marie-Pierre Fontanel — CNRS (audite, audition de des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche, 2026-04-01)

_Montre la contradiction frontale entre la stratégie commerciale de Microsoft (pousser au cloud) et les injonctions publiques de souveraineté imposées aux organismes._

« quand on n’a plus le choix, on est parfois obligé de passer par des systèmes américains, en espérant ne pas être contraints de passer par des systèmes chinois par la suite. »

Marie-Pierre Fontanel — CNRS (audite, audition de des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche, 2026-04-01)

_Formule le dilemme géopolitique de fond : à défaut d'alternative souveraine, la dépendance américaine actuelle pourrait glisser vers une dépendance chinoise demain._

« Ce que je retiens, ce sont des stratégies de verrouillage (lock-in ). Vous avez tous mentionné un acteur devenu incontournable dans votre système d’information. J’aurais tendance à penser que plus on habitue les gens tôt, plus le verrouillage est fort. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche, 2026-04-01)

_La rapporteure nomme le mécanisme (lock-in) et pointe la stratégie tarifaire « éducation » de Microsoft comme un investissement dans l'accoutumance précoce des usagers._

« Microsoft demande de ne pas communiquer sur les augmentations, mais je peux vous dire qu’entre le contrat précédent et celui-ci, l’augmentation est à deux chiffres, de l’ordre de 20 % sur trois ans, ce qui est bien supérieur à l’inflation. »

Baptiste Grigy — CEA (audite, audition de des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche, 2026-04-01)

_Donnée factuelle rare sous serment : hausse à deux chiffres imposée par Microsoft, avec clause de non-communication. Documente concrètement le chantage tarifaire dénoncé._

« C’était le cas de Teams, que nous n’avons jamais déployé mais que nous étions obligés de payer. Une décision de la Commission européenne les a contraints à sortir Teams du lot, mais ils ne lui ont pas affecté son vrai prix. »

Baptiste Grigy — CEA (audite, audition de des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche, 2026-04-01)

_Illustre la vente liée et son contournement : même sous contrainte de la Commission européenne, Microsoft neutralise l'effet du découplage par une tarification opaque._

« la question de la mise à jour soulève le problème du kill switch , une facette de la dépendance technologique. Le fournisseur peut nous priver de l’accès à une mise à jour, ce qui nous rend dépendants de sa volonté. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche, 2026-04-01)

_La rapporteure introduit le concept de kill switch et relie la dépendance aux mises à jour à un levier de pouvoir du fournisseur, illustré par le renouvellement forcé du parc sous Windows 11._

« En 2008, le top 10 des capitalisations boursières aux États-Unis comprenait des entreprises comme Exxon, Walmart et AT&T. Aujourd’hui, neuf des dix premières sont des géants du numérique : Nvidia, Apple, Alphabet, Microsoft, Amazon, etc., et leur capitalisation a été multipliée par dix. »

Baptiste Grigy — CEA (audite, audition de des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche, 2026-04-01)

_Met en perspective l'ampleur du retard : l'avance des géants numériques américains sur quinze ans (fonctionnalités, intégration) rend le rattrapage par le libre extrêmement difficile._

« Ceux qui ont souscrit à une solution incluant du cloud, de la mémoire, peuvent ainsi perdre accès à toutes leurs archives numériques du jour au lendemain. »

M. Nicolas Guillou — Cour pénale internationale (audite, audition de M. Nicolas Guillou, 2026-04-08)

_Généralise la menace au cloud : archives, mémoire et données de tout contrat souscrit en Europe peuvent disparaître sur décision américaine._

« Microsoft fait un arbitrage assez fort entre ses obligations juridiques et les conséquences pour son business model »

M. Nicolas Guillou — Cour pénale internationale (audite, audition de M. Nicolas Guillou, 2026-04-08)

_Révèle la logique interne des hyperscalers : leur conformité aux sanctions oscille au gré d'un calcul entre risque juridique et intérêt commercial._

« La Business Software Alliance, qui rassemble Google, Microsoft et Amazon, a peu apprécié, par exemple, les nouvelles orientations définies par les autorités françaises, ce dont on ne peut que se réjouir. »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_La rapporteure assume une ligne offensive : la contrariété des GAFAM face à la politique française est un signe de succès._

« la Dinum était autour de la table lors de l’évaluation des solutions existantes et n’a pas forcément poussé à l’époque vers du souverain. On est donc reparti vers Microsoft au début 2025 pour les nouveaux projets. »

M. Philippe Latombe (president, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Le président met en cause la responsabilité passée de la Dinum : elle n'a pas défendu le souverain sur le dossier emblématique du HDH._

« Je confirme que, par dérogation et suite à un projet lancé antérieurement à la circulaire de 2021, ces ministères utilisent encore aujourd’hui Office 365. »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Aveu sous serment d'une dépendance persistante : la messagerie des ministères sociaux reste hébergée par Microsoft en cloud externe._

« que se passerait-il si le prix des licences était multiplié par deux, par trois, voire par cinq, comme c’est arrivé récemment ? »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Justification économique concrète de la sortie des dépendances : l'explosion récente des tarifs de licences propriétaires._

« Je ne dispose pas de ces montants, et je ne suis vraiment pas en capacité de vous communiquer un chiffre exact et consolidé. »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_La directrice du numérique de l'État ne peut pas dire combien l'État paye à Microsoft, même sur les accords-cadres directs._

« Le ministère de l’éducation nationale nous a expliqué que les enseignants s’équipaient la plupart du temps eux-mêmes, et bénéficiaient auprès de Microsoft de tarifs particuliers. »

M. Philippe Latombe (president, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Le président pointe une dépendance invisible aux comptes de l'État : les enseignants financent eux-mêmes des outils Microsoft indispensables au service public._